BOUTARD Emile Jean Marie
Le Pellerin
1883 - 1918
Sergent au 155ème régiment d’infanterie
Mort pour la France
Cette biographie est rédigée à partir des JMO et de l'historique des différents régiments d'Emile.
Emile est né le 5 mai 1883 à Héric.
Il se marie en 1911 et a 2 enfants.
Il est mobilisé le 3 août 1914 au 2ème régiment d’infanterie.
Il va ensuite être affecté au 77ème RI et au 155ème RI.
Il est tué à l’ennemi le 6 juillet 1918 à Château-Thierry.
Son père, Pierre BOUTARD épouse Félicité HOUSSAIS le 31 août 1874 à Bouvron. De cette union naît un fils unique, Emile.
Emile Jean Marie BOUTARD est né le 5 mai 1883 au lieu-dit « Bout de Bois » à Héric en Loire Inférieure.
Emile est âgé d’un an lorsque son père décède en juin 1884.
Il épouse Pauline CORMERAIS en août 1911 au Pellerin. De cette union vont naître deux enfants : Paulette Emilienne Marie Augusta née en mai 1912 et André Pierre Francis Joseph né en février 1914.
Pour son service militaire, Emile est de la classe 1903. Il est ajourné en 1904 et 1905 pour faiblesse.
Emile est finalement incorporé au 65ème régiment d’infanterie de Nantes à compter du 6 octobre 1906. Il est nommé caporal le 15 mai 1907 et, le même jour, il est affecté au 64ème régiment d’infanterie d’Ancenis.
Emile retourne à la vie civile avec son certificat de bonne conduite en poche.
Au fil de ses affectations d’instituteur, Emile habite à Saint-Etienne-de Courcoué en octobre 1907 puis à Bonnœuvre en décembre 1907 et Brains en novembre 1909 où il est instituteur adjoint.
Côté militaire, Emile va participer à des périodes d’exercices au 2ème RI de Granville du 20 août au 16 septembre 1908 puis du 29 août au 20 septembre 1910. Il est nommé sergent le 8 mars 1909.
Lorsque la guerre éclate en août 1914, Émile laisse derrière lui ses élèves et sa famille pour rejoindre le 2ème RI.
Dès les premières semaines, il plonge dans la tourmente des combats de Belgique. Emile connaît l'épreuve du feu lors de l'assaut des hauteurs d'Arsimont le 22 août, puis vit la retraite épuisante vers le sud, seulement interrompue par le sursaut victorieux de la bataille de la Marne en septembre.
Durant l'automne et l'hiver 1914, il endure l'humidité glaciale des tranchées de l'Artois, face à Arras, où son régiment s'illustre par son courage sous les bombardements constants.
C'est au cours de cette guerre de position harassante qu'Émile rencontre son destin. Le 8 juin 1915, alors que le 2ème RI occupe le secteur de Roclincourt en vue de nouvelles offensives, il est blessé et doit être évacué du front.
Cette blessure marque la fin de son premier acte héroïque au sein du régiment de Granville.
Le 25 mai 1916, après une longue convalescence suite à sa blessure reçue en Artois, Émile rejoint les rangs du 64ème régiment d’infanterie. Il y retrouve l’ambiance familière des troupes de l'Ouest, mais le conflit a pris une dimension industrielle et terrifiante. À son arrivée, le régiment est engagé depuis février dans l’une des épreuves les plus redoutables de la Grande Guerre : la bataille de Verdun.
Émile est projeté avec son unité dans la fournaise de la rive droite de la Meuse. Durant l'été 1916, il endure l’enfer des bombardements incessants dans les secteurs de la côte du Poivre et du bois d'Haudromont. Sous un déluge d'acier et de gaz, Emile doit faire preuve d'une force morale exemplaire pour maintenir la cohésion de ses hommes au milieu des entonnoirs de boue, là où chaque mètre de terrain se dispute au prix de lourdes pertes. Le régiment, cité pour sa ténacité, parvient à briser les assauts répétés de l'ennemi.
Après ce passage épuisant à Verdun, Émile et ses camarades bénéficient d'un court répit avant d'être envoyés, à l'automne 1916, dans le secteur de la Woëvre, près de Flirey. Bien que ce secteur soit jugé plus « calme » que Verdun, le quotidien reste marqué par la rudesse de la vie en tranchées, les patrouilles nocturnes et les travaux de fortification sous la pluie battante et le froid de l'hiver.
Jusqu'au 23 février 1917, Émile partage les souffrances et l'abnégation de la « race forte de Bretons et de Vendéens » qui compose le régiment d'Ancenis. Toujours sur la brèche, il prépare avec ses hommes les futures offensives du printemps, affirmant chaque jour sa volonté de faire son devoir, bien loin du calme des salles de classe qu'il occupait avant le conflit.
Émile commence un nouveau chapitre de son parcours militaire en étant affecté au 9ème bataillon du 77ème régiment d’infanterie. Ce régiment, basé à Cholet et composé d'hommes de l'Ouest, traîne derrière lui un passé glorieux, s'étant notamment illustré lors de la reprise héroïque du château de Mondement durant la bataille de la Marne.
À l'arrivée d'Émile, le 77ème RI sort d'un hiver rigoureux passé dans les tranchées de Champagne.
Le régiment se prépare alors pour l'une des offensives les plus attendues de l'année. En avril 1917, Émile et ses camarades sont engagés dans la grande offensive de printemps, participant aux combats meurtriers pour la conquête du mont Cornillet. Dans ce secteur de Champagne, Emile découvre une guerre de mines et de bombardements d'une violence inouïe, où chaque avancée sur les pentes crayeuses se paie au prix fort.
Après ces assauts éprouvants, le régiment est déplacé vers d'autres secteurs du front pour maintenir la pression sur l'ennemi. Émile partage alors le quotidien des « poilus » du 77ème, alternant entre les périodes de première ligne dans les tranchées boueuses et les courts repos à l'arrière, où la solidarité entre Vendéens et Angevins permet de tenir malgré la lassitude qui gagne les troupes.
Tout au long de cette année 1917, Emile fait preuve de la ténacité propre à ce régiment, restant fidèle à sa mission au sein du 9ème bataillon, alors que le conflit s'enlise dans une attente impatiente de la victoire finale. Sa présence au 77ème RI témoigne de son courage continu, lui qui, après avoir déjà été blessé une première fois, continue de servir avec abnégation sur les points les plus exposés du front.
Le 15 juin 1918, le parcours d’Émile prend un tournant décisif lorsqu'il est affecté au 155ème régiment d’infanterie. À cette période, le conflit a repris une intensité dramatique avec les offensives allemandes du printemps. Le régiment est jeté en plein cœur de la seconde bataille de la Marne, dans un secteur devenu vital pour barrer la route de Paris : les environs de Château-Thierry.
Émile se retrouve engagé sur un point stratégique et terriblement disputé : la cote 204. Cette position dominante, qui surplombe la ville et la vallée de la Marne, est le théâtre de combats d'une violence extrême. Intégré aux unités qui font face aux assauts répétés de l'ennemi, il vit des journées d'une tension insoutenable sous un déluge d'artillerie, au milieu d'un paysage dévasté où chaque mouvement est une cible.
Le 6 juillet 1918, alors que le 155ème RI tient fermement ses lignes au sud-ouest de Château-Thierry pour empêcher toute progression allemande vers la capitale, Émile tombe au champ d'honneur. Il est « tué à l'ennemi » au milieu des débris de la cote 204, sacrifiant sa vie à quelques semaines seulement de la contre-offensive victorieuse de la Marne.
L'ancien instituteur de Loire-Inférieure, qui avait connu l'Artois, Verdun et la Champagne, laisse derrière lui le souvenir d'un soldat au parcours complet et courageux, tombé en brave pour la défense du sol français. Son nom vient s'ajouter à la longue liste de ceux qui, au sein du 155ème RI, ont payé le prix pour briser l'ultime effort allemand de l'été 1918.
Emile est inhumé dans la Nécropole Nationale Les Chesneaux dans l’Aisne, commune de Château-Thierry, tombe 541 (ex 316).
Hommage au Pellerin :
Monument aux morts.
Livre d'or du ministère des pensions.
Hommage à Brains :
Monument aux morts.
Hommage à Bouvron
Monument aux morts.
Son père décède à Héric en 1884 à l’âge de 34 ans.
Sa mère, lingère, décède en 1923 à Bouvron à l’âge de 77 ans.
Sa fille Paulette épouse Louis THIBAUD. Elle décède au Pellerin en 2005 à l’âge de 93 ans.
Son fils André épouse Marie CHIRON. Il décède à La Plaine en 1907 à l’âge de 93 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Sur la fiche matricule d'Emile on peut lire « bon dispensé (article 23) ; engagement décennal »
Cette mention fait référence à une disposition spécifique de la loi sur le recrutement de l'armée.
Le cadre légal : La loi de 1905
Bien que l'engagement date de 1906, il s'inscrit sous le régime de la loi du 21 mars 1905. Cette loi a instauré le service militaire obligatoire de 2 ans pour tous, mais elle conservait des exceptions pour certains corps de l'État.
Que signifie chaque terme ?
Bon pour le service : Emile est reconnu apte physiquement lors du conseil de révision.
Art. 23 (Article 23) : Cet article permettait à certains jeunes gens de ne pas effectuer leur service militaire actif au sein d'un régiment de combat, à condition de s'engager à servir l'État pendant 10 ans.
Engagement décennal : C'est un contrat de 10 ans passé avec l'administration. En échange de cet engagement professionnel, le jeune homme était dispensé du service actif (ou ne faisait qu'une période très courte, souvent un an ou quelques mois d'instruction, selon les périodes).
Qui était concerné ?
En 1906, cela concernait principalement :
1. Les instituteurs comme Emile : les futurs enseignants s'engageaient à servir dans l'Instruction Publique pendant 10 ans.
2. Certains élèves de grandes écoles : Polytechnique, Normal Sup, etc. ou des services de l'État (Forêts, Mines, Télégraphes).
Pourquoi est-ce important ?
Emile est noté comme tel, ce qui signifie qu'il avait entamé une carrière d'instituteur au moment de son passage devant le conseil de révision.
En cas de mobilisation générale (comme en 1914), ces dispenses tombaient. C'est pourquoi Emile a été rappelé sous les drapeaux pour rejoindre une unité combattante, malgré son engagement décennal civil.