LOUVEL Félix Modeste Julien
Le Pellerin
1891 - 1914
Soldat au 135ème régiment d’infanterie
Mort pour la France
Cette biographie est rédigée à partir des JMO et de l'historique du 135ème RI
Félix est né le 1er juillet 1891 à Couëron (44).
Il est déjà sous les drapeaux lorsque la guerre éclate.
Il est mobilisé au 135ème régiment d’infanterie d’Angers.
Félix participe à la bataille de la Marne du 6 au 13 septembre 1914.
Il va également participer à la Bataille de l’Yser.
Il décède de blessures de guerre le 27 novembre 1914 à l’hôpital militaire annexe de La Loupe (28).
Félix est inhumé au Pellerin.
Son père, Modeste LOUVEL, natif de Savenay, instituteur public, épouse Jeanne CHOLET, native de Nantes, en 1889 à Couëron.
Félix Louvel naît le 1er juillet 1891 à Couëron, en Loire-Inférieure (aujourd’hui Loire-Atlantique). Issu de cette région ouvrière et maritime proche de Nantes, il appartient à cette génération de jeunes Français appelés à basculer brutalement dans la guerre dès l’été 1914.
Il a commencé son service militaire le 9 octobre 1912. Il exerce alors le métier de « surnuméraire de l’enregistrement » ce qui signifie qu’il a un emploi non titulaire dans l’administration fiscale.
Félix est donc déjà sous les drapeaux lorsque la guerre éclate. Il a alors 23 ans, les cheveux châtains, les yeux noirs et mesure 1,72m.
Mobilisation et départ au front
Le 2 août 1914, Félix est mobilisé au 135ème régiment d’infanterie, régiment dont le dépôt est alors situé à Angers. Le 135ème RI est composé de 41 officiers, 185 sous-officiers, 3138 caporaux et hommes de troupe et 194 chevaux et mulets. Les soldats sont majoritairement angevins et bretons, renforcés par des hommes venus de l’Ouest, comme Félix et Pierre MARIOT de Chauvé.
Le régiment se rassemble à la caserne, accueillant des milliers de réservistes dès les premiers jours d’août.
Le 5 août, il quitte Angers pour rejoindre la zone des armées.
Premiers combats : Lorraine et Charleroi
Après un transport vers la Lorraine, le régiment est engagé dans les mouvements de concentration de la IIème Armée du général de Castelnau. Très vite, il est envoyé vers le nord, où se prépare la grande bataille de Charleroi.
Le 135ème RI débarque à Sedan le 20 août et prend position face à l’offensive allemande. Le premier choc majeur survient le 23 août 1914, lors du combat de Bièvres, où le régiment subit un feu d’artillerie extrêmement violent.
Ce premier engagement est terrible : près de 1 500 hommes sont tués, blessés ou portés disparus en une seule journée, et de nombreux officiers tombent.
Félix découvre alors, comme tant d’autres soldats, la réalité d’une guerre moderne, meurtrière, très différente des représentations de l’élan patriotique du départ.
La retraite et l’épreuve de Faux
Après Charleroi, l’armée française entame une longue retraite. Le 135ème RI recule sous la pression ennemie, épuisé par les marches forcées et les combats d’arrière-garde.
Le 30 août 1914, le régiment combat à Faux, contre des éléments saxons. Les pertes sont encore énormes : 1 100 hommes et 11 officiers sont mis hors de combat, les sections de mitrailleuses sont anéanties, et les soldats doivent abandonner une partie de leur équipement.
La bataille de la Marne
Début septembre, l’ordre est donné de reprendre l’offensive : c’est la bataille de la Marne.
Le 135ème RI se bat à Fère-Champenoise, puis à Prosnes, où il s’accroche au terrain sous un bombardement constant. Les combats sont acharnés, les pertes terribles, mais le régiment contribue à arrêter l’avance allemande.
L’historique souligne que la progression ennemie est rompue grâce au sacrifice de régiments comme le 135ème, restés en ligne « jusqu’à complet anéantissement ».
L’enfer des Flandres : Ypres et l’Yser
En octobre 1914, le 135ème régiment est transporté en urgence en Belgique, dans la région d’Ypres. Il participe à l’une des phases les plus sanglantes du début de la guerre : la bataille de l’Yser.
Les hommes se battent autour de Zonnebecke et de Passchendaele, dans des tranchées noyées par la pluie et la boue. Les bombardements sont incessants, les officiers tombent les uns après les autres, et le régiment est presque détruit.
À l’automne 1914, Félix Louvel se trouve dans le secteur d’Ypres, en Belgique, l’un des plus meurtriers de toute la campagne. Les combats y sont incessants, les tranchées sans cesse balayées par l’artillerie, et les pertes se comptent chaque jour par centaines. Entre le 24 octobre et le 21 novembre 1914, le 135ᵉ régiment d’infanterie enregistre ainsi 2 308 hommes tués, blessés ou disparus, dont 44 officiers, témoignant de la violence extrême des affrontements.
Sur cet extrait du Journal des Marches et Opérations du 135ᵉ régiment d’infanterie, on constate que l’effectif du régiment a considérablement diminué, ne représentant plus qu’environ un tiers du nombre d’hommes présents au début du conflit. Le soldat blessé mentionné dans ce passage est Félix Louvel.
Un article publié dans l’hebdomadaire L’Écho de Paimboeuf du 6 décembre 1914 rapporte les derniers jours de Félix et éclaire les circonstances précises de sa mort. Affecté au corps des brancardiers, il accomplit une mission particulièrement périlleuse : porter secours aux blessés directement sous le feu ennemi.
Le 20 novembre 1914, alors qu’il reçoit l’ordre d’aller relever des camarades touchés sur le champ de bataille, Félix s’acquitte de son devoir avec courage. En pleine action, exposé aux tirs, il est grièvement blessé aux deux jambes.
Transporté d’urgence à l’hôpital militaire de La Loupe, en Eure-et-Loir, il lutte plusieurs jours contre ses blessures. Avant de mourir, il a la consolation de revoir ses parents, prévenus à temps de la gravité de son état. Félix s’éteint le 27 novembre 1914, à seulement vingt-trois ans, des suites de ses blessures de guerre.
Sa disparition provoque une vive émotion dans sa commune. Ses obsèques, célébrées le 30 novembre dans l’église du Pellerin, rassemblent une foule nombreuse venue témoigner sa sympathie à une famille durement éprouvée. Félix était en effet le fils du directeur de l’école des garçons du Pellerin. L’article souligne qu’il est mort « au champ d’honneur », en accomplissant jusqu’au bout une mission de secours sous le feu.
Quelques jours après ce drame, le 135ème régiment quitte enfin l’enfer d’Ypres pour être envoyé au repos à Vlamertinghe, afin de se reconstituer. Félix disparaît ainsi dans les premiers mois du conflit, au moment où l’armée française subit l’un des chocs les plus meurtriers de toute la guerre.
Félix Louvel fait partie de ces milliers de jeunes soldats tombés en 1914, avant même que la guerre de tranchées ne s’installe durablement. Mobilisé le jour même de l’appel national, il traverse en quelques semaines la retraite de Charleroi, la bataille de la Marne, l’enfer d’Ypres, puis succombe à ses blessures à 23 ans.
Son nom demeure lié à l’histoire tragique du 135ème régiment d’infanterie, régiment héroïque mais saigné à blanc dès les premiers mois du conflit.
Félix est inhumé dans le cimetière du Pellerin le 30 novembre 1914. Sa tombe est toujours en bon état mais elle semble peu entretenue.
Hommage au Pellerin :
Monument aux morts.
Livre d'or du ministère des pensions.
Sa sœur Anne, épouse Charles RICHEUX en 1912 au Pellerin. Elle décède au Pellerin en 1977 à l’âge de 83 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Pendant la Première Guerre mondiale, les brancardiers occupèrent une place essentielle au sein des armées, bien que leur rôle soit longtemps resté discret dans la mémoire collective. Au cœur d’un conflit marqué par une violence inédite et des pertes humaines considérables, ces hommes furent chargés d’accomplir l’une des missions les plus difficiles et les plus dangereuses : porter secours aux blessés et les évacuer hors des zones de combat.
Dans l’enfer des tranchées, les combats provoquaient quotidiennement des blessures graves, causées par les balles, les éclats d’obus, les effondrements ou encore les gaz. Dès qu’un soldat tombait, il fallait intervenir rapidement pour tenter de le sauver. Les brancardiers étaient alors envoyés sur le terrain, souvent sous le feu ennemi, pour retrouver les blessés parfois abandonnés dans le no man’s land ou dans des boyaux dévastés. Leur tâche consistait à prodiguer les premiers soins, à rassurer le blessé, puis à le transporter jusqu’aux postes de secours ou aux ambulances situées à l’arrière.
Le travail des brancardiers s’effectuait dans des conditions extrêmes. Ils devaient avancer dans la boue, de nuit, sous les bombardements, en portant sur leurs épaules ou sur un brancard des hommes parfois plus lourds qu’eux. Le transport était long, éprouvant, et chaque sortie pouvait leur coûter la vie. Malgré leur statut sanitaire et les protections théoriques accordées par les conventions internationales, ils étaient fréquemment pris pour cible, car leur présence sur le champ de bataille les exposait aux mêmes dangers que les combattants.
Mais au-delà de l’aspect matériel, le rôle des brancardiers revêtait une dimension profondément humaine. Ils étaient souvent les premiers à apporter une parole de réconfort à un soldat agonisant, les premiers à lui donner de l’eau, à lui tenir la main ou simplement à lui offrir une présence dans un moment de détresse absolue. Dans les témoignages de poilus, ces hommes apparaissent comme des figures fraternelles, symboles d’entraide et de compassion au milieu de la destruction.
Après la guerre, la reconnaissance accordée aux brancardiers fut souvent tardive, éclipsée par l’image du combattant des tranchées. Pourtant, leur action permit de sauver des milliers de vies et de maintenir une forme d’humanité dans un conflit dominé par la mort. Les brancardiers incarnèrent ainsi une autre facette du courage : celui de risquer sa vie non pour tuer, mais pour secourir. Source : expos-virtuelles.bu.uca.fr