RELANDEAU Louis Jean Marie
Sainte-Pazanne
1876 - 1916
Marsouin au 3ème régiment d'infanterie coloniale
Mort pour la France
Louis est né le 31 décembre 1876 à Sainte-Pazanne.
Il effectue son service militaire au 65ème régiment d’infanterie de Nantes.
Il est mobilisé le 13 août 1914 au 81ème régiment d’infanterie territoriale.
D’abord affecté à la défense de Paris, il monte au front dès le 23 août 1914.
Louis rejoint le 10ème régiment d’infanterie territoriale en décembre 1914.
En février 1915, Louis passe au 2ème régiment d’infanterie coloniale.
Louis est ensuite affecté au 3ème RIC le 14 décembre 1915.
Son régiment embarque dans la Provence II qui est coulé le 26 février 1916 au large de la Grèce. Ce naufrage fait environ 1000 morts.
Son père, Julien RELANDEAU, laboureur, épouse Joséphine PATY, cultivatrice, en 1875 à Fresnay (44). Le couple a 7 enfants : Louis (1876), Joséphine Marie (1878), Julien (1880), Joséphine Marie (1882), Jean Marie (1886), Germaine (1889) et Véronique (1891). Ils sont tous nés à Sainte-Pazanne au lieu-dit « La Gouyère ».
Le couple a ainsi attribué à deux de leurs filles les prénoms Joséphine Marie. Ce choix s’explique sans doute par la santé fragile de la première enfant : craignant de la perdre, les parents ont souhaité préserver et transmettre ce prénom une seconde fois.
Louis est donc né le 31 décembre 1876 à Sainte-Pazanne.
Il est brun aux yeux bruns et mesure 1,70m. Il commence son service militaire le 13 novembre 1897 au 65ème régiment d’infanterie de Nantes. Son certificat de bonne conduite en poche, il revient à la vie civile le 20 septembre 1898.
Il participe à des périodes d’exercices du 16 mai au 12 juin 1904 puis du 27 août au 23 septembre 1906.
Louis épouse Marie Françoise THOMAS le 23 mai 1909 à Sainte-Pazanne. Le couple a deux enfants nés à Sainte-Pazanne : Marie née le 2 avril 1910 et René qui naît le 11 juillet 1912.
Mobilisé le 13 août 1914, Louis rejoint le 81ème régiment d’infanterie territoriale. Comme nombre de ses camarades territoriaux, il est d'abord affecté à des missions de garde et de soutien à l’arrière, essentielles dans l’effervescence de la mobilisation générale.
La retraite et l'épreuve du feu
Son périple commence le 14 août : Louis quitte Nantes pour Sainte-Luce, avant de s'embarquer le 18 août vers les environs de Paris. Très vite, la réalité du conflit s'impose : le 23 août, le régiment est projeté dans le Nord, près de Douai.
Dès le lendemain, le 24 août à 10h30, le 81ème subit ses premiers bombardements. Dépourvu d'appui d'artillerie, le régiment entame un repli difficile vers Bourghelles. Isolé et sans soutien, le colonel ordonne alors la retraite vers Péronne. Le chaos des transports marque ces journées : le 27 août, faute de trains pour Abbeville, Louis et ses compagnons doivent se diriger vers Béthune, atteignant Le Mesnil-Eudin le 2 septembre.
Entre tranchées et réorganisation
Après avoir atteint les environs de Rouen le 6 septembre, le quotidien du régiment se transforme. Le Journal de Marches et Opérations (JMO) du 8 septembre mentionne : « Mêmes avant-postes. Les tranchées au Nord-Est de Vert-Galand sont approfondies pour tireurs debout. »
Alors que la victoire de la Marne desserre l'étau ennemi, le 81ème transite par Beauvais et Rouen, avant d'être renvoyé vers le front de la Somme.
Le choc des combats
Le retour vers Amiens et Péronne, le 16 septembre, marque le début d'une période meurtrière. Le 23 septembre, les bombardements ennemis laissent derrière eux 4 morts, 27 blessés et 55 disparus. L'escalade se poursuit à Maricourt, Montauban et Fricourt, où les pertes s'alourdissent considérablement : 22 morts, 139 blessés et 175 disparus.
Début octobre, alors que des renforts arrivent pour combler les rangs clairsemés, le régiment se trouve à Hébuterne. Les affrontements y sont féroces : entre le 5 et le 8 octobre, on dénombre à nouveau 36 morts et 84 blessés. Les jours suivants sont marqués par d'incessantes échauffourées, grignotant chaque jour les effectifs.
Le 16 décembre 1914, après plusieurs mois passés au 81ème régiment d’infanterie territoriale, Louis est versé au 10ème régiment d’infanterie territoriale, unité mobilisée dès le mois d’août 1914 dans la région de Saint-Quentin.
Ce régiment territorial, formé d’hommes issus principalement des arrondissements de Saint-Quentin et de Vervins, a connu dès les premiers jours de la guerre des heures particulièrement difficiles. À la fin du mois d’août 1914, il est en effet durement éprouvé lors du dramatique combat de Bellenglise, au cours duquel une grande partie de ses effectifs est capturée ou dispersée.
Reconstitué après ces pertes, le 10ème RIT est ensuite affecté à un rôle essentiel mais souvent méconnu : celui de troupe d’étapes, chargée d’assurer la sécurité et le fonctionnement de l’arrière-front. À l’automne 1914, ses bataillons sont envoyés à Dunkerque, place stratégique du Nord, où le régiment participe à la régulation des troupes, à la surveillance des installations militaires et à la protection des services logistiques.
Lorsque Louis rejoint le régiment le 16 décembre 1914, il sert ainsi dans un secteur exposé, car Dunkerque subit fréquemment des bombardements, aussi bien par avions que par tirs de longue portée. Malgré l’éloignement relatif des tranchées, le quotidien des territoriaux y demeure éprouvant, fait de gardes prolongées, de travaux, et d’une vigilance constante au service de l’effort de guerre.
Louis reste affecté au 10ème RIT jusqu’au 15 février 1915, poursuivant dans cette unité un service discret mais indispensable, au cœur de l’organisation militaire de l’arrière-front.
Le 16 février 1915, Louis quitte les unités territoriales dans lesquelles il avait servi depuis le début de la guerre, et rejoint 2ème régiment d’infanterie coloniale.
Mobilisé dès août 1914 à Brest, ce régiment colonial, composé en grande majorité de soldats bretons, s’est illustré dès les premières semaines du conflit, en Belgique puis en Champagne, au prix de pertes extrêmement lourdes.
Lorsque Louis, y est affecté, le régiment tient depuis plusieurs mois un secteur difficile en Argonne, dans la région du bois de la Gruerie, autour de positions connues sous les noms de Four de Paris, Fontaine-aux-Charmes et Vienne-le-Château :
Au début de l’année 1915, le 2ème RIC alterne les séjours en première ligne et les périodes de repos, dans un rythme éprouvant : cinq jours en tranchées, cinq jours en arrière, dans un secteur marqué par les bombardements, les attaques locales et les travaux incessants de fortification.
Le régiment reste notamment en position dans le secteur de Servon jusqu’au mois de juin 1915.
Dans ces conditions, Louis découvre la réalité quotidienne de la guerre de tranchées : fatigue extrême, privations, danger constant, mais aussi solidarité des hommes dans un front figé et meurtrier.
Le 14 juillet 1915, le 2ème RIC participe à une offensive majeure en Argonne, dans le secteur du Bois-Baurain, entre la route de Servon et le saillant allemand dominant la région.
L’assaut, lancé au matin, se heurte à des feux violents d’artillerie et de mitrailleuses. Malgré l’élan des premières vagues, le régiment subit des pertes terribles : plus de 1 300 hommes sont tués, blessés ou portés disparus en une seule journée.
Louis appartient à ces soldats coloniaux engagés dans une guerre d’usure, où chaque attaque coûte un lourd tribut.
Après ces combats, le régiment est relevé et se réorganise au repos à La Neuville-au-Pont, puis poursuit son service dans le même secteur argonnais.
À la fin de l’été 1915, le 2ème RIC est transporté en Champagne, où se prépare une grande offensive.
Le 25 septembre 1915, le régiment attaque dans la région de Souain, autour du Moulin de Souain, franchissant plusieurs lignes allemandes et s’emparant de positions difficiles dans une lutte acharnée.
Après ces journées de combats, le régiment séjourne au camp de la Noblette, puis est transporté vers Estrées-Saint-Denis en octobre pour se reconstituer.
Louis est affecté au 3ème RIC le 14 décembre 1915.
À cette date, le régiment vient d’être retiré du front après les combats meurtriers de Champagne et de l’Argonne. Il cantonne à l’arrière, notamment dans la région de Possesse, Oissery, Puisieux et Forfry, où les hommes reprennent souffle après de longs mois d’épreuves.
Au début de l’année 1916, le 3ème RIC change continuellement de cantonnements dans l’Oise et la Somme, passant notamment par Survilliers, Gouvieux, Bailleul-sur-Thérain, Folleville, Marcelcave et Aubecourt.
En février 1916, le régiment reçoit l’ordre de partir pour l’armée d’Orient. Transporté à Lyon, il cantonne à Tassin-la-Demi-Lune, où il se réorganise avant l’embarquement.
Le 22 février, le 3ème bataillon, la compagnie hors rang et une compagnie de mitrailleuses embarquent en train à destination de Toulon.
Le 23 février 1916, il embarque à Toulon à bord du paquebot La Provence II, transportant un bataillon et plusieurs éléments du 3ème RIC.
Le voyage se déroule d’abord sans incident. Le soldat Louis LERAY, originaire du Pellerin, rescapé du naufrage, raconte l’atmosphère à bord : la mer, les côtes d’Italie aperçues à l’horizon, les chants des soldats, une traversée qui semblait paisible. Le 25 février, le navire passe même en vue de Malte, et rien ne laisse présager le drame.
Mais le matin du 26 février, la mer devient plus houleuse. Vers quinze heures, alors que Louis LERAY s’occupe du pansage de ses chevaux, un bruit sourd retentit, suivi d’un choc violent à l’arrière du navire : La Provence II vient d’être torpillée près du Cap Matapan, au large de la Grèce.
Le député Bokanowsky, présent à bord témoigne de l’attitude admirable des soldats et de l’équipage. Sur la passerelle, officiers et marins dirigent les manœuvres, distribuent les ceintures de sauvetage, mettent à l’eau canots et radeaux. Aucun cri, aucune panique. Seulement le calme fier d’hommes qui, depuis longtemps, ont voué leur vie à la patrie.
Le navire s’enfonce rapidement. L’eau gagne les chaudières. Vers quinze heures dix, des explosions terribles retentissent. Le député se jette à la mer pour échapper au tourbillon de succion. Quelques minutes plus tard, il assiste à la fin : le commandant Vesco, resté sur la passerelle jusqu’au bout, crie d’une voix dominante : « Adieu, mes enfants ! »
Alors, sur le pont avant, des grappes de soldats répondent dans un même élan : « Vive la France ! ». Tandis que le bâtiment se dresse presque perpendiculaire, il disparaît soudain dans la mer. Il est quinze heures quinze.
Louis Leray décrit ce quart d’heure comme un spectacle effroyable. Plus de mille hommes restent massés sur le pont supérieur. Beaucoup n’ont pas le temps de fuir. D’autres sautent dans les baleinières depuis une hauteur immense, se brisant les jambes. Dans l’eau, des centaines de naufragés flottent, accrochés à des planches, à des bottes de foin, à tout ce qui peut les maintenir en vie.
Le député raconte : « Gauthier, aide-fourrier de l'équipage de la Provence II, étant réfugié sur un radeau archiplein accosté par un soldat demandant du secours, s'est jeté à l'eau pour lui céder sa place, en disant : « Le devoir d'un marin est d'abord de sauver les soldats. »
Lui-même parvient à gagner un radeau surchargé. Toute la nuit, les survivants grelottent, trempés jusqu’à la ceinture, sans plainte, dans le froid mordant. Le député raconte que les hommes, presque nus, n’avaient de paroles que pour pleurer les noyés et maudire l’ennemi invisible.
Le sauvetage dure de longues heures. Certains meurent de froid. D’autres perdent la raison. Enfin, des chalutiers, un patrouilleur anglais et un torpilleur français recueillent les rescapés, les conduisant vers Milo ou Malte.
Mais pour Louis, comme pour la majorité des soldats du 3ème RIC embarqués ce jour-là, il n’y a pas de salut.
Le 26 février 1916, Louis disparaît en mer avec La Provence II, victime de la guerre jusque dans l’exil vers un nouveau front. Il meurt à trente-neuf ans, englouti avec ses camarades dans un naufrage devenu l’un des drames les plus poignants de l’armée française.
Son nom demeure attaché à ces soldats dont un témoin écrivait, bouleversé « Voilà ce qu’ont été ces braves gens »
Aller sur la liste des victimes de ce naufrage originaire du Pays de Retz (Régulièrement complétée)
La tombe de Louis est donc le Provence II qui se trouve toujours au fond des eaux.
Hommage à Sainte-Pazanne :
Monument aux morts.
Livre d’or des pensions.
Plaques commémoratives de l'église.
Hommage à Rochefort :
Plaque commémorative aux victimes du naufrage de la Provence II.
Son père décède en1930 à l'âge de 85 ans.
Sa mère décède à Fresnay en 1938 à l'âge de 84 ans.
Sa fille épouse René DUPIN. Elle décède en 1951 à Fresnay (44) à l’âge de 41 ans.
Son fils René épouse Marie-Josèphe RENONDINEAU à Bourgneuf en 1935. Il décède à Saint-Brévin en 1966 à l’âge de 54 ans.
Les deux enfants sont adoptés par la Nation en 1918.
Son frère Julien est mort pour la France à Moulin-sous-Touvent le 27 octobre 1914 à l’âge de 33 ans.
Son frère Jean-Marie est également mobilisé. Il revient dans sa famille en 1919. Il épouse Marie RENONDINEAU en 1915. Il décède à Saint-Brévin en 1966 à l'âge de 54 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Lorsque l’on évoque la Première Guerre mondiale, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est celle des tranchées, des assauts meurtriers et des soldats combattant sous le feu ennemi. Pourtant, derrière cette guerre de front se cachait une organisation immense, indispensable à la survie et à l’efficacité des armées. Dans cet ensemble, les troupes d’étape occupaient une place essentielle. Souvent oubliées par la mémoire collective, elles furent pourtant l’un des rouages majeurs de l’armée française durant tout le conflit.
Les troupes d’étape désignaient l’ensemble des unités affectées à la zone intermédiaire située entre l’arrière et la ligne de feu, que l’on appelait la « zone des étapes ». Cette zone constituait un espace stratégique fondamental, car elle permettait d’assurer la liaison permanente entre les dépôts de ravitaillement, les gares militaires, les hôpitaux, les routes de circulation et les unités engagées au combat. Dans une guerre industrielle et de longue durée comme celle de 1914-1918, la victoire ne dépendait pas seulement du courage des combattants, mais aussi de la capacité à alimenter sans relâche le front en hommes, en matériel et en ressources.
Le rôle principal des troupes d’étape était donc logistique. Chaque jour, il fallait acheminer vers les positions avancées des quantités considérables de vivres, de munitions, de vêtements, de matériel de tranchée, mais aussi du courrier ou des renforts. Le front consommait des milliers d’obus quotidiennement, et l’armée devait nourrir plusieurs millions de soldats. Sans une organisation rigoureuse du transport et de la distribution, aucune unité n’aurait pu tenir durablement. Les convois, souvent composés de voitures hippomobiles ou de camions, circulaient sans cesse sur des routes encombrées, parfois sous la menace des bombardements ou dans des conditions climatiques éprouvantes.
Les troupes d’étape ne se limitaient pas au transport. Elles assuraient également le contrôle des circulations et la sécurité des communications. Il fallait réguler le passage des colonnes militaires, surveiller les axes stratégiques, protéger les dépôts, maintenir l’ordre dans l’arrière-front et éviter la désorganisation. Dans une guerre où les déplacements de troupes étaient constants, la discipline et la coordination étaient essentielles. Les soldats affectés à ces missions jouaient un rôle discret mais vital, car le moindre retard dans le ravitaillement pouvait compromettre une offensive ou mettre en danger une position.
Parmi ces unités figuraient notamment les formations du Train des équipages, chargées du transport des approvisionnements, mais aussi des soldats territoriaux, souvent plus âgés, employés à la garde des voies ferrées, des ponts ou des entrepôts. Les services de santé faisaient également partie intégrante du système des étapes, organisant l’évacuation des blessés depuis le front vers les hôpitaux de l’arrière. Ainsi, la zone des étapes était traversée en permanence par un flux continu d’hommes, de matériel et de souffrance, révélant une autre réalité de la guerre, loin des combats directs mais tout aussi éprouvante.
Contrairement à une idée répandue, l’arrière-front n’était pas un espace totalement sûr. Les troupes d’étape étaient exposées aux bombardements, aux attaques aériennes, aux tirs d’artillerie à longue portée et aux dangers liés aux cadences de travail. La fatigue, les privations et les conditions sanitaires difficiles marquaient profondément ces soldats de l’ombre. Leur guerre était moins spectaculaire, mais elle était faite d’efforts incessants, de responsabilités lourdes et de sacrifices souvent méconnus.
En définitive, les troupes d’étape furent l’un des piliers invisibles de l’armée française pendant la Première Guerre mondiale. Sans elles, il aurait été impossible de soutenir l’effort militaire sur une aussi longue durée. Elles rappellent que la guerre moderne ne se joue pas uniquement dans les tranchées, mais aussi dans l’organisation, la logistique et le soutien permanent apporté aux combattants. Redonner une place à ces soldats de l’arrière-front, c’est mieux comprendre l’ampleur totale du conflit de 1914-1918 et rendre hommage à tous ceux qui, loin des premières lignes, contribuèrent chaque jour à la survie de l’armée.