CHESNEAU Ferdinand Julien
Brains
1896 - 1916
Soldat au 93ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Cette biographie est rédigée à partir des précieuses informations fournies par la famille. Qu'elle en soit ici vivement remerciée. Nous avons également utilisé les JMO et l’historique du 93ème RI rédigé à partir des travaux d’E. Hamonnet, en 1920
Ferdinand est né le 17 février 1896 à Brains.
Il est issu d’une famille de cultivateurs.
Il est mobilisé le 8 avril 1915 alors qu’il n’a que 19 ans.
Ferdinand est affecté au 93ème régiment d’infanterie de La Roche-sur-Yon.
Il est tué à l’ennemi le 20 décembre 1916 à Bezonvaux.
Ferdinand CHESNEAU natif du Pellerin et Anne Marie Fabienne Françoise TANCHEREAU se marient le 12 novembre 1894 à Brains. Ils sont cultivateurs à La Joussinière à Brains.
Le couple a deux enfants : Ferdinand (1896) et Anne-Marie (1897)
Ferdinand est donc né le 17 février 1896 à Brains. Il est l'aîné d'une fratrie de 2 enfants. Sa sœur Anne Marie Françoise est née le 27 août 1897.
Ferdinand a les cheveux châtains et les yeux gris.
L'enfance de Ferdinand est marquée par une perte précoce : son père décède alors qu'il est encore jeune. À l'aube de ses 19 ans, Ferdinand est donc le seul homme de la maison. Il porte sur ses épaules la responsabilité de la ferme, entouré de femmes : sa mère, sa jeune sœur Anne-Marie, et ses grands-parents maternels. C'est une vie de labeur, rythmée par les saisons, loin du fracas du monde qui commence à gronder en août 1914.
L'appel sous les drapeaux
Le 8 avril 1915, la guerre rattrape Ferdinand. Il appartient à la classe 1916, appelée par anticipation car l'armée française a un besoin crucial d'hommes après les saignées de 1914. Il doit quitter « La Joussinière », laissant derrière lui sa mère et sa jeune sœur, qui n'a pas encore 18 ans, pour gérer la ferme avec les grands-parents.
Il rejoint le 93ème régiment d'infanterie, le régiment de la Roche-sur-Yon. (Ancien régiment d’infanterie d’Enghien). Après ses classes (sa formation militaire accélérée), il est envoyé au front.
La Plongée dans la Guerre
Ferdinand rejoint son régiment en juin 1915. Il découvre d'abord la Champagne. En septembre 1915, le 93ème RI participe à de terribles offensives vers la ferme de Beauséjour et le Moulin de Ripont. C'est là qu'il fait l'apprentissage de la guerre de tranchées, de la boue de la vallée de la Tourbe et des assauts meurtriers.
L'hiver 1915-1916 se passe dans le secteur de Tahure, un paysage dévasté où « le tracé en saillant de la ligne obligeait à de grands détours » et où « les mouvements de nuit [...] étaient extrêmement pénibles ».
Mais le véritable enfer l'attend plus à l'est.
L'Enfer de Verdun (1916)
En juin 1916, le régiment est envoyé dans la fournaise de Verdun. Ferdinand combat probablement au bois des Vignes et vers Thiaumont, des zones où les bataillons se battent pour chaque mètre de terrain sous un déluge d'artillerie. Le régiment subit des pertes énormes mais tient bon. Ferdinand survit à cet été meurtrier.
Après un répit relatif et une reconstitution des troupes à l'arrière, le 93ème RI remonte en ligne à l'automne dans le secteur de la Laufée, près du fort de Vaux.
Le Dernier Hiver : Bezonvaux (Décembre 1916)
Fin novembre 1916, Ferdinand et ses camarades sont dirigés vers les Carrières Nord de Douaumont. Les conditions climatiques sont épouvantables. Il n'y a pas d'abris, les hommes vivent dans des trous individuels, dans la boue, sous une pluie glaciale.
C'est ici que se joue le destin de Ferdinand. Le 15 décembre 1916, une grande attaque française (dirigée par le général Mangin) permet de reprendre du terrain, notamment vers Bezonvaux.
Le 17 décembre, le régiment de Ferdinand monte en ligne pour occuper le terrain conquis, plus précisément le Bois des Caurrières, qui jouxte le village détruit de Bezonvaux.
Nous pouvons lire dans le JMO du 93ème : « Le mauvais temps continuant et l'artillerie ennemie ayant violemment réagi, le terrain était devenu un véritable chaos de boue. La relève fut des plus pénible ; au cours de celle-ci l'artillerie ennemie causa, par son feu, des pertes sérieuses. Sur la nouvelle ligne, il n'existait aucune organisation et les difficultés d'apport de matériel n'avaient pas diminué. Les bombardements et barrages, violents et très fréquents occasionnèrent de nombreuses pertes. Les souffrances causées par la température étaient encore accrues par le ravitaillement qui, pendant 4 jours, ne peut parvenir en ligne.»
C'est dans ce décor apocalyptique, le 20 décembre 1916, que Ferdinand tombe, tué à l'ennemi. Il avait 20 ans.
Quatre jours après sa mort, dans la nuit du 24 au 25 décembre, le régiment est relevé et redescend vers Verdun. Ferdinand, lui, ne redescendra pas.
À Brains, à la ferme de la Joussinière, la nouvelle arrivera sans doute quelques semaines plus tard, brisant le cœur de sa mère et marquant à jamais la jeunesse de sa sœur. C'est le sacrifice de ce frère aîné, protecteur aux yeux gris, qui s'inscrit dans la mémoire de sa famille.
Ferdinand est cité à l'ordre du régiment à titre posthume le 29 décembre 1916 : « Bon soldat tombé glorieusement le 20 décembre 1916 au cours de l'établissement d'une tranchée avancée sous le feu de l'ennemi. » Il est décoré de la Croix de guerre.
Le 25 juillet 1919, Ferdinand est cité à l'ordre du Grand Quartier Général et est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avec palme.
La fiche matricule de Ferdinand indique qu’il est « Inhumé sur la lisière Nord du bois des Carrières, commune de Bezonvaux »
Le décès a été transcrit le 5 septembre 1917 sur le registre des décès de Brains.
Compte tenu de l’emplacement de la tombe initiale, la dépouille de Ferdinand a peut-être été transférée avec ses camarades de combats, soit dans la nécropole de Douaumont ou dans son ossuaire. Nous allons poursuivre les investigations.
Hommage à Brains :
Monument aux morts.
Livre d’Or du ministère des pensions.
Son père décède le 31 mai 1911 à Brains à l’âge de 52 ans.
Sa mère décède le 20 mai 1941 à Brains à l’âge de 74 ans.
Sa sœur Anne-Marie, cultivatrice, épouse Louis CORMIER en 1920 à Brains. Le couple a quatre enfants. Elle décède en 1984 à Brains à l’âge de 87 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Essentiellement rural, peuplé de 149 habitants en 1913, principalement agriculteurs, apiculteurs ou petits commerçants, le village de Bezonvaux possédait toujours un château lors de l’entrée en guerre, en 1914.
L’avancée allemande jusqu’en Meuse en 1914, incite la population à le déserter dans un premier temps.
Mais le front se stabilisant plus au Nord, celle-ci y revient, malgré quelques bombardements sporadiques allemands, à la fin de l’année 1914 et en 1915, en provenance des jumelles d’Ornes.
Elle y côtoie un grand nombre de militaires en transit ou s’y installant, comme le fit le sergent André Maginot, célèbre ministre de la guerre nommé en 1922 puis en 1929, qui y installa ses patrouilleurs…
Puis elle doit en repartir définitivement peu avant la Bataille de Verdun.
Après l’attaque massive allemande, déclenchée le 21 février 1916, les troupes françaises combattant à Ornes se replient à Bezonvaux le 24 février…
Le lendemain, le 25 février, le 4ème bataillon de chasseurs à pied (BCP) et le 44ème régiment d’infanterie, chargés de sa défense, plient désespérément sous les violents assauts de l’artillerie puis de l’infanterie allemande qui prend alors possession du village éventré, pendant que les Poilus se replient sur Fleury…
Le village restera aux mains des Allemands jusqu’à la mi-décembre 1916.
En effet, le 15 décembre 1916, une attaque française des 2ème et 3ème zouaves et 3ème tirailleurs algériens, venant de l’Est du Fort de Douaumont, monte à l’assaut de Bezonvaux où le Front se stabilise pour les deux dernières années de guerre !
Le village continuera de sombrer sous les bombardements plus ou moins intensifs au cours de cette ultime période qui voit tout autant disparaître son imposant château que ses modestes maisons.
En 1918, classé en « zone rouge », il ne permet plus la reconstruction dont pouvaient rêver ses habitants au sortir de la guerre.
Son statut spécifique de village détruit décrété en 1919 lui permet de reprendre un nouveau départ qui sera exclusivement consacré au travail de mémoire avec notamment l’édification de sa chapelle-abri Saint Gilles et son monument aux morts. Source : mobile.interieur.gouv.fr