Cette biographie a été rédigée par Marité Briand et adaptée à ce support
BOUCARD François Mathurin Louis
Sainte-Pazanne
1887 - 1917
Soldat au 8ème bataillon de chasseurs à pied
Mort pour la France
François BOUCARD naît le 25 février 1887 à Sainte-Pazanne.
En 1908, il est exempté pour « bronchite spécifique» mais est inscrit au 64ème Régiment d’Infanterie.
Le 19 février 1915, malgré ses problèmes de santé, il est incorporé au 8ème bataillon de chasseurs à pied.
Il décède le 23 avril 1917 à l’hôpital de Prouilly dans la Marne lors de la bataille du Chemin des Dames.
Son père, Mathurin BOUCARD, cultivateur à la Gouyère à Sainte-Pazanne, épouse à Machecoul le 18 mai 1886, Jeanne Joséphine Magdeleine BOUCARD, dite Madeleine, native de cette même commune.
Le couple vit à Sainte-Pazanne et a onze enfants : François né en 1887, Marie-Madeleine née en 1888, Honoré né en 1890, Jean-Marie né en 1892, Mathurin né en 1895, Marcel né en 1897, Damien né en 1899, Thérèse née en 1900, Valentine née en 1902, Albertine née en 1903,et Germaine née en 1905.
François est donc l’aîné de la famille, né le 25 février 1887 à Sainte-Pazanne au lieu-dit la Gouyère. Il est cultivateur.
Le 20 janvier 1913, il épouse à Sainte-Pazanne Rose Jeanne Allaire née à Saint-Lumine-de-Coutais, habitant à Nantes, rue Jean-Jacques Rousseau.
De cette union, naissent deux enfants : Damien né le 1er mai 1914 et Clément le 20 septembre 1915.
En 1908, François est exempté pour "bronchite spécifique". L’a-t-on à cette époque intégré au 64ème régiment d’infanterie comme l’indique le chiffre du revers de sa veste que l'on voit sur la photographie ?
Sur sa fiche matricule, rien ne permet de le dire. Un oubli ? Une invention du photographe ? Nous n’avons pas de réponse.
Nous poursuivons nos recherches.
Malgré son état de santé, François est appelé à l’activité le 19 février 1915. Il a déjà un fils, Damien qui a un an et sa femme est à nouveau enceinte. On imagine son déchirement en quittant la ferme familiale dans ces conditions ! Les journaux faisant état de nombreux morts, il a dû avoir très peur de ne jamais revenir. Mais l’armée a besoin d’hommes. Bronchite ou pas, François doit partir. Comme tous les soldats, il fait quelques mois d’instruction avant d’intégrer le 8ème bataillon de chasseurs à pied. L’instruction dure de deux à trois mois. Aucune source n’indique quand François arrive au front. On peut imaginer qu’ayant été appelé sous les drapeaux le 19 février 1915, il est dans les combats mi-mai ou mi-juin.
Pourquoi entre t-il dans un bataillon de chasseurs à pied, réputé régiment d’élite ? Peut-être était-il de petite taille ? Sa fiche matricule ne dit rien à ce sujet. En effet, ces groupes choisissaient des hommes capables de courir vite.
Lieux où François a combattu :
1 – Argonne : 1915
2 – Champagne : 1915
3 – Verdun : 1916 (peut-être)
4 – Somme : 1916 (peut-être)
5 – Chemin des Dames : 1917 où François décède
Depuis le 1er janvier 1915, le régiment de François est en Argonne. C’est là qu’il connaît le baptême du feu. La violence y est extrême, en particulier entre le 9 mai et le 30 juin. L’historique du 8ème BCP fait état de l’âpreté des combats :
« Les tranchées sont très rapprochées, on se bat à la grenade de boyau en boyau. La baïonnette est trop longue pour se défendre dans la tranchée. On emploie les pétards à main, les poignards, on saisit les haches et les serpes. »
Les soldats sont félicités de leur vaillance par le Ministre de la Guerre : « Le 11 juillet, le 8e était passé en revue par M. MILLERAND, ministre de la Guerre, qui remettait au commandant DEVINCET la croix de la Légion d'honneur. Peu après, une splendide citation à l'ordre de l'armée, d'une concision lapidaire, consacrait l'héroïsme des chasseurs. » Historique du 8ème BCP.
En Champagne (septembre 1915)
En août et septembre, le 8ème BCP alterne des périodes successives de repos et de travail, ses effectifs sont complétés, il y eut tant de tués en Argonne !
Après l’échec en juin de l’offensive principale en Artois, Joffre planifie une opération d’envergure à l’automne, ce sera la deuxième bataille de Champagne conjuguée à une offensive secondaire en Artois. Cette décision suscite de nombreuses réticences tant au niveau des politiques que de l’état-major. Mais, Joffre, partisan des offensives annonce : « Du point de vue militaire, je ne peux rester sur la défensive. Nos troupes perdraient peu à peu leurs qualités physiques et morales.»
Il l’emporte et le 22 septembre 1915, l’enfer s’abat sur les positions allemandes. 4 millions d’obus sont tirés pour anéantir les lignes allemandes.
Malheureusement, la nuit suivante, la météo, jusqu’alors clémente, tourne à la pluie. Il n’y aura que de courtes éclaircies jusqu’au 29. L’observation des destructions, le repérage aérien et bien sûr le réglage des tirs d’artillerie sont rendus difficiles.
Le 25 à 9h15, 19 divisions françaises s’élancent à l’assaut, clairons en tête, drapeaux au vent. Les poilus sont coiffés du nouveau casque Adrian. Ils sont galvanisés par l’ampleur des moyens déployés et sûrs de la victoire. Pour la première fois, des avions dotés d’appareils-photos peuvent faire des clichés des tranchées allemandes.
C’est au cours de cet assaut, le 25 septembre 1915 que François est blessé par un éclat d’obus au pied droit. Il fait partie des 100 000 blessés que fait la bataille. Le nombre de morts est impressionnant : 70 000 pour un gain de terrain de seulement 4 kilomètres !
François, blessé, ne peut continuer les combats. Il est sans doute hospitalisé, bénéficie peut-être ensuite d’une convalescence dans sa famille pour lui permettre de faire connaissance avec son deuxième fils, Clément, né le 20 septembre 1915. Nous ne savons pas pendant combien de temps François a mis pour se remettre de ses blessures. Néanmoins, on le retrouve en 1917 au Chemin des Dames. Pendant ce temps, son régiment, le 8ème BCP, participe aux combats de Verdun, de la Somme. François y a-t-il participé ? Nous poursuivons nos recherches.
La bataille est lancée par les Allemands le 21 février 1916. C’est le 10 mars que le 8ème BCP arrive à Verdun dans des conditions terribles : pendant vingt jours, le 8ème tient le secteur de Thiaumont où « le sol est détrempé, parfois la jambe enfonce dans une boue gluante, collante, et l'on a toutes les peines du monde à la retirer ; l'obscurité de la nuit très dense est brusquement chassée par les éclairs de multiples fusées qui jaillissent de toutes parts, on se couche, pour ne pas se faire repérer, on se relève, on fait quelques pas en avant, sous les rafales d'obus qui déchirent l'air et se répandent en une pluie de fer. » Historique du 8ème BCP
Après une relève, il remonte en ligne au Mort-Homme qu’il défend contre les attaques de l’ennemi en subissant de lourdes pertes les 9 et 10 avril. « Après un bombardement intense, l'attaque allemande s'était déclenchée à midi. Pendant quatre heures, ce fut un combat d'un acharnement inouï. Suivant la première vague des grenadiers, les colonnes ennemies s'étaient précipitées, la baïonnette haute, contre nos tranchées, où nos chasseurs les attendaient et les reçurent à coups de mitrailleuses et de fusil, puis la lutte s'acheva en corps à corps, en véritable mêlée. L'ennemi battit en retraite, mais il revint à diverses reprises jusqu'au soir. » Historique du 8ème BCP
Après une nouvelle relève, pour la troisième fois, le 8e reprend la direction, de Verdun, le 7 mai. Il occupe le secteur du bois des Caurettes, au nord-ouest de Cumières, à droite du Mort-Homme où les combats sont acharnés. Début juin, le régiment s’en va au repos dans la région de Toul pour être dirigé vers une autre destination : la Somme.
Pour percer le front ennemi, depuis février 1916, Joffre et son collègue anglais, Douglas Haig ont décidé de frapper un grand coup sur la Somme, entre Péronne et Bapaume. Mais l’offensive allemande sur Verdun a tout compromis. Il a fallu retarder l’attaque mais il n’est pas question d’annuler cette grande opération. Elle aura au moins l’avantage de faire lâcher prise aux Allemands qui devront détourner leurs forces de Verdun.
L’attaque est déclenchée le 1er juillet 1916 avec force munitions, menée essentiellement par les Britanniques soutenus par des troupes françaises. Mais le premier jour est un désastre : 20 000 morts et plus de 40 000 blessés. La percée n’aura encore pas lieu. Reste l’usure. Jusqu’en novembre, les combats continuent, même si l’on sait la bataille perdue dès le 1er juillet.
Le 25 septembre 1916, le 8ème BCP s'empare du village de Rancourt et gagne une nouvelle citation à l'ordre de l'armée. La bataille de la Somme voit l’apparition d’une arme nouvelle : le char d’assaut. Le 15 septembre 1916, les Britanniques utilisent pour la première fois le char Mark I. Si son impact psychologique est fort (il terrifie les ennemis et galvanise les assaillants), son utilité reste cependant limitée. Il est en effet handicapé par sa lenteur (à peine 6 km/h) et beaucoup tombent en panne ou se retrouvent bloqués sur le terrain accidenté. Finalement, seuls 9 des 49 chars prévus pour l’assaut atteignent les tranchées ennemies.
Nous sommes sûrs cette fois que François participe à cette bataille.
En décembre 1916, le général Nivelle succède à Joffre comme généralissime et prévoit pour avril 1917 une grande offensive. «Je vous promets la victoire ! », dit-il au gouvernement Briand. Cependant, les politiques sont dubitatifs quant au succès d’une telle entreprise. Cela ressemble à du déjà-vu. Mais Nivelle promet que tout sera arrêté si la percée n’a pas lieu au bout des premières journées.
Le 16 avril 1917, François s’élance avec le 8ème BCP dans cette grande bataille. L’offensive est lancée à six heures du matin mais dans de très mauvaises conditions. La pluie, la neige, la brume empêchent de régler le tir. L’action de l’artillerie est complètement annihilée par l’enfouissement des Allemands dans des abris bétonnés ou dans des grottes. François et son régiment montent péniblement dans la boue à l’assaut du plateau. Pour leur première grande bataille, Nivelle fait donner les chars. L’échec est total : embourbés, en panne, ils sont détruits à 50 % ! A la fin de la journée, les soldats n’ont pas parcouru plus de 500 mètres. Et le nombre de tués et de blessés est effrayant.
François fait partie de ces blessés du 16 avril 1917. Il est transféré à l’hôpital d’évacuation de Prouilly dans la Marne. Mais ses blessures sont telles qu’il décède le 23 avril 1917 à 15 heures. Il est d’abord inhumé au cimetière de Prouilly. Puis son corps est transféré à Cormicy où il repose toujours dans la tombe individuelle n°5495. La famille n’en est informée que le 9 juillet 1917. Pauvre François ! Même si nous n’en sommes pas sûrs, il aura participé à toutes les grandes batailles de la guerre de tranchées, connaissant l’horreur des combats pour en finir victime.
Hommages à Sainte-Pazanne
Inscrit sur le monument aux morts de Sainte-Pazanne.
Inscrit sur les plaques commémoratives dans l’église de Sainte-Pazanne.
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions.
Son père, Mathurin, décède en 1928 à Sainte-Pazanne à l’âge de 70 ans.
Sa mère, Madeleine Jeanne Joséphine décède également en 1928 à Sainte-Pazanne à l’âge de 66 ans.
Honoré meurt au combat le 6 septembre 1916 à Berny-en-Santerre lors de la bataille de la Somme.
Marie-Madeleine, se marie en 1913 avec Auguste Allaire qui décède en 1914 au front.
Jean-Marie décède en 1942 à l’âge de 50 ans.
Mathurin épouse en 1920 Angèle Pellerin. Le couple a douze enfants. Il décède en 1980 à Sainte-Pazanne à l’âge de 85 ans.
Marcel épouse Désirée Laizin en 1920. Le couple a trois enfants. Il décède en 1954 à l’âge de 34 ans.
Damien ne vit qu’un mois. Né le 29 mai 1899, il décède le 20 juin de la même année.
Thérèse épouse Eugène Michon en 1920. Elle décède en 1986 à l’âge de 86 ans.
Valentine épouse Jean-Marie Guilbaud en 1924. Elle décède en 1980 à l’âge de 78 ans.
Albertine se marie avec Emile Beillevaire en 1920. Elle décède en 1991 à l’âge de 88 ans.
Germaine épouse Jean-Marie Beillevaire en 1920. Elle décède en 1961 à l’âge de 56 ans.
Damien épouse Germaine ECOMARD. Il a un fils Gilles. Damien décède en 1942 à Saint-Cyr-en-Retz à l'âge de 27 ans
Clément épouse Jeanne BERNARD en 1938. Il décède en 2017 à Villeneuve-en-Retz à l'âge de 102 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Fonctions de communication militaire
Transmission des ordres : Dans le vacarme assourdissant des combats — tirs d'artillerie, explosions, mitrailleuses —, la voix humaine ne portait pas au-delà de quelques mètres. Le clairon, avec ses sonneries codifiées, permettait de transmettre des ordres clairs à distance : réveil, rassemblement, charge à la baïonnette, cessez-le-feu, repli, appel aux morts, extinction des feux...
Coordination des mouvements : Lors des assauts, le clairon donnait le signal de sortie des tranchées. Sa sonnerie claire et reconnaissable permettait de synchroniser l'attaque de plusieurs unités dispersées sur un large front.
Fonctions symboliques et morales
Motivation des troupes : La sonnerie de la charge, au moment de l'assaut, avait un effet psychologique puissant : elle donnait du courage, galvanisait les hommes, couvrait momentanément la peur par un élan collectif.
Honneur aux morts : La sonnerie aux morts rendait hommage aux camarades tombés lors des cérémonies funèbres, même sommaires, sur le front.
Le clairon : un soldat exposé
Un poste dangereux : Le clairon était particulièrement exposé : debout, visible, souvent en avant des lignes pour être entendu, il constituait une cible de choix pour l'ennemi qui cherchait à faire taire ces sonneries d'attaque.
Un courage reconnu : Sonner la charge sous le feu ennemi demandait un courage exceptionnel. Nombreux sont les clairons tombés l'instrument aux lèvres.
Évolution pendant la guerre
Déclin progressif au front : Avec le développement de la guerre de tranchées et des nouvelles technologies (téléphone de campagne, signaux lumineux, fusées éclairantes), le clairon perd de son utilité tactique en première ligne. Il devient trop repérable, attire le feu de l'artillerie.
Maintien à l'arrière : Le clairon reste utilisé dans les cantonnements de repos, les camps d'entraînement, les casernes, pour maintenir la discipline et le rythme militaire.
Rôle cérémoniel renforcé : Il conserve toute son importance lors des cérémonies, des défilés, des hommages aux morts — rôle qu'il garde encore aujourd'hui.
En résumé
Le clairon a joué un rôle essentiel en début de guerre pour la communication tactique et le maintien du moral. Progressivement supplanté par les moyens modernes de transmission, il a conservé sa dimension symbolique et cérémonielle tout au long du conflit. Le clairon incarnait à la fois l'ordre militaire, le courage et la mémoire des morts, un symbole sonore de la Grande Guerre.