HERBERT Louis Marie Léon
La Plaine
1895 - 1918
1er régiment de Zouaves
Mort pour la France
Louis est né le 30 août 1895 à La Plaine.
Il est cultivateur.
Il a 19 ans quand il est mobilisé au 116ème régiment d'infanterie.
Il passe ensuite au 1er régiment de zouaves.
Il a une telle bravoure au combat qu'il est cité 4 fois.
Il va participer à toutes les grandes batailles de mai 1915 à juillet 1918.
Il est tué à l'ennemi le 18 juillet 1918.
Les deux médailles présentées ici sont celles de Louis. Elles ne lui ont pas été remises à titre posthume : il les a reçues de son vivant, au cœur même de l’épreuve. Nous avons choisi de les agrandir, non pour en magnifier l’éclat, mais pour en révéler toute la portée. Car elles sont exceptionnelles pour un si jeune homme : un simple cultivateur, sachant à peine lire et écrire, appelé à 19 ans pour défendre son pays, et qui, trois années plus tard, s’éteint à seulement 22 ans. Dans ces décorations se lit tout son parcours, celui d’un destin humble devenu courage, d’une vie brève devenue mémoire.
À La Plaine, Arsène HERBERT s’unit en 1886 à Marie BARRAIS, tous deux enfants du pays.
De leur union naissent cinq enfants : Michel (1886), Joseph (1888), Alphonse (1893), Louis (1895) et Marie (1904), faisant vivre une famille enracinée dans cette terre du Pays de Retz.
Né le 30 août 1895 à La Plaine, Louis est un jeune cultivateur aux cheveux châtain foncé et aux yeux jaunes, mesurant 1,62 m. Il n’a pas encore vingt ans lorsqu’il est appelé sous les drapeaux pour rejoindre le 116ème régiment d’infanterie, unité alors majoritairement composée de soldats bretons et vendéens.
Son incorporation a lieu le 15 décembre 1914. À cette période, le régiment se trouve dans la Somme, précisément dans le secteur du bois et du parc de Thiepval qu'il occupe depuis le début du mois de décembre.
Louis arrive dans un contexte de reconstitution des effectifs : le 30 novembre, le régiment avait reçu un renfort de 352 hommes, dont 103 jeunes soldats envoyés à Baizieux pour parfaire leur instruction.
Ce n'est que le 13 décembre, soit deux jours avant l'incorporation officielle de Louis, que ces jeunes soldats rejoignent leurs unités en ligne. Durant son passage au 116ème RI, il découvre la vie des tranchées dans un secteur qualifié de « relativement calme » par l'historique, malgré les duels d'artillerie constants et les travaux d'organisation du terrain sous la neige et la pluie.
Le calme est brutalement rompu le 10 avril 1915 lors de l'affaire dite « De Thiepval». Les troupes françaises tentent de reprendre l’initiative face à des positions allemandes solidement organisées. Le village de Thiepval, perché sur un léger relief, constitue un point d’appui essentiel dans le dispositif ennemi : tranchées profondes, réseaux de barbelés denses, abris bétonnés. Toute progression s’y heurte à une défense préparée depuis des mois.
L’attaque française se déroule dans des conditions extrêmement difficiles. L’artillerie, encore insuffisamment puissante et mal coordonnée, ne parvient pas à détruire efficacement les réseaux ennemis. Lorsque l’infanterie sort des tranchées, elle se trouve immédiatement exposée à des tirs croisés de mitrailleuses. Le terrain, découvert et bouleversé, ne permet ni progression rapide ni mise à couvert.
Les unités engagées avancent malgré tout, gagnant parfois quelques éléments de tranchées, mais au prix de pertes très lourdes. Les hommes se retrouvent isolés, sans liaison fiable avec l’arrière, dans des positions précaires constamment battues par le feu. Les contre-attaques allemandes sont rapides et violentes, reprenant souvent les gains réalisés dans la journée.
Cette « affaire de THIEPVAL » illustre parfaitement les limites des offensives de 1915 : courage indéniable des hommes, mais moyens encore inadaptés face à une guerre devenue industrielle. Elle laisse derrière elle un terrain disputé pour quelques centaines de mètres et des pertes considérables, marquant durablement les unités engagées dans ce secteur de la SOMME.
Louis reste au 116ème RI jusqu'au début de l'été 1915.
Le 4 juin 1915, il passe au 1er régiment de zouaves. C’est une unité constamment engagée, souvent envoyée là où la situation est la plus critique.
Depuis le printemps 1915, Louis vit au rythme du front, d’abord dans les secteurs de Champagne, où les combats d’usure s’installent, puis dans des zones toujours plus exposées. Les secteurs qu’il occupe ne sont jamais calmes.
L’artillerie travaille sans relâche, retournant la terre, effaçant les tranchées, creusant des entonnoirs où l’eau et la boue s’accumulent. Les positions changent sans cesse de forme, et les repères disparaissent. Très tôt, il apprend à se déplacer dans ce chaos, à circuler dans des boyaux disloqués, à retrouver son chemin là où tout semble perdu.
Lorsque s’ouvre l’année 1916, la guerre bascule à VERDUN. Louis est plongé dans l’une des batailles les plus violentes du conflit. Il combat sur la rive droite, notamment autour du BOIS DE CUMIÈRES et de CUMIÈRES, dans un terrain bouleversé en permanence. Les lignes sont écrasées sous un bombardement continu. Les tranchées s’effondrent, ensevelissant les hommes. Les survivants tentent de tenir dans des conditions extrêmes, sans repos, sans protection réelle contre l’artillerie.
C’est dans ce contexte que Louis se distingue pour la première fois.
Alors que la tranchée est dévastée, que les obus continuent de tomber dans le secteur de VERDUN, il ne cherche pas à se protéger. Il avance vers les zones les plus dangereuses, là où des hommes sont encore prisonniers de la terre.
Le 30 mars 1916, son comportement est reconnu par une citation à l’ordre du régiment :
« C’est présenté spontanément pour dégager 2 blessés ensevelis par le bombardement puis sous les obus qui dévastaient la tranchée ; est resté à découvert pour encourager ses camarades »
Ce geste dit tout. Dans une guerre où survivre est déjà une épreuve, Louis choisit de s’exposer pour les autres. Il ne se contente pas d’agir : il reste visible, à découvert, pour soutenir ceux qui hésitent encore à sortir de leur abri.
Les mois qui suivent ne lui laissent aucun répit. Verdun n’est pas une bataille ponctuelle, c’est une usure permanente. Les hommes vivent dans la boue, sous la pluie, dans des positions instables où chaque déplacement peut être fatal. Louis devient progressivement un homme de liaison, un de ceux qui assurent la circulation des ordres et des munitions entre les unités disloquées, entre le Mort-Homme et les lignes de Cumpières.
En octobre 1916, les combats reprennent avec une intensité particulière. Louis est engagé dans les attaques menées vers le Bois de Chaulnes, dans un terrain dévasté où chaque progression se fait sous le feu. Le terrain est devenu presque impraticable. La boue ralentit chaque mouvement, les trous d’obus se succèdent, et le bombardement ne cesse pas.
Du 21 au 23 octobre 1916, Louis est sans arrêt en mouvement. Pendant que les autres combattent ou se terrent, lui traverse les lignes, transporte des messages, apporte des munitions là où elles manquent. Le 22 octobre 1916, alors que le bombardement atteint une violence extrême dans le secteur de Chaulnes, il prend de lui-même l’initiative de ravitailler ses camarades en grenades, au cœur du feu.
Le 31 octobre 1916, il est cité à l’ordre de la brigade :
« Pendant 3 jours, du 21 au 23 octobre 1916, n’a cessé de prodiguer, transmettant des ordres et assurant le ravitaillement en munitions sous des bombardements intenses. Le 22 octobre, sous un bombardement extrêmement violent, a, de sa propre initiative, ravitaillé ses camarades en grenades »
Ces actions ne sont pas spectaculaires au sens traditionnel du combat. Elles sont pourtant vitales. Sans liaison, sans munitions, une unité cesse d’exister. Louis est de ceux qui empêchent l’effondrement.
Début novembre 1916, les combats continuent dans un paysage totalement transformé. Les tranchées ne sont plus que des traces, les boyaux sont comblés, les unités se perdent dans un terrain méconnaissable. Les hommes avancent, se replient, se dispersent, parfois sans savoir où se trouvent leurs camarades.
Toujours à Verdun, pendant les journées des 7 et 8 novembre, Louis parcourt sans cesse ce terrain bouleversé. Il cherche les hommes isolés, guide ceux qui se sont égarés, transmet les ordres d’un point à un autre, souvent sans protection, toujours sous le feu.
Le 8 au matin, il fouille un boyau détruit, puis un bois battu par les obus, pour retrouver les disparus de sa compagnie.
Le 18 novembre 1916, il est à nouveau cité à l’ordre de la division :
« A passé les journées des 7 et 8 novembre 1916, lors de l’attaque et de l’occupation de P… en courses incessantes sous les obus et dans la boue, pour assurer la transmission des ordres, guider ses camarades et retrouver les égarés. S’est particulièrement signalé le 8 au matin en fouillant sous le feu le boyau d’A… et le bois K… pour retrouver les disparus de la compagnie. A front depuis le mois de mai 1915. Très bon zouave. Cité à l’ordre de la division pour sa belle conduite à Verdun »
Ces mots révèlent une autre dimension de son engagement : Louis ne combat pas seulement l’ennemi, il lutte contre la désorganisation, contre la perte des hommes, contre le chaos lui-même.
En 1917, la guerre change de forme, mais pas d’intensité. Louis est engagé dans les positions de Champagne, puis à nouveau dans des secteurs actifs du front où les bombardements restent constants. Les positions sont précaires, et les missions de liaison deviennent encore plus dangereuses. C’est désormais une guerre d’endurance, où chaque jour use les hommes un peu plus.
Du 20 au 25 mai 1917, le secteur de la Montagne de Reims est soumis à un bombardement d’une violence exceptionnelle. Louis reste le seul agent de liaison de son bataillon. Cela signifie qu’il est le seul à assurer les communications entre les compagnies et le commandement. Il doit traverser les lignes sans cesse, porter les ordres, revenir, repartir, sous le feu, sans interruption.
Le 22 juin 1917, il est cité à l’ordre de la IVème armée :
« Modèle de bravoure et de dévouement. Déjà trois fois cité à l’ordre. Du 20 au 25 mai, restant seul agent de liaison du bataillon, s’est dépensé sans compter, assurant la liaison entre les compagnies et son chef de bataillon sous un bombardement d’une violence peu commune. S’est distingué partout où le régiment a été engagé. »
Pour toute cette bravoure, Louis est décoré de la Croix de guerre avec 2 étoiles argent, 1 étoile bronze et 1 étoile or. Il reçoit également la médaille « Vaillance et Fidélité » (décoration Roumaine)
À ce stade, Louis n’est plus seulement un soldat courageux. Il est devenu un homme sur qui l’on compte. Un de ceux dont dépend la cohésion d’un bataillon entier.
Ses actes lui valent la Croix de guerre, avec deux étoiles d’argent, une étoile de bronze et une étoile d’or, ainsi que la médaille roumaine « Vaillance et Fidélité ». Mais ces distinctions ne traduisent qu’imparfaitement ce qu’il a vécu : plus de deux années passées presque sans interruption en première ligne.
Depuis mai 1915, il est là. Toujours là.
Le 18 juillet 1918, au moment où la guerre bascule une dernière fois dans les offensives décisives, Louis est tué à l’ennemi au Bois de Mauloy lors du combat de Longpont dans l’Aisne.
Il avait vingt-deux ans.
Il laisse derrière lui bien plus qu’un parcours militaire exceptionnel. Il laisse l’image d’un homme qui, dans la violence la plus extrême, n’a jamais cessé d’aller vers les autres. Un homme qui a tenu, jour après jour, là où tout cédait.
Et dans cette guerre où tant d’hommes ont disparu sans laisser de trace, ses citations disent encore aujourd’hui ce qu’il fut :
Un soldat qui ne s’est jamais caché.
Un homme qui a toujours avancé.
Un zouave.
L’historique du 1er régiment de zouaves commence ainsi :
« Le régiment est resté digne de son passé, là où ont passé les anciens passeront les jeunes zouaves d'aujourd'hui».
Ainsi s'exprimait, bien avant la guerre un Général commandant le 19ème C. A. en parlant du 1er Zouaves. Sa prophétie s'est réalisée et sans doute bien au-delà de ses espérances. Les Zouaves de la Grande Guerre, s'inspirant des faits d'armes de leurs aînés, ont eu à cœur de ne point laisser pâlir la gloire de leur beau régiment. Ils ont su : « Aller au feu le cœur plein d'espérance, « Et conserver toujours le premier rang »
Malgré ce parcours hors du commun, malgré ces actes de bravoure reconnus et ces médailles qui témoignent de son engagement, un silence demeure. Un vide. Celui de sa dernière demeure.
Louis est tombé, comme tant d’autres, loin des siens. Mais aucune tombe ne permet de se recueillir, aucun sol identifié ne garde la trace certaine de son repos. Son corps s’est perdu dans le tumulte de la guerre, comme effacé par la violence des combats.
Il ne reste alors que sa mémoire. Une mémoire fragile, que le temps pourrait emporter à son tour si elle n’était pas ravivée. Car comment mesurer le sacrifice d’un homme lorsque même la terre ne peut dire où il repose ?
C’est précisément pour cela que ce mémorial virtuel existe. Il est un lieu sans pierre, mais pas sans âme. Un lieu où l’absence devient présence, où l’oubli recule devant les mots, les visages et les histoires que nous choisissons de transmettre. Ici, nous redonnons à Louis une place, un espace, une trace.
Louis n’a pas de sépulture connue. Mais il a désormais un lieu de mémoire. Et tant que ce mémorial vivra, tant qu’un regard se posera sur son nom, tant qu’une pensée lui sera adressée, Louis ne sera jamais totalement perdu.
Hommages à La Plaine :
Monument aux morts
Livre d'Or des Pensions
Plaques commémoratives - Église Notre-Dame-de-l'Assomption.
Son père décède en 1920 à La Plaine à l’âge de 58 ans.
Michel, cultivateur, épouse Marie GUISSEAU en 1913 à La Plaine.
Joseph épouse Mélanie OLLIVIER.
Son frère Alphonse est mort pour la France en 1918 à l’âge de 24 ans.
Marie, cultivatrice, épouse Jean HOIRY en 1924 à La Plaine. Elle décède en 1978 à La Plaine.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
La médaille « Vaillance et Fidélité » résume à elle seule ce que fut Louis HERBERT. Cette décoration roumaine, rarement attribuée à des soldats français, n’est pas liée à un combat mené en Roumanie, mais à la reconnaissance, par une nation alliée, d’un courage jugé exemplaire. En 1916, lorsque la Roumanie entre en guerre aux côtés de la France, le conflit prend une dimension pleinement internationale. Les combats menés sur le front français ne concernent plus seulement le destin national, mais celui de l’ensemble des Alliés. Dans ce contexte, certaines actions individuelles, par leur intensité et leur constance, dépassent le cadre du régiment et sont portées à la connaissance des commandements alliés.
Louis HERBERT appartient à cette catégorie d’hommes. Déjà plusieurs fois cité à l’ordre, engagé depuis des mois en première ligne, il s’illustre comme agent de liaison dans les conditions les plus extrêmes, sous des bombardements d’une violence exceptionnelle. Là où d’autres ne peuvent plus passer, il continue d’avancer, reliant les unités, portant les ordres, assurant le ravitaillement, maintenant le lien indispensable à la survie du combat. Il ne s’agit pas d’un acte isolé, mais d’une conduite constante, répétée, éprouvée dans la durée. Cette régularité dans le courage, cette fidélité à la mission, même au cœur du chaos, correspondent précisément à l’esprit de la décoration qui lui est attribuée.
Recevoir la médaille « Vaillance et Fidélité », c’est être reconnu au-delà de son propre pays comme un soldat d’exception. C’est voir son engagement inscrit dans une fraternité d’armes qui dépasse les frontières. À travers elle, ce n’est pas seulement le soldat français que l’on honore, mais l’homme dont le courage sert une cause commune.
Louis HERBERT n’a jamais quitté le front français, mais son exemple, lui, a franchi les lignes et les nations.