Cette biographie a été rédigée par Hervé CLOSSET et adaptée au support
BOUCARD Louis Marie
Chauvé - Bourgneuf
1888 - 1914
Soldat au 116ᵉ régiment d'infanterie
Mort pour la France
Louis BOUCARD est né le 30 mars 1888 à Chauvé.
Il effectue son service militaire au 116ème régiment d'infanterie de Vannes de 1909 à 1911.
Il se marie en janvier 1914.
Louis est mobilisé le 3 août 1914 au 116ème RI.
Il va combattre en Belgique puis participer à la retraite générale.
Il disparaît le 31 août 1914 à Attigny dans les Ardennes.
Louis est décoré à titre posthume de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.
Louis Marie BOUCARD voit le jour le 30 mars 1888 dans la commune de Chauvé. Il est le second fils de Pierre et d’Anne PRIN.
Les parents sont tous deux cultivateurs au hameau du Marais HERY. Louis a un frère ainé prénommé Pierre qui est né en 1884.
Les deux garçons deviennent orphelins de mère lorsque Anne meurt prématurément à l’âge de 44 ans en 1902. Ils vont alors eux aussi se tourner vers l’agriculture en se faisant employer comme laboureur dans les fermes environnantes.
Louis est Incorporé au 116ème régiment d’infanterie de Vannes le 8 octobre 1889 pour y effectuer son service militaire. Les effectifs de ce régiment sont alors répartis entre la caserne de « La Bourdonnay » et la caserne des « Trente ».
Après 2 années passées sous les drapeaux et son certificat de bonne conduite en poche, Louis est placé en congés de libération le 24 septembre 1911. Il est versé dans la réserve le 1er octobre de la même année.
Il se marie deux années plus tard, le 12 janvier 1914 à Bourgneuf avec Louise Joséphine CROCHET de 7 ans sa cadette. A la date du 8 février 1914, le jeune couple est domicilié à la Basse Chantrie entre Chauvé et Chaumes en Retz.
Au moment de la déclaration de guerre, le 116ème RI tient toujours garnison à Vannes. Un bataillon est détaché à Morlaix et 2 compagnies sont détachées à Auray. Il est composé presque exclusivement de Bretons, auxquels se mêlent des Vendéens et quelques Parisiens. Il fait partie de la 22ème Division et du Xième Corps d’armée et forme, avec le 62ème RI de Lorient, la 43ème brigade.
Louis est mobilisé dans les rangs du 116ème RI le 3 août 1914. Son effectif en temps de guerre est de 51 officiers, 184 sous-officiers, 250 caporaux et 2886 hommes de troupe.
Le premier échelon du régiment s’embarque en gare de Vannes le 7 août à 18h57. Après un long voyage, via Redon, Nantes, Angers, Le Mans, Versailles, Juvisy, Meaux, et Reims, le régiment débarque dans la soirée du 9 août à Grand-Pré dans les Ardennes. Il cantonne, le 9 et le 10, à Autruche et à Authe. Le 11, il se porte sur la Berlière, où il stationne le 12 et le 13, en prenant un dispositif d’avant-postes.
La concentration du XIème corps étant terminée, la marche en avant des troupes françaises commence le 14 août. Louis cantonne ce jour-là à la ferme de Labonne-Malade et à Yoncq ; le 15, à Thélonne et Chaumont-Saint-Quentin. Les déplacements s’effectuent sous une pluie torrentielle. Le 16, le régiment est à Mairy avant d’arriver le 19 à Pouru- Saint-Rémy.
A partir du 18 août la progression s’opère sous la surveillance quasi permanente des avions d’observation allemands. Les « taubes » allemands suivent heure par heure l’avancée des troupes française en identifiant leurs axes de marche. Les fusillades d’infanterie venues du sol ne suffisent pas à les détourner de leur mission.
L’Etrich Taube, (colombe) est un monoplan de reconnaissance, de chasse légère et d’entraînement. Ses ailes et sa queue le font ressembler à une colombe ou à un pigeon, d’où son nom. (Voir Un soldat, un mot.)
Le 20, un bataillon se porte sur Escombres. Le 21, à 1h45, le régiment y reçoit l’ordre de stationner en cantonnement d’alerte avant le jour et de prendre des mesures pour assurer le secret des opérations. Il se met en route à 10h50 et, après une marche pénible, bivouaque dans les bois à 4 kilomètres au sud de Bertrix (Belgique).
Les risques présentés par les avions allemands sont enfin pris en compte par l’état-major du régiment le 21 août. Des consignes sont données pour dissimuler au maximum les mouvements de troupes aux observations effectuées par les « aéroplanes ».
Le 22 août, le départ du cantonnement-bivouac a lieu à 4 heures du matin. L’itinéraire suivi passe par Géripont, Fays-les-Veneurs et Launoy. Après un arrêt de 3 heures à Launoy, le régiment repart à 11h00 pour Paliseul en direction de Maissin en Belgique.
Le 22 août 1914 à 7 heures, l’ordre du général commandant la 22ème Division, est donné : attaquer l’ennemi partout où on le rencontrer. Les quelques renseignements recueillis jusqu’alors signalent l’ennemi dans la direction de Maissin sans aucune précision. Les français pensent que le village de Maissin est inoccupé.
Louis et ses camarades prennent alors les dispositions de combat. Le contact avec l’ennemi est établi à 3 kilomètres au sud-ouest de Maissin. Pour Louis, c’est le baptême du feu. Les allemands sont retranchés dans les bois, les champs d’avoine et de blé depuis plusieurs jours. Il est 13h00 lorsque les officiers, sabre au clair, et les hommes de troupe, baïonnette au canon, s’élancent à l’assaut des positions allemandes fortement tenues et défendues par des fils de fer et de nombreuses mitrailleuses. Le combat dure jusqu’au soir où le village de Maissin est enlevé à l’ennemi maison par maison.
Mais les troupes allemandes entament aussitôt un mouvement tournant sur la droite des armées françaises qui oblige le 116ème à se replier. Cette retraite produit une certaine panique dans les rangs français. Elle s’étend jusqu’au QG du XIème corps d’armée. Au final, Maissin est repris par les allemands. Pour preuve de l’âpreté des combats, les pertes du 116ème sont qualifiées de « très sensibles » dans le JMO du régiment.
Durant la bataille, plus de 70 maisons sont incendiées, seules 25 maisons restent debout, le bétail est décimé, les récoltes ravagées et dix habitants sont tués. D’autres sont fusillés par les Allemands. Les pertes sont quasi équivalentes dans les deux camps. L’armée française perd « environ » 4200 hommes.
Le 23, dans la matinée, le régiment de Louis continue de battre en retraite en menant des combats d’arrière-garde. Il se reforme à Bouillon et bivouaque, le soir, dans les rues de cette ville. L’appel fait ressortir les pertes éprouvées la veille. On dénombre 618 hommes tués, blessés ou disparus.
A partir du 24 août, le mouvement de retraite s’accentue. Beaucoup de retardataires sont observés et, parfois, sont abandonnés sur place. Le régiment se porte sur Saint-Aignan, où il occupe des positions autour de la ville. Le 25, il bivouaque au nord de Chevenges et sur la route de Sedan. D’après les témoins de l’époque, le moral des troupes est qualifié de « très mauvais ».
Le 26 au matin, arrive l’ordre de cesser le repli et de creuser des tranchées afin de bloquer l’avance ennemie. Vers midi, les allemands sont au contact des troupes françaises et le combat s’engage. Il se poursuit jusque vers 16 heures au moment où l’ordre est donné de se replier. Ce mouvement est rendu très difficile par suite de l’encombrement des routes. Sous la pluie, une foule d’hommes rebrousse chemin en désordre. Les blessés sont emmenés en brancards et entassés sur des voitures. Ce n’est que le 27 août que le régiment atteint Malmy, à quelques kilomètres au sud de Saint-Aignan. Vers 15 heures, le 116ème, qui est en réserve, se met en marche vers le nord-est sur Chémery et Bulson.
Une tentative de contre-attaque est lancée par les français le 28 août, mais la situation reste longtemps indécise. Les distributions de vivres se font sous les obus. Les allemands résistent et réussissent même à regagner du terrain. Louis et ses camarades doivent à nouveau se replier, cette fois en direction des bois au sud-ouest de Chaumont. Ils bivouaquent le soir dans les bois entre Bulson et Chéhéry.
Le 29, le mouvement de retraite reprend avant le lever du jour. Après une journée sans combat, les Français bivouaquent le soir à Louvergny, après avoir traversé Chéhéry, Malmy et Vendresse.
La retraite continue le 30 août avec un départ tardif dans la matinée sans avoir à combattre. Aucune perte n’est constatée.
Nouveau départ le 31 août à l’aube pour poursuivre la retraite. Aucune perte n’est enregistrée durant cette journée. Dans la soirée, le régiment occupe des tranchées dans le secteur de Dricourt.
Des combats d’arrière-garde sont à nouveau menés le 1er septembre avant qu’un nouvel ordre de repli ne soit donné à 17h00.Au final, du 30 août au 7 septembre, la retraite continue par Rilly-aux-Oies, Attigny, Vaux, Champagne, Dricourt, Hauviné, Béthénneville, Moronvilliers, Prosnes, Mourmelon-le-Petit, Juvigny-sur-Marne, Saint-Pierre-aux-Oies, Soudron et Sommesous.
Les témoignages de l’époque, parlent d’une retraite très dure et pénible et d’un moral des troupes très atteint. Les simples combattants comme Louis ne savent pas ce qui se passe tant sur leur droite que sur leur gauche.
C’est dans ce contexte que Louis disparaît dans le secteur d’Attigny à la fin du mois d’août 1914. Il n’a alors que 26 ans.
Pour l'ensemble du mois d'août 1914, les pertes françaises sont évaluées à 80.000 morts. Du 20 au 23 août, sur le front occidental, 40.000 Français sont tués, dont 27.000 pour la seule journée du 22 août.
Louis a été cité à titre posthume par André Maginot le 13 septembre 1922 : « Brave soldat. Glorieusement tombé pour la France, le 31 août 1914, à Attigny. ». Louis a été décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec une étoile bronze.
En cet été 1914, la désorganisation administrative, le nombre considérable de disparitions et l’absence de témoignages au sein de l’armée française sont tels qu’il faut attendre le jugement déclaratif de décès, rendu par le tribunal de Paimboeuf le 19 mai 1920, pour que sa disparition soit officiellement fixée au 31 août 1914.
Ce n’est qu’à cette date que Louis Boucard est enfin déclaré « mort pour la France » à Attigny (Ardennes).
Hommage à Chauvé :
Inscrit sur le monument aux morts.
Photographie dans le Tableau d'honneur.
Livre d'Or des pensions.
Hommage à Bourgneuf :
Inscrit sur le monument aux morts.
Son père, Pierre est resté veuf après le décès de son épouse. Il décède le 2 mars 1923 à Chauvé à l'âge de 77 ans.
Veuve à 29 ans, Louise son épouse décède le 31 mai 1967 à Bourgneuf-en-Retz à l'âge de 72 ans.
Son frère Pierre est mobilisé au 11ème escadron du train des équipages de Nantes en août 1914. Il est ensuite successivement affecté au 35ème Régiment d’Artillerie de Campagne (RAC), au 23ème RAC, au 50ème RAC, au 206ème RAC et au 309ème Régiment d’Artillerie Lourde (RAL) avant de terminer la guerre dans les rangs du 117ème (RAL). Resté célibataire, il décède en 1959 à Chauvé à l’âge de 74 ans.
La caserne « la Bourdonnay » du 116ème RI de Vannes est ravagée par le feu par les troupes allemandes lorsqu’elles évacuent la ville le 4 août 1944. Des explosions détruisent tout, à l’exception du mess des officiers et de l'infirmerie.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en août 1914, l’aviation militaire n’en est encore qu’à ses débuts. Les appareils sont fragiles, lents, construits en bois et en toile, et leurs missions restent essentiellement liées à l’observation. Parmi eux, un avion à la silhouette singulière va marquer les premiers mois du conflit : le Taube, dont le nom signifie « colombe » en allemand.
Une invention inspirée par la nature
Le Taube est conçu à l’origine par l’ingénieur autrichien Igo Etrich, qui met au point en 1909 un monoplan dont la forme des ailes s’inspire de la graine planante du Zanonia macrocarpa. Cette configuration lui confère une grande stabilité en vol, qualité précieuse à une époque où le pilotage reste délicat.
Le modèle est rapidement produit en Allemagne par plusieurs constructeurs, notamment la firme de Edmund Rumpler. Les versions les plus connues sont l’Etrich Taube et le Rumpler Taube, qui équipent l’aviation allemande au début de la guerre.
Un avion d’observation devenu bombardier improvisé
À l’été 1914, le Taube sert principalement à des missions de reconnaissance. Depuis son cockpit ouvert, l’équipage observe les déplacements de troupes ennemies et transmet des informations essentielles au commandement. L’avion permet également de régler les tirs d’artillerie, ce qui constitue alors une avancée stratégique majeure.
Très vite, le Taube est aussi utilisé pour larguer de petites bombes artisanales. Le 30 août 1914, un appareil allemand survole Paris et jette quelques projectiles à la main. Les dégâts matériels sont limités, mais l’impact psychologique est considérable : la guerre vient désormais du ciel.
Ces actions symbolisent les débuts du bombardement aérien et l’émergence d’une nouvelle dimension du conflit.
Caractéristiques techniques
Le Taube est un monoplan à structure légère, composé d’une ossature en bois recouverte de toile et renforcée par des câbles métalliques.
Ses principales caractéristiques sont les suivantes : Envergure d’environ 14 mètres ; Vitesse maximale proche de 100 km/h ; Moteur de 100 chevaux environ ; Équipage d’un à deux hommes ; Armement initialement absent, puis bombes légères transportées à bord.
Sa stabilité naturelle en faisait un excellent appareil d’observation, mais sa faible vitesse et son absence de protection le rendaient vulnérable.
Un appareil rapidement dépassé
L’évolution technologique est fulgurante. Dès 1915, les premiers avions de chasse équipés de mitrailleuses synchronisées apparaissent. Plus rapides, plus maniables et mieux armés, ils relèguent le Taube à l’arrière-front. L’appareil est progressivement retiré des missions de combat pour être utilisé à l’entraînement.
Un symbole des débuts de l’aviation militaire
Bien que sa carrière opérationnelle ait été relativement courte, le Taube demeure emblématique des premiers mois de la guerre aérienne. Sa silhouette en forme d’oiseau, presque pacifique en apparence, contraste avec la réalité du conflit qu’il inaugure depuis les airs.
Il incarne une époque pionnière, où les pilotes volaient sans parachute, exposés au vent et aux tirs ennemis, dans des machines encore expérimentales. À travers lui se dessine la transformation rapide de l’aviation : d’exploit technique et sportif avant 1914, elle devient en quelques mois un instrument stratégique majeur du XXᵉ siècle.