Biographie rédigée avec l'accord de Arnaud De Lamothe, membre de la famille qui nous a confié des photographies et des extraits des carnets de guerre de Edouard. Qu'il en soit ici remercié.
De RODELLEC du Porzic Edouard Emile
Pornic
1884 - 1915
Sous-lieutenant au 108e régiment d’infanterie
Mort pour la France
Edouard est né le 27 novembre 1881.
Il est nommé sergent le 6 avril 1906.
Il est mobilisé le 1er août 1914 au 108ème régiment d’infanterie.
Il habite à Pornic au moment de la mobilisation.
Edouard est promu sous-lieutenant le 9 novembre 1914.
Il est tué à l’ennemi le 26 septembre 1915.
Il est cité à titre posthume le 14 octobre 1915.
Edouard est né le 21 novembre 1884 à Saint-Pierre-Quilbignon dans le Finistère.
Il est engagé volontairement le 11 novembre 1904 à Bergerac en Dordogne où il résidait à l’époque.
D’abord soldat, puis caporal, il sera nommé sergent le 6 avril 1906. Dans le même temps, il obtient son diplôme de licencié ès sciences.
La guerre contre l’Allemagne est déclarée le 1er août 1914 et Edouard restera au 108ème régiment d’infanterie. Il habite à Pornic en 1914. Il écrit :
« Pornic, le 1er août 1914,
Ce matin, vers 11 h 30, je suis au casino avec quelques amis. Un gendarme passe vite [...] Une conversation du quai me parvient, un homme crie au gendarme :
- « La mobilisation ? »
- « Pas encore, à 4 h. »
- « Vous devriez le dire ! »
- « Que voulez-vous ? Ce sont les ordres ! »
Paraît sur le quai un douanier en armes [...] « La douane mobilise ! », dis-je. Le douanier suscite un de ces nombreux mouvements de curiosité partielle comme il y en a tant en ce moment, puis tout s'apaise. Tantôt je vais [...] à la Noëveillard. Il fait un temps assez triste, quelques gouttes de pluie nous font chercher refuge au café qui donne sur la plage [...] Nous revenons vers 16 h 15 car je veux être à l'arrivée du rapide où j'espère peut-être trouver papa et Miton. Après avoir franchi l'arche du château, je rencontre le plus grand des « deux barons ». Je le salue, il s'avance la main tendue spontanément :
- « Mauvaise nouvelle, messieurs... »
- « C'est la guerre ? », dis-je.
- « Oui... »
- « On mobilise ? »
- « Oui, on affiche. »
À ce moment, le tocsin retentit : il est 5 h. Je continue ma route. Dans des groupes, sur le quai, des femmes s'essuient les yeux. Sur tous les visages règne la consternation. Pas de cri, pas de désordre, une résignation douloureuse et muette seulement. L'affiche de mobilisation est posée à la gendarmerie, à côté de l'ordre de réquisition. Les voilà donc, ces sinistres et mystérieuses affiches dont on a tant parlé...
À la gare, il y a foule, l'ordre de mobilisation y est également affiché. [...] Au loin, on entend le tocsin qui sonne aux villages voisins. Le rapide arrive : par les fenêtres, les gens cherchent à nous annoncer la grande nouvelle que le télégraphe nous a permis d'apprendre avant leur arrivée. En rentrant, je croise le crieur public qui passe à bicyclette et annonce : « Ordre de mobilisation générale. Premier jour de mobilisation : dimanche 2 août. » Sources : Ouest-France 10/11/2014.
Mobilisé au 108ème RI, Édouard de Rodellec du Porzic appartient à un régiment qui a payé un tribut particulièrement lourd lors des grandes offensives de l'année 1915.
Edouard est promu sous-lieutenant le 9 novembre 1914 alors que la guerre a fait déjà beaucoup de morts. (250 000 morts entre le 15 août 1914 et le 10 septembre 1914)
Après avoir tenu des secteurs difficiles en Argonne et dans la Somme, le 108ème RI est engagé dans la grande seconde bataille de Champagne en septembre 1915. L'objectif est alors de rompre le front allemand par une attaque massive.
Arnaud De Lamothe nous a confié deux extraits des carnets de guerre d'Edouard.
L'un est daté du 31 décembre 1914 : «Et s'il me faut faire le grand sacrifice, soutenez moi à ce terrible moment là...Faites que je meure courageusement, en vrai chrétien, en vrai Français, en vrai gentilhomme, dans la paix de mon Dieu et l'espoir de son Paradis. Alors je vous reverrai dans la brillante lumière des jours qui n'auront pas de soirs, des jours de joie sans fin et d'assurance éternelle, loin des deuils et des chagrins.»
L'autre est daté du 15 février 1915. Edouard commence le récit de cette journée par ces mots admirables :
« Je commence ce nouveau carnet de notes aujourd’hui, lundi 15 février 1915. Je veux tout d’abord remercier Dieu de la protection constante qu’Il m’a accordée jusqu’à présent. Je Lui demande la Victoire pour mon pays, et pour moi un heureux et prompt retour au foyer. Si je dois au contraire consommer le grand sacrifice, qu’Il daigne m’accorder le repos éternel et les joies du Paradis. Dans la patrie céleste, j’espère alors retrouver ceux qui m’ont aimé ici-bas, ceux dont je garde le fidèle souvenir, auxquels je pense chaque jour au milieu des pires horreurs et des affreux dangers. Leur chère pensée me dit que tout ne s’arrête pas à la tombe et qu’il faut espérer, après l’épreuve, le jour des éternelles réunions. J’ai voulu évoquer leur souvenir en tête de mon second carnet de notes de guerre et leur demander encore leur protection. Au mystérieux au-delà, que tous ces chers disparus me soutiennent dans la voie douloureuse que je traverse et puissent-ils m’accorder ou plus m’obtenir la grâce du retour dans ce pays de Bretagne où je les ai connus et aimés »
Le 25 septembre 1915, l'offensive est lancée. Le régiment s'élance à l'assaut des positions ennemies au nord de Suippes, dans le secteur de la ferme de Navarin. Les soldats du 108e progressent sous un feu de barrage d'une intensité extrême et parviennent à s'emparer des premières lignes allemandes au prix de pertes effroyables.
Le lendemain, le régiment tente de pousser son avantage au-delà des premières tranchées conquises pour atteindre les secondes lignes ennemies.
Les hommes doivent progresser sur un terrain dévasté, balayé par les mitrailleuses allemandes restées intactes malgré la préparation d'artillerie.
L'attaque de la ferme de Navarin est l'une des pages les plus glorieuses mais aussi les plus tragiques de l'histoire du régiment : en seulement quelques jours, le 108ème RI perd la majorité de ses officiers et une part considérable de ses effectifs.
Edouard est tué à l’ennemi le 26 septembre 1915 à Neuville-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais lors des combats de La Boisselle-Albert.
Le courage qui lui coûtera la vie lui vaudra d’être cité à l’ordre de l’armée le 14 octobre 1915 : « Tombé glorieusement à la tête de sa section qu’il entraînait à l’avant des tranchées ennemies »
Six soldats du 108ème et originaires de Loire-Atlantique tomberont pendant cette guerre. Le bilan des pertes de ce régiment les 25 et 26 septembre 1915 est de : 113 morts, 402 blessés et 53 disparus.
Nous n'avons pas d'élément qui nous permettent de situer le lieu d'inhumation d'Edouard. Arnaud De Lamothe nous informe que le corps d'Edouard n'a jamais été retrouvé.
Hommage à Pornic (44) :
Plaque mémorielle sur la tombe familiale.
Hommage à Bergerac (24) :
Plaques commémoratives du collège Henri IV.
Stèle commémorative des officiers des 108e, 308e et 96e R.I
Hommage à Clohars-Carnoët (29) :
Monument aux Morts
Hommage à Ancenis-Saint-Géréon (44):
Livre d'or du ministère des pensions [Ancenis]
Hommage à Ablain-Saint-Nazaire (62) :
Nécropole nationale Notre-Dame-de-Lorette - Plaques commémoratives de la chapelle
Hommage à Paris 9 (75) :
Tableau d'Honneur Morts pour la France - Guerre de 1914-1918 (Publications La Fare, 1921)
Hommage à Saint-Pierre-Quilbignon (29) :
Tableau d'Honneur Morts pour la France - Guerre de 1914-1918 (Publications La Fare, 1921)
Son père Adrien décède en 1935 à Ancenis à l'âge de 84 ans.
Sa mère décède en 1953 à Ancenis à l'âge de 98 ans.
Sa sœur Elia décède en 1930 à Nantes à l'âge de 43 ans.
Sa sœur Alice décède en 1973 à Ancenis à l'âge de 83 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Neuville-Saint-Vaast - La bataille d'Artois. Le 10 mai, .../... à Neuville-Saint-Vaast notamment au Labyrinthe, à la Targette et à Ablain-Saint-Nazaire les combats perdurent. Dans ces bourgs en ruines, chaque cave est transformée en blockhaus, qu’il faut enlever l’un après l’autre. Au cours de ces corps-à-corps, les Français subissent des pertes importantes mais parviennent à s’emparer du Labyrinthe, le 17 juin. Au terme de cette action, l'offensive est interrompue.
Durant l’été 1915, l'artillerie de chaque camp se déchaîne. Le 25 septembre, Joffre relance les opérations appuyées par la 1ère armée britannique [NDLR : Edouard est tué le 26]. En mars 1916, pour soulager les Français menacés à Verdun, les Britanniques relèvent la 10ème armée. Le 9 avril 1917, les Canadiens s’emparent de la crête de Vimy. Le 3 octobre 1918, les ruines de Lens sont libérées par les Britanniques.
https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/