Cette biographie est rédigée à partir des précieuses informations reçues de Christophe DURAND de Machecoul Histoire et des documents tout aussi précieux reçus de Madame PIOLLET des Archives diocésaines de Luçon. Un grand merci à eux.
LEITNER Henri Marie François Pierre
Machecoul
Soldat au 5ème régiment d'infanterie
1915 - 1940
Mort pour la France
Henri est né le 2 décembre 1915 à Saint-Christophe-du-Ligneron (85).
Il est séminariste.
Il est soldat au 5ème régiment d’infanterie.
Il est mort pour la France le 5 juillet 1940 à Aubigny-Les-Pothées (Ardennes)
Henri voit le jour durant le premier conflit mondial, le 2 décembre 1915, à Saint-Christophe-du-Ligneron en Vendée. Il est baptisé le jour même par le curé de la paroisse.
Henri grandit dans un environnement familial entièrement dévoué à l’instruction. Son père, Pierre LEITNER, natif de Moselle est instituteur, et sa mère, Jeanne REYNAL, originaire de Corrèze, élèvent leurs trois enfants dans le respect du savoir. Ses aînés embrassent d’ailleurs la carrière paternelle : sa sœur Julie née en 1906 et son frère Jean né en 1908, deviennent tous deux instituteurs.
Cependant, dans cette Vendée du début du XXème siècle, Henri évolue aussi dans un monde profondément marqué par la foi catholique, la vie paroissiale et les traditions religieuses. Très tôt, il se tourne vers une vocation spirituelle et choisit le parcours exigeant des études ecclésiastiques.
Henri rejoint cet établissement diocésain chargé de former les futurs prêtres. Il y effectue l’ensemble de sa scolarité secondaire dans un cadre à la fois scolaire, moral et religieux. Les Archives diocésaines de Luçon apportent des précisions sur cette période :
« Henri est entré en 6ème au Petit séminaire de Chavagnes-en-Paillers en septembre 1928 et y a effectué toute sa scolarité jusqu’à la classe de Philosophie (« Terminale ») en 1934-1935. [...] Sa paroisse d’origine est indiquée comme étant Bois-de-Céné jusqu’en classe de rhétorique puis, à partir de la philosophie en 1934, Doix dans le sud Vendée » Source archives diocésaines de Luçon.
Le recensement de 1936 à Doix fait apparaître la famille Leitner-Reynal, avec la mention d’instituteur privé pour le père. Cela explique que Henri passe de la paroisse de Bois-de-Céné à celle de Doix.
Le détail de son cursus témoigne d’un parcours sérieux et suivi : sixième (1928-1929), cinquième (1929-1930), quatrième (1930-1931), troisième (1931-1932), seconde (1932-1933), rhétorique (1933-1934) et philosophie (1934-1935). Régulièrement mentionné dans les registres de « billets d’honneur » pour sa conduite et son engagement, Henri y apparaît comme un jeune homme studieux et discipliné.
Après Chavagnes, Henri poursuit naturellement son chemin au Grand séminaire de Luçon, dernière étape avant l’ordination. Les listes d’élèves permettent de suivre précisément cette transition marquée par ses obligations militaires :
1935-1936 : Il figure parmi les « laïcs ».
1936-1937 : Il apparaît dans la liste des « soldats », avec un départ en octobre 1936.
1937-1938 : Il est encore mentionné comme « soldat ».
La fiche matricule de Henri nous apprend qu'il a été «mis à la disposition du tambour major comme claironniste le 12 mars 1937.»
1938-1939 : Il est de retour parmi les « laïcs » pour une dernière année de formation avant la guerre.
Appartenant à cette génération née après la Grande Guerre mais appelée à devenir adulte dans un monde instable, Henri est incorporé le 27 août 1939 comme soldat au sein du 5ème régiment d’infanterie lors de la mobilisation.
Il a sans doute croisé Pierre BROSSOLETTE, officier dans ce régiment. En effet, au début de la Seconde Guerre mondiale, Pierre BROSSOLETTE rejoint le 5ème régiment d’infanterie le 23 août 1939, avec le grade de lieutenant, puis est promu capitaine avant la défaite de la France.
Plongé dans la tourmente de la campagne de France, ils assistent tous les deux à l'effondrement militaire du pays au printemps 1940.
Le parcours d'Henri s'arrête tragiquement dans les Ardennes, à Aubigny-Les-Pothées. Blessé pendant les combats, il y décède le 5 juillet 1940, deux semaines après la signature de l'armistice, dans la confusion qui règne alors en zone occupée. Ce jeune homme, âgé de 24 ans à l'aube de sa destinée, laisse derrière lui une vocation inachevée.
Aumônier militaire, Henri est cité à l’ordre de la division et décoré de la Croix de guerre avec une étoile d’argent : « Soldat modèle de conscience, a exercé une haute autorité morale sur ses camarades par l'exemple de son calme et de sa totale abnégation. A trouvé une mort glorieuse, le 10 juin 1940 à son poste de combat, à Aubigny-les-Pothées, après deux jours de lutte héroïque. ».
Cette citation contient des informations erronées. En effet, son dossier militaire indique qu’’il a été blessé le 10 juin 1940 à Vieux-les-Asfeld (08). Fait prisonnier par les Allemands, il décède le 5 juillet 1940 à l'ambulance française et allemande d'Aubigny (08). Initialement, Henri a été inhumé à proximité de la limite nord du cimetière communal d'Aubigny puis exhumé et probablement réinhumé dans le carré militaire de la même commune (tombe 96) avant la restitution à la famille. Nous attendons plus de précisions du SHD.
Le Courrier de Paimboeuf daté du 2 décembre 1948, fait part des obsèques de Henri (merci à Christophe Durand de Machecoul Histoire qui nous a communiqué cette archive) : «Machecoul a rendu un pieux hommage à l’un de ses glorieux fils.
Le 24 novembre, dans la soirée, arrivait la dépouille mortelle de M. l’abbé Henri Leitner, du 5e Régiment d’infanterie, tombé au Champ d’honneur, le 10 juin 1940, dans les Ardennes. Accompagné par le clergé, les représentants de la Municipalité, des Anciens Combattants et des prisonniers de la guerre, ainsi que par la famille, le cercueil était transporté au domicile de Mme Leitner, où il demeurait jusqu’au lendemain matin, date des obsèques.
Cérémonie émouvante qui avait attiré une très nombreuse assistance. Au cimetière, M. Tostivint, maire, se fit l’interprète très éloquent de la population machecoulaise unanime à honorer ses héros.»
Henri repose aujourd’hui dans l’allée des corps restitués du cimetière communal de Machecoul.
Dans le registre du Grand séminaire, une mention sobre, inscrite dans la colonne des observations, vient brutalement clore son parcours : «Mort à la guerre, 8 juillet 1940». Il avait alors 25 ans selon cette annotation. Reconnu «Mort pour la France», il demeure l'un de ces nombreux séminaristes emportés avant d'avoir pu accomplir leur mission.
Nos recherches se poursuivent. Nous avons sollicité le Service Historique de la Défense (SHD) pour en savoir plus sur son parcours militaire.
Le corps d'Henri a donc été restitué à ses parents en 1948. Il repose aujourd'hui dans le cimetière de Machecoul, commune où ses parents s'étaient établis et où ils sont décédés. Sa tombe se situe dans l'allée des soldats du cimetière communal.
Hommage à Machecoul :
Monument aux morts
Hommage à Luçon :
Plaque commémorative (Morts aux guerres) Cathédrale Richelieu de Luçon, Vendée, ecclésiastiques du diocèse de Luçon.
Son père, instituteur, décède en 1941 à Machecoul à l’âge de 66 ans.
Sa mère Jeanne, décède en 1960 à Machecoul à l’âge de 79 ans.
Sa sœur Julie épouse Augusta PASQUE en1927 à La Roche-sur-Yon, est institutrice. Elle décède en 1985 à Machecoul à l’âge de 79 ans.
Son frère Jean est également instituteur. Il épouse Marie MUSSEAU en 1932 à La Garnache (85). Il décède en 1996 à La Roche-sur-Yon à l’âge de 87 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Au printemps 1940, le monde a les yeux rivés sur la France. Considérée alors comme la première armée d'Europe, l'armée française s'effondre pourtant en six semaines face à la Wehrmacht. Cet épisode, souvent résumé par le terme de "Débâcle", est en réalité une tragédie complexe, mêlant erreurs stratégiques, innovations militaires allemandes et sacrifices humains considérables.
Après la déclaration de guerre en septembre 1939, une étrange attente s'installe. C'est la « drôle de guerre » (septambre 1939-mai 1940).
La stratégie défensive de la France repose sur la Ligne Maginot, une fortification jugée infranchissable, et attend que l'Allemagne épuise ses ressources.
L'inaction mine le moral des troupes stationnées aux frontières, tandis que l'Allemagne peaufine sa tactique du Blitzkrieg (guerre éclair) en Pologne.
L'offensive allemande est lancée le 10 mai 1940. Alors que les meilleures troupes françaises et britanniques montent vers la Belgique pour contrer l'ennemi (Plan Dyle), les Allemands réalisent une manœuvre audacieuse : le Plan Jaune (Fall Gelb).
Les divisions blindées allemandes (Panzers) traversent le massif des Ardennes, réputé infranchissable pour les chars par l'État-major français.
En perçant à Sedan le 13 mai, les Allemands coupent les lignes alliées et foncent vers la Manche, encerclant les forces franco-britanniques dans le Nord.
Contrairement à une idée reçue, les soldats français ont résisté. À Stonne, surnommé le « Verdun de 1940 », des combats acharnés ont eu lieu, le village changeant de camp 17 fois en quelques jours.
La rapidité de l'avancée allemande provoque une panique générale. C'est l'Exode. Huit à dix millions de civils français et belges se jettent sur les routes, mêlés aux soldats en retraite, sous le feu des bombardiers Stukas.
Pendant ce temps, l'opération Dynamo à Dunkerque (fin mai-début juin 1940) permet d'évacuer 338 000 soldats (britanniques et français) vers l'Angleterre, au prix de lourdes pertes matérielles et humaines pour les unités françaises chargées de couvrir la retraite.
Après Dunkerque, la Wehrmacht se retourne vers le sud. L'armée française, bien qu'en infériorité numérique et sans couverture aérienne suffisante, tente de former de nouvelles lignes de défense (la ligne Weygand sur la Somme), mais elles sont rapidement brisées.
Les Allemands entrent dans Paris, déclarée ville ouverte.
17 juin : Le Maréchal Pétain demande l'armistice.
18 juin : Le Général de Gaulle lance son appel à la résistance depuis Londres.
22 juin 1940 : L'armistice est signé à Rethondes, dans le même wagon que celui de 1918.
Bilan : Le prix du sang
Environ 60 000 à 90 000 soldats tués en six semaines. C'est un taux de perte journalier effroyable, proche des batailles les plus sanglantes de 14-18.
Les prisonniers : 1,8 million de soldats français sont capturés.
Cette défaite marque la fin de la IIIème République et le début des années sombres de l'Occupation, mais elle porte aussi en germe, à travers ceux qui ont refusé de déposer les armes, les débuts de la Résistance.
L'histoire d'Henri illustre la cruauté particulière de la défaite de 1940. Alors que ses frère et sœur transmettaient le savoir républicain dans les écoles, Henri se préparait à transmettre la foi. Sa mort survient le 5 juillet 1940, à une date où les armes auraient dû se taire, l'armistice ayant été signé le 22 juin. Mourir à Aubigny-Les-Pothées début juillet, c'est mourir dans le sillage de l'exode et de l'occupation, à un moment où le pays tente de comprendre l'ampleur du désastre. Fauché avant d'avoir pu prononcer ses vœux définitifs, sa disparition marque la fin d'une espérance pour sa famille et pour l'Église.