BOUYER Constant Augustin
Chauvé
1889 - 1914
65ᵉ régiment d'infanterie
Mort pour la France
Constant est né le 16 janvier 1889 à Chauvé.
Il est cultivateur à Chauvé.
Constant est mobilisé au 65ème régiment d'infanterie le 3 août 1914.
La guerre sera courte pour Constant.
Il décède de ses blessures de guerre le 24 septembre 1914 à l'âge de 25 ans.
Il est inhumé à Romilly-sur-Seine.
Il a été décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre à titre posthume.
Constant BOUYER voit le jour le 16 janvier 1889 à la métairie de la Feuilletrie dans la commune de Chauvé. Il est le deuxième enfant d'Augustin et de Marie Modeste DOUSSET. Ils sont tous deux cultivateurs. Une sœur aînée prénommée Marie, comme sa mère, est née en 1886. Elle meurt prématurément en 1892 à l’âge de six ans. Un frère cadet, Emile, naît en 1893 alors que la famille s’est installée au lieu-dit « la petite Masserie »
Leur père décède en août 1909 à Chauvé à l’âge de 57 ans. Dans ce contexte, la situation familiale ne permet pas aux deux garçons de bénéficier d’une véritable scolarisation. Ils savent juste lire et écrire.
Constant est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire dans les rangs du 68ème régiment d'infanterie le 5 octobre 1910.
Constant est blond aux yeux bleus. Le 68ème tient casernement dans les villes de Le Blanc et d’Issoudun. Son recrutement est essentiellement composé de Poitevins et de Berrichons qui proviennent principalement de la Brenne (région ouest de l'Indre dont l'épicentre est la sous-préfecture du Blanc).
A la fin de son service militaire, Constant est placé en disponibilité le 28 septembre 1912 avant d’être classé dans la réserve de l’armée d’active le 1er octobre 1912. Il est encore célibataire lorsqu’il est mobilisé le 3 août 1914 dans les rangs du 65ème RI de Nantes. Cette affectation apparaît logique en ce début de guerre où le recrutement est essentiellement local. Ce régiment est en effet composé principalement de Bretons (y compris de Loire-Inférieure) et de Vendéens.
Le 65ème quitte Nantes le 5 août sous le commandement du colonel BALAGNY.
Constant débarque en Argonne, à Grandpré, dans la zone affectée au 11ème corps d’armée. Par étapes, il gagne Sedan, franchit la Meuse et pénètre le 16 août en Belgique.
Il prend contact le 21 août avec les avant-gardes allemandes, à 20 kilomètres au nord de Bouillon avant de recevoir le baptême du feu le 22 août, à l’occasion de l’attaque des positions ennemies de Maissin.
L’ennemi bat en retraite après de furieux combats au corps à corps qui se prolongent durant la nuit. Mais dès le lendemain matin, une contre-attaque allemande sur le flanc droit des troupes françaises oblige l’état-major à donner l’ordre de rompre le combat et de se replier.
Constant repasse la Meuse à Bazeilles le 25 août, avant de s’établir sur les hauteurs de Wadelincourt et de la Marfée. Quatre jours de combats acharnés vont suivre avec une alternance d’attaques et de contre-attaques. Les pertes subies sont très lourdes y compris chez les officiers où l’on dénombre 3 chefs de bataillon tués et la plupart des capitaines tués ou blessés.
Le 27 août , en particulier, marque la reprise à l’ennemi par une fougueuse charge à la baïonnette, tambours et clairons en tête, du village de Noyers-Pont-Maugis. Les engagements défensifs et les combats d’arrière-garde se poursuivent les jours suivants : à Bulson, Attigny, Pont-Faverger, Vaudemange et Pocancy. Les combattants qui réalisent des étapes quotidiennes de 20 km sont accablés La retraite s’effectue sous une chaleur torride. De nombreux « traînards» sont laissés en chemin.
Le repli du régiment se termine le 5 septembre au soir, lorsqu’il se retrouve près de Fère-Champenoise et se prépare à participer à la Bataille de la Marne.
Le 6 au matin, il est engagé à Morain-le-Petit, avec mission de tenir les débouchés Est des marais de Saint-Gond. Pendant quarante-huit heures, avec des unités réduites à quelques hommes, il résiste aux plus furieux assauts d’un adversaire considérablement renforcé et pourvu d’une artillerie de tous calibres particulièrement conséquente .
Le 7 septembre, les blessés du régiment sont évacués par le service de santé vers les ambulances n°1 à 5 qui sont installées à Fère Champenoise. Ils sont à nouveau évacués lorsque les premiers obus allemands tombent sur le village.
Les combats de Fère-Champenoise coûtent au 65ème RI la moitié de son effectif déjà très diminué. Son colonel grièvement blessé est évacué. Le cadre officiers est réduit à deux capitaines, un lieutenant et quatre sous-lieutenants.
Dès le 10 septembre, sous les ordres du capitaine GODAT, le régiment entame la poursuite de l’ennemi en retraite. Il capture de nombreux prisonniers, entre à Châlons, et, le 13, atteint la voie romaine au pied des monts de Champagne.
La chaleur accablante, les combats incessants, le manque de sommeil, les privations, les marches et contre-marches pénibles ont épuisé la troupe et entamé son moral. Mais le communiqué de la victoire de la Marne diffusé par le Grand Quartier Général français, a transformé ces soldats moribonds en redoutables attaquants qui sont repartis aux trousses des troupes allemandes.
Après plusieurs jours de combats sous une pluie torrentielle à Taissy et Sillery (près de Reims) le 65ème gagne Compiègne à marches forcées du 21 au 25 septembre. Là, il s’embarque pour être transporté, par voie ferrée et camions automobiles à l’est d’Albert dans la Somme.
On ne sait pas exactement à quelle date Constant a été blessé. Au vu de la proximité de Fère-Champenoise et de Romilly-sur-Seine, on peut penser qu’il a fait partie du convoi des soldats du régiment qui ont été évacués dans un premier temps vers Fère-Champenoise le 7 septembre. Suite à l’avancée allemande vers ce village, une nouvelle évacuation sur l’hôpital de Romilly-sur- Seine paraît la plus probable.
Inauguré par Jean Jaurès en 1908, l’hôpital de Romill-sur-Seine est à l’époque un établissement moderne. Il est tout naturellement réquisitionné pendant la guerre à cause de la proximité du front.
C’est en ces lieux que Constant décède le 24 septembre 1914 des suites de ses blessures à l’âge de 25 ans.
Constant Bouyer est inhumé dans la tombe individuelle n° 26 du carré militaire du cimetière de Romilly-sur-Seine.
Le 11 mars 1920, Paul DESCHANEL, Président de la République décerne à Constant la médaille militaire et la Croix de guerre avec 1 étoile Bronze et la citation suivante : «Soldat courageux et dévoué. Blessé mortellement, le 24 septembre 1914, en accomplissant bravement son devoir.»
Pour rester au plus près des combats, le Grand Quartier Général de l’armée française s‘installe à Romilly-sur-Seine du 26 septembre au 29 novembre 1914.
Constant est inhumé dans la tombe individuelle n° 26 du carré militaire du cimetière de Romilly-sur- Seine.
Hommage à Chauvé :
Inscrit sur le monument aux morts.
Inscrit sur le Livre d'or du ministère des pensions.
Photographie dans le Tableau d'honneur.
Son père décède en 1909 à Chauvé à l'âge de 57 ans.
Son frère Emile est incorporé en novembre 1913 dans les rangs du 2ème régiment d’infanterie coloniale (2ème RIC) au sein duquel il débute la guerre. Nommé caporal en mars 1915, il est muté successivement au 24ème RIC en novembre 1915, au 75ème bataillon de tirailleurs sénégalais en octobre 1916, puis au 34ème bataillon de tirailleurs sénégalais dans les rangs duquel il termine la guerre après avoir servi sur le front d’Orient d’octobre 1916 à mars 1917. Il est blessé une première fois d’une balle dans le ventre à Massiges le 19 septembre 1915, puis une seconde fois le 16 août 1918 d’un éclat d’obus à la tête. Décoré de la croix de guerre et titulaire d’une pension d’invalidité de 10%, Emile Bouyer décède le 25 juin 1938 à l’Hospice de Pornic.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
À la fin du mois d’août 1914, quelques semaines seulement après l’entrée en guerre, l’armée française traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Le 22 août marque un tournant brutal. Les combats livrés en Belgique et en Lorraine ont été d’une violence extrême, laissant derrière eux des pertes considérables. Face à une armée allemande solidement organisée et supérieurement équipée, le commandement français doit se résoudre à une décision difficile : reculer.
Commence alors une longue retraite, qui n’est ni une fuite ni un abandon, mais une manœuvre stratégique essentielle. Du 22 août au 5 septembre, les soldats français marchent sans relâche, souvent sur des routes encombrées, sous une chaleur lourde puis sous des pluies intermittentes. Ils avancent à rebours, mais toujours face à l’ennemi. Car cette retraite se fait au contact, sous la menace constante des troupes allemandes qui progressent rapidement.
Dans cette épreuve, les hommes tiennent. Épuisés, parfois affamés, ils doivent continuer à marcher, à se regrouper, à combattre lorsque l’ordre est donné. Des engagements violents éclatent régulièrement pour freiner l’avance adverse. À Guise, notamment, à la fin du mois d’août, les troupes françaises livrent un combat acharné qui permet de ralentir la progression ennemie et de donner un répit précieux aux armées en mouvement.
Cette retraite est avant tout une lutte pour gagner du temps. Le commandement réorganise les unités, redéploie les forces, prépare ce qui doit devenir un sursaut décisif. Derrière chaque étape parcourue, derrière chaque halte incertaine, se joue l’avenir du pays. Les soldats ne le savent pas toujours, mais leur endurance est déjà une forme de victoire.
Au début de septembre, le mouvement s’achève. Les armées françaises se stabilisent sur une nouvelle ligne, aux abords de la Marne. Le 5 septembre 1914, l’ordre de contre-offensive est donné. La retraite prend fin, laissant place à la bataille, celle de la Marne, qui va stopper l’avancée allemande et changer le cours de la guerre.
Cette période, souvent éclipsée par les grandes batailles, mérite pourtant d’être pleinement reconnue. Elle révèle une autre forme de courage : celle de tenir sans gloire immédiate, de résister dans la fatigue, de continuer malgré l’incertitude. Pour de nombreux soldats, ces jours de marche et de combats seront les derniers.
Dans le silence des routes d’août et de septembre 1914, c’est déjà une part essentielle de la victoire qui s’écrit. Source : Les armées françaises dans la Grande Guerre