CORMIER Jean Baptiste Eugène
Brains
1893 - 1914
Soldat au 66ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Cette biographie est rédigée à partir des précieuses informations fournies par la famille. Qu'elle en soit ici vivement remerciée.
Jean est né le 28 juillet 1893 à Brains.
La fratrie est composée de 7 enfants.
Il perd sa mère alors qu’il n’a que 9 ans.
Lorsque la guerre éclate, Jean est déjà sous les drapeaux pour son service militaire.
La guerre sera courte pour Jean. Il est tué le 11 septembre 1914 pendant la bataille de la Marne.
Il repose à la nécropole de Fère-Champenoise.
Toutes les citations sont issues de l'historique du 66ème RI (F. P., Imp. Barrot et Gallon, 1919) numérisé par Jérôme Charraud.
Ses parents, Pierre CORMIER, cultivateur, et Anne LEBLANC, également cultivatrice se marient en 1884 à Brains.
Le couple a 7 enfants : Pierre (1885), Henri (1887), Marie (1888), Alexandrine (1890), Louis dit Emile (1891), Jean (1893) et Germaine (1898).
Jean est donc né le 28 juillet 1893 à Brains.
Sa jeunesse est précocement assombrie par les épreuves familiales. Il devient orphelin de mère à seulement 9 ans, lorsque celle-ci décède en 1902. Le destin frappe encore la famille avec la perte de son frère aîné, Pierre, alors garde-chasse, qui est tué accidentellement par arme à feu à 26 ans. Son père se remarie en 1910 avec Françoise LECHAT. Cultivateur de profession, Jean est un homme de la terre, habitué au labeur.
Il a les cheveux châtains, les yeux gris et mesure 1,62m. Il porte une cicatrice de coupure sur sa joue gauche.
Lorsque le tocsin sonne en août 1914, Jean est déjà sous les uniformes depuis le 27 novembre 1913. Âgé de 21 ans, il effectue son service militaire actif au sein du 66ème régiment d'infanterie, caserné à Tours. Il sert aux côtés de camarades qui, comme lui, entendent les paroles enflammées de leurs officiers avant le départ :
« Mes enfants, voici votre drapeau ! C'est pour lui qu'il faudra vous faire casser la figure ! ». Historique du 66e RI.
Le 5 août 1914 marque le grand départ de Tours. Ce sont plus de 3 400 hommes qui partent dans une atmosphère électrique. Jean et ses camarades quittent la cour du Lycée Descartes et rejoignent la gare, direction l'Est.
Débarqué en Meurthe-et-Moselle le 6 août, le régiment de Jean stationne d'abord au sud de Nancy. C'est là, loin de son foyer de Brains, que le jeune soldat découvre la réalité de la guerre. Le 15 août, il participe à son premier combat pour reprendre le village de Nomeny. Il est témoin des premières atrocités et de l'incendie du village par l'ennemi, voyant « les colonnes de fumée noire se tordre dans le ciel ». Après des marches épuisantes et des combats autour de la forêt de Champenoux et du bois Morel, où il découvre pour la première fois l'horreur des champs de bataille jonchés de cadavres, son régiment est brusquement déplacé.
Le 5 septembre, Jean et le 66ème RI sont transportés d'urgence en chemin de fer vers la Champagne pour faire face à l'avancée allemande menaçante. Ils débarquent près d'Arcis-sur-Aube au milieu de l'exode navrant des populations civiles qui fuient l'envahisseur. L'heure est grave : « L'ennemi est au cœur de notre Patrie ».
Le régiment marche sur Euvy et Connantray, traversant les tristes plaines de Champagne. Le destin de Jean se joue dans ce secteur, tout près de Fère-Champenoise.
Le 8 septembre, à l'aube, le régiment subit une attaque surprise foudroyante à la lisière des bois. C'est une lutte sauvage, au corps à corps et à la baïonnette, pour endiguer la « marée débordante des uniformes gris ». Ce soir-là, 1 287 hommes manquent à l'appel au régiment, soit plus du tiers de l’effectif.
Dans ce chaos, son frère Louis (dit Emile), soldat au 93ème RI, se bat également à quelques kilomètres de là, à Fère-Champenoise. Si le destin les a placés sur le même théâtre d'opérations, la violence des combats et la confusion du moment leur ont sans doute interdit toute retrouvaille. En effet, 1 million de soldats français affrontent 900 000 soldats Allemands. Louis Emile est blessé et évacué le 8 septembre.
Jean, lui, reste dans la fournaise. Le 66ème RI, après avoir reculé, reprend l'offensive le 10 septembre en tête de la 35ème brigade, avançant à travers les bois de sapins où agonisent encore les blessés des jours précédents. La charge commencée à 7h30 se poursuit encore à 19h00. C'est dans ce contexte de contre-attaque victorieuse mais meurtrière, alors que le régiment progresse vers Châlons, que Jean tombe mortellement touché le 11 septembre 1914. Il avait 21 ans.
Il repose désormais au cimetière militaire de Fère-Champenoise, sur cette terre de Champagne qu'il a contribué à libérer au prix de sa vie, unissant son destin à celui de milliers de « pantalons rouges » tombés lors de ce qui fut l'arrêt décisif de l'invasion allemande.
Jean est inhumé dans la Nécropole Nationale de Fère-Champenoise, tombe 775.
Hommage à Brains :
Monument aux morts.
La mère de Jean est décédée en 1902 à Brains à l’âge de 41 ans.
Le père de Jean décède en 1937 à La Montagne à l’âge de 77 ans.
Le frère aîné, Pierre, garde-chasse, décède accidentellement par arme à feu à l'âge de 26 ans en 1911 à La Montagne à l’âge de 26 ans.
Henri décède en bas âge en 1887 (12 jours).
Marie épouse André CHOBLET. Elle décède en 1918 à Saint-Hilaire-de-Chaléons à l’âge de 30 ans.
Alexandrine épouse Jean LOIRAT en 1917 à Brains. Elle décède en 1949 à Brains à l’âge de 59 ans.
Louis dit Emile est sous les drapeaux comme Jean lorsque la guerre éclate. Il est du 93ème régiment d’infanterie également dans la Marne, vers Fère Champenoise, comme Jean. Louis Emile décède en 1957 à Brains à l’âge de 66 ans.
Germaine épouse Jean DROUET. Elle décède en 1994 à l’âge de 96 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Après un mois d'août désastreux marqué par la « bataille des frontières » et le recul constant des armées alliées, le sort de la France semble scellé. Les troupes allemandes, suivant le plan Schlieffen, foncent sur Paris et ne sont plus qu'à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Le gouvernement s'est replié à Bordeaux.
C'est alors que se produit le sursaut. Le général Joffre, commandant en chef, profite d'une erreur tactique de l'armée allemande (qui présente son flanc devant Paris) pour ordonner une contre-offensive générale.
L'ordre du jour du 6 septembre au matin de l'offensive, Joffre adresse aux troupes ce message devenu historique, marquant la fin de la retraite :
« Au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière. [...] Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. »
Le déroulement - La bataille fait rage sur un front de près de 300 kilomètres, de Senlis à Verdun.
L'épisode des Taxis : Le général Gallieni réquisitionne environ 600 taxis parisiens (les fameux « taxis de la Marne ») pour transporter d'urgence des renforts (la 7ème division d'infanterie) vers le front de l'Ourcq. Bien que leur impact militaire soit modeste par rapport au rail, l'impact psychologique et symbolique est immense.
La victoire : Britanniques et Français s'engouffrent dans la brèche entre les armées allemandes. Menacés d'encerclement, les Allemands ordonnent la retraite le 9 septembre.
Le bilan : C'est une victoire stratégique majeure. Paris est sauvé et le plan d'invasion rapide de l'Allemagne a échoué. Cependant, les pertes sont effroyables. On dénombre environ 250 000 pertes (tués, blessés, disparus) côté français et autant du côté allemand en une seule semaine.
Cette bataille marque la fin de la « guerre de mouvement ». Les deux armées vont bientôt s'enterrer face à face : c'est le début de la longue et terrible « guerre des tranchées ».