Cette biographie a été rédigée par Hervé CLOSSET et adaptée au support
AUBINEAU Julien Jean Marie
Chauvé
1888 - 1915
Soldat au 137ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Julien est né le 10 octobre 1888 à La Bernerie.
Il fait son service militaire au 137ème régiment d'infanterie de Fontenay-le-Comte (85).
Il se marie en avril 1914. Il reconnaît la fille de son épouse.
Julien est mobilisé le 3 août 1914 au 137ème RI.
Il va combattre en Belgique, dans la Marne et à Hébuterne.
Julien décède de ses blessures de guerre à Amiens le 22 juin 1915.
Il est inhumé dans la nécropole nationale de Saint-Acheul à Amiens.
C’est à la Bernerie que Julien Jean-Marie AUBINEAU voit le jour le 10 octobre 1888. Ses parents sont cultivateurs au lieu-dit « La Poidevinière », près de Frossay.
Ils se sont mariés en 1887. Le jeune garçon suit une scolarité qui lui permet de savoir écrire, lire et compter. Mais, il choisit de travailler la terre comme ses parents.
Julien exerce le métier de laboureur à Chauvé lorsqu’il est appelé sous les drapeaux pour remplir ses obligations militaires le 9 octobre 1909. C’est à Fontenay-le-Comte, dans les rangs du 137ème régiment d’infanterie, à la caserne du Chaffault, qu’il effectue son service militaire.
Mis en congés de fin de service le 24 Septembre 1911, Julien est classé dans la réserve de l’armée d’active le 1eroctobre de la même année.
Rendu à la vie civile, Julien trouve du travail chez M. Leroy et s’installe le 8 octobre suivant au lieu-dit « La Villorsière » près de Chauvé. Il déménage le 13 juillet 1913 pour habiter à la Noé des Landes dans la propriété de M. GUITTONNEAU où il est employé comme domestique.
Une période de réserve du 26 août au 17 septembre 1913 à Fontenay-le-Comte vient interrompre temporairement son activité.
On le retrouve ensuite domicilié au n°28 de la place du Bassin à Saint Nazaire le 8 février 1914.
Il déménage à nouveau pour s’installer à Chauvé le 25 mars 1914.
A 25 ans, Julien se marie le 21 avril 1914 au Clion, avec Marie-Augustine MORANDEAU, jeune cultivatrice née en 1887. La cérémonie en mairie donne l’occasion de reconnaître une petite fille née hors mariage. Née MORANDEAU du nom de sa mère en 1910, elle se nomme désormais Marie-Joseph, Louise AUBINEAU. Le jeune couple élit domicile à la Noé des Landes.
La vie de famille est de courte durée. Julien est mobilisé dès le 3 août 1914. Il se retrouve à nouveau à Fontenay-le-Comte dans les rangs du 137ème RI le même jour.
Fort de 3 500 hommes, le régiment quitte Fontenay-le-Comte par le train, dans la nuit du 6 au 7 août, pour débarquer à Vouziers dans la région de Sedan. Appelés à prendre part à l’offensive des Ardennes, Julien et ses camarades poursuivent à pied leur marche vers la Belgique, traversent Bouillon et Paliseul pour se retrouver dans la région de Maissin. C’est le 21 août que le régiment y connaît le baptême du feu avec ses premières pertes. Le 137ème occupe Maissin le 22 août 1914.
Malgré cette véritable victoire, le régiment doit suivre la retraite générale des armées françaises. Par Bazeilles, il se retire sur la rive gauche de la Meuse. Le 137ème s’établit sur le plateau de Chaumont, face au bois de la Marfée. Mais les Allemands réussissent à franchir la Meuse et s’emparent du bois dans la nuit du 26 au 27 août. Dès le 27, à 6h00, ils débouchent vers Chaumont.
A 9h00, le 137ème contre-attaque. Il se lance à l’assaut et reprend le bois de la Marfée et le village de Noyers. Les Allemands débandés sont poursuivis jusque sur les berges de la Meuse qui, selon les témoins deviennent « rouges de sang ». Les soldats BOUSSARD et TURQUAUD s’emparent du drapeau du 68ème RI allemand. Si les pertes allemandes sont énormes, les pertes des Français le sont aussi.
Malgré ces combats d’arrière-garde, la retraite française continue à un rythme élevé. Le 4 septembre, le régiment passe la Marne et atteint Normée.
La bataille de la Marne s’engage le 6 septembre. Le régiment de Fontenay-le-Comte subit une forte pression de l’adversaire à Normée. Mais il se bat opiniâtrement et résiste dans les bois d’Œuvy et de Gourgançon en contribuant ainsi à l’héroïque résistance du 11ème corps qui supporte le choc principal de l’ennemi vers Fère-Champenoise. On dénombre 36 tués, 496 blessés et 169 disparus dans les rangs français.
Une fois encore les pertes sont sévères mais elles ne sont pas vaines. Car le 10 septembre, l’ennemi entame un mouvement de recul généralisé de ses troupes qui marque la victoire de la Marne. Sur le front tenu par le 137ème RI, les fantassins français poursuivent les Allemands par Châlons jusqu’à Saint-Hilaire-le-Grand. Le pont sur la Suippe est enlevé, mais les troupes ne peuvent déboucher en terrain libre de l’autre côté de la rive.
Après un court séjour dans la région de Reims, et dans le cadre des opérations dites de « la course à la mer », Julien gagne la Somme et arrive à Albert le 27 septembre 1914 avant de rejoindre l’Artois.
Depuis octobre 1914, les Allemands sont installés face aux Français dans le village d’Hébuterne. Ils y ont créé un réseau de tranchées qui barrent l’accès aux plis de terrain où court la voie de chemin de fer qui relie Paris à Lille. Leur position est particulièrement renforcée vers le sud en direction d’une ferme dont le nom Toutvent indique la situation dans un lieu dénudé.
Julien et ses compagnons d’armes du 137ème RI, mal équipés pour affronter les conditions climatiques de la région, apprennent à vivre dans la boue des tranchées, sans abri, devant la ferme de Toutvent. Les combats sporadiques de cette période sont marqués par de faibles progressions de tranchée à tranchée. Ces opérations qualifiées «de détail » par l’état-major, sont très coûteuses en vies humaines.
Au début de l’été 1915, l’état-major français décide de relancer ses troupes à l’offensive en Artois. Le 137ème RI a ordre d’y participer en lançant une attaque de diversion. Le 7 juin 1915 au matin, il prend part à l'attaque de la 21ème division sur le saillant de la ferme de Toutvent devant Hébuterne. Les deux premières lignes de tranchées allemandes sont franchies d'un seul élan en faisant de nombreux prisonniers. La ferme de Toutvent est enlevée dans la journée. Dans cette action, les Allemands dénombrent plusieurs centaines de morts et 400 prisonniers.
Du 10 au 13 juin, les troupes ennemies vont lancer 4 contre-attaques sans succès. Les Allemands sont chaque fois repoussés sur le chemin qui relie Hébuterne au hameau de Serre.
Cette opération vaut au 137ème RI une citation à l’ordre de la 2ème armée du 22 juin 1915 ainsi rédigée.
« A la 21ème division d'infanterie, composée des 64ème, 65ème, 93ème, 137ème régiments d'infanterie, du 51ème R. A. C. et de la compagnie 11/1 du 6ème génie : « Le 7 juin, devant la ferme de Toutvent, s'est portée à l'attaque avec un entrain superbe. Grâce à l'héroïsme des officiers et de la troupe, a dépassé avec un brio remarquable et d'un seul élan deux lignes de tranchées allemandes malgré un barrage terrible d'artillerie. » Signé : PÉTAIN.
Au soir du 14 juin, le 137ème RI déplore 168 tués, 842 blessés et 25 disparus.
Grièvement blessé durant ces terribles combats, Julien subit le calvaire de l’évacuation vers l’arrière du front.
En dépit des soins prodigués, Julien meurt à l’hôpital temporaire N°5 des suites de ses blessures le 22 juin 1915 à l’âge de 26 ans.
A l’été 1915, les troupes britanniques remplacent les soldats français dans le secteur d’Hébuterne. Ce village reste aux mains des Britanniques jusqu’à l’armistice.
Cimetière de saint-Acheul en 1915 - Geneanet.
Julien est inhumé dans la nécropole nationale Saint-Acheul Rang 8, tombe n°1779.
Installé dans la grande banlieue au sud-est d’Amiens, ce cimetière militaire français d'1,5 ha rassemble 2 739 tombes individuelles de soldats décédés dans les hôpitaux militaires de la ville d'Amiens pendant la Grande Guerre. On y compte aussi un carré musulman (220 tombes), un carré belge (10 tombes), un carré britannique (12 tombes) ainsi qu’une tombe russe.
Hommages à Chauvé :
Inscrit sur le monument aux morts communal.
Hommage à La Bernerie :
Inscrit sur le Livre d'Or du ministère des Pensions de la commune.
Son épouse, Marie Augustine, se remarie le 7 juillet 1919 à Chauvé, avec Auguste Jean-Marie LAMBERT et demeure à la Maison des Landes. En 1920, elle donne naissance à un fils prénommé Alfred, Auguste, Georges LAMBERT (1920-1992).
Sa fille, Marie- Joseph Louise AUBINEAU née MORANDEAU décède le 30 janvier 1973 à Saint-Jean-de-Boiseau, à l'âge de 63 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
L'évacuation des blessés se fait généralement de nuit, depuis la ligne de front et souvent sous les balles et les obus. Les brancardiers et les soldats les moins gravement blessés, portent leurs camarades sur le dos, trébuchent, s'enfoncent dans la boue pour atteindre les postes de secours des premières lignes.
On y dispense les premiers soins rudimentaires. Les jeunes médecins aide-majors et les infirmiers font leur possible. Les brancardiers, souvent des religieux, retrouvent, l'espace d'un moment, leur sacerdoce pour administrer les sacrements à ceux qui n’iront pas plus loin.
Il faut attendre encore la nuit pour parvenir à un poste de secours régimentaire ou divisionnaire. Au poste de secours divisionnaire, les blessés sont transportés sur des brouettes porte-brancards vers la tête de ligne des voitures des sections sanitaires qui s'approchent autant que faire se peut malgré les risques.
Les blessés sont ensuite conduits au plus tôt vers les Hôpitaux d'Orientation des Etapes (HOE) où ils sont opérés avant d'être évacués vers l'arrière par les trains sanitaires ou vers les « ambulances chirurgicales » qui sont des formations hospitalières de l'avant. Cette mission est remplie par des sections automobiles sanitaires. A l'exception de ceux qui sont intransportables ou ceux dont les blessures ne sont pas jugées suffisamment graves, les blessés quittent alors le front pour la zone dite « de l’intérieur ».
Pour faire face à l'afflux des blessés, de nombreux bâtiments publics et privés sont transformés en hôpitaux. Toutes sortes de locaux sont utilisées : écoles et lycées, couvents, châteaux, hôtels et casinos. C’est ainsi que l’école du Sacré Cœur dont les locaux sont situés au n° 1 de la rue de l'Oratoire à Amiens se transforme en Hôpital Temporaire N°5. C’est ici que Julien finit par être transféré.
Chaque hôpital pour blessés d'une des sociétés de la Croix-Rouge situé dans la zone de l'intérieur, comprend une directrice, une infirmière-major, un administrateur général et un adjoint, une secrétaire générale et des adjointes, un chirurgien-chef et six à quinze assistants, un médecin ophtalmologue, un oto-rhino-laryngologiste, un stomatologue, deux radiologues, un spécialiste des plâtres, un électro-thérapeute, deux masseurs-kinésithérapeutes.
Chaque salle, dont le nombre va parfois jusqu'à trente, est dirigée par une infirmière-chef qui dirige une équipe de huit infirmières. Les hôpitaux temporaires ont également des salles d'opération, de stérilisation, de pansement, une pièce de radioscopie, une pharmacie, un service du matériel de pansement, un service de lingerie, un service d'économat, une bibliothèque, avec une cinquantaine de personnes.
Au prix d’un effort de mobilisation sans précèdent, et toute sociétés de secours confondues (Croix Rouge, Société de secours aux blessés militaires, Union des femmes de France, Association des Dames françaises), 549 390 lits d’hôpital sont disponibles en France au 1er juillet 1916.