Cette biographie a été rédigée par Marité Briand avec l’aide du JMO du 265ème RI et l’aimable consentement de Vincent Guilbaudeau qui a accepté que nous utilisions des documents de son site. Nous le remercions vivement. Elle est adaptée à ce support.
Charpentier Alexis Hippolyte Marie
Saint-Mars-de-Coutais
1884 - 1914
Caporal au 265ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Alexis est né le 2 avril 1884 à Saint-Mars-de-Coutais, deuxième d’une famille de neuf enfants. Il devient comme son père agriculteur et vigneron.
Il effectue son service militaire dans le 65ème Régiment d’Infanterie à Nantes.
Quand la Grande Guerre éclate, il est mobilisé dès le 3 août 1914, intégrant le régiment de réserve du 265ème.
Il part vers le nord dans la Somme.
C’est le 28 août 1914 qu’il perd la vie, victime d’une erreur de tir de l’artillerie française à Guillemont-Ginchy.
Son père, Jean Baptiste Louis CHARPENTIER est né en 1858 dans le village de la Sauzaie à Saint-Mars-de Coutais. Il est cultivateur. En 1881, il épouse Joséphine Marie Thérèse BROSSEAU, née en 1858, habitant le village du Brandais dans la même commune. Lui, a 23 ans, elle en a 20 et est issue d’une famille de quinze enfants ! Jean Baptiste s’installe avec son épouse au village de la Brandais en tant que cultivateur.
De leur union, naissent neuf enfants : Joséphine en 1883, Alexis en 1884, Laurence en 1887, Jules en 1890, Armande en 1893, Modeste en 1896, Georges en 1899, Joseph en 1901 et Marguerite en 1906.
Alexis est donc le deuxième de cette fratrie. Il voit le jour le 2 avril 1884. Il devient comme son père cultivateur et vigneron.
Devenu jeune homme, Alexis mesure 1,67 mètre, il a les cheveux châtains, les yeux gris. Son niveau d’instruction est évalué à 3. Ce niveau était compris entre 0 et 5, le plus bas voulant dire ne sait lire ni écrire.
A compter de 1905, il est incorporé au 65ème Régiment d’Infanterie pour son service militaire. Un certificat de bonne conduite lui est accordé. Il fait ensuite une période d’exercices d’un mois en 1909.
Caserne Cambronne du 65ème régiment d’Infanterie à Nantes – Source Geneanet
Quand la Grande Guerre éclate, Alexis est encore célibataire. En ce début du mois d’août 1914, il est en pleine moisson dans les champs avec ses parents, ignorant tout du destin qui l’attend. Soudain, le tocsin déchire le silence des campagnes.
On pense d’abord à un incendie. Il n’en est rien : la guerre vient d’être déclarée !
Alexis reçoit l’ordre de rejoindre Nantes le 3 août au sein du régiment de réserve du 265ème RI. Il en est de même pour son frère Jules qui lui, est incorporé au 93ème RI. Ils étreignent leurs parents avec émotion. Mais il faut partir !
Le 5 août, ce sont 1920 caporaux et soldats qui s’entassent dans les wagons, à la gare de marchandises de Nantes-Orléans, en partance pour Paris. Le Journal des Marches et Opérations consigne cette scène : « La population nantaise se pressait nombreuse sur le parcours et des acclamations enthousiastes ont accompagné le régiment ». On sait aujourd’hui que derrière cette liesse apparente se cache une lourde angoisse, tant chez les soldats que pour les familles restées à quai.
Les trains partent le soir du 5 août et roulent toute la nuit, avalant les kilomètres dans l’obscurité. A 12h30, halte à Maintenon pour une distribution de café, bref répit avant de reprendre la route. Le 6 août, à 15h30, ils atteignent enfin Paris. Que le voyage a dû paraître long à Alexis ! Par les boulevards extérieurs, la troupe gagne ensuite Pantin où elle prend ses quartiers.
Le 7 août, le régiment atteint Aulnay-sous-Bois où il s'astreint, durant près de trois semaines, à des exercices intensifs. Le 265ème n'est composé que de réservistes auxquels il faut tout réapprendre. Les gestes du combat ont été oubliés depuis trop longtemps. Et Alexis endosse l’uniforme de l’armée française, le pantalon et le képi rouges, si repérables par l’ennemi.
Alexis écrit à ses parents le 7 août : « Nous avons traversé la Capitale […] et nous sommes cantonnés à Aulnay-sous-bois à 12 kilomètres à l’est de Paris mais j’ignore absolument pour combien de temps. […] En attendant de fiche la pâtée aux Allemands je vous embrasse tous. »
Pendant un moment il est question que le régiment parte pour la Belgique. Le 23 août, Alexis rectifie « Je regrette beaucoup de vous avoir peut-être un peu mis en alarme en vous disant que je partais tout probablement pour la Belgique car c’était une fausse alerte comme nous en avons souvent ». « Je m’ennuie tout simplement ». « Vous aviez oublié de me dire si les raisins commençaient à murir je pense que ça doit aller assez vite car le temps est bien favorable pour elle vivement que ce soit mûr et que j’aille vous aider à le ramasser j’y trouverai les journées moins longues qu’ici à rien faire ».
En vous embrassons tous et surtout envoyer moi des nouvelles ». Ce sera sa dernière lettre.
Le 25 août, c'est le départ pour le front. Alexis et ses compagnons s'embarquent en train vers Arras. Une fois sur place, ils gagnent d'abord Neuville-Saint-Vaast, puis obliquent le lendemain vers Gavrelle, où le temps est très pluvieux. Le soir même, à 21h30, ils s'enfoncent vers Bapaume au sud d’Arras dans une nuit d'encre. « La marche est rendue très pénible par l'obscurité », note le journal de marche. La troupe poursuit ensuite sa route vers Ginchy, soit depuis le départ une marche d’environ 40 kilomètres !
Jusqu'alors, l'ennemi était resté invisible, presque abstrait. Mais désormais, quelque part dans ce secteur, des troupes allemandes rôdent.
Le 27 août, la cavalerie signale la présence de troupes allemandes près de Beugny. Vers 17h, l'avant-garde du régiment traverse Ginchy sous des tirs isolés venant du bois de Belville, puis apprend que des forces ennemies importantes occupent les environs, notamment Combles. Les troupes progressent vers le Bois de Bouleaux malgré un bombardement ennemi intense. Le régiment reçoit finalement l'ordre de se replier sur Ginchy pour la nuit.
La nuit est agitée par de multiples alertes.
Alexis voit avec effroi ce qu’est la guerre.
Le 28 août, le régiment doit tenir les routes entre Ginchy et Guillemont. Un duel d'artillerie éclate dès 8h. À 9h30, apprenant l'approche allemande par le nord, deux compagnies attaquent.
Mais l'artillerie française, par erreur tragique, bombarde ses propres positions à Ginchy.
Ce tir ami brise le moral des troupes qui reculent, se retrouvant alors exposées aux tirs croisés de l'artillerie ennemie.
Le nombre élevé de disparus s'explique par les blessés abandonnés en zone ennemie.
Ce récit confirme bien qu’une grande partie des soldats français a été tuée ce 28 août par l’artillerie française…
Et parmi eux, Alexis qui n’avait que 30 ans !
Ce qui reste du village de Guillemont après la guerre - Source : la Cagna d’Edouard
Extrait du Journal Officiel du 11 mars 1920 page 4011 - Image améliorée par IA afin d'en faciliter la lecture.
Il semblerait que la famille n’ait été prévenue officiellement du décès d'Alexis qu’en octobre 1914.
Son décès est transcrit à Saint-Mars-de-Coutais le 26 février 1916.
Alexis reçoit la Croix de guerre le 5 mars 1920, décoration publiée au Journal Officiel avec la citation suivante:
« Soldat aussi consciencieux que courageux qui, dès le début de la campagne, a donné la valeur de son héroïsme et de son amour pour la patrie. Tombé glorieusement, le 28 août 1914, devant Guinchy (Somme). Croix de guerre avec étoile de bronze.»
A la demande des autorités allemandes, les habitants de Guillemont inhument les corps de 105 soldats morts dans une fosse à pulpe de betteraves. Dans les années 20, le père d’un de ces soldats acquiert le terrain et y fait élever un monument. Malheureusement, il tombe à l’abandon pendant de nombreuses années. Ce n’est qu’en 2008 qu’un passionné de mémoire rappelle à tous l'existence de ce monument cimetière qui est restauré en 2010.
En savoir plus sur le monument des nantais de Guillemont.
Hommages à Saint-Mars-de-Coutais :
Monument aux morts.
Plaque commémorative 1914-1918 église Saint Médard.
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions.
Hommage à Guillemont :
Monument des Nantais.
Sa mère
(Images fournies
Son père
par la famille.)
Sa mère Joséphine, née en 1861 meurt à Saint-Mars-de-Coutais en 1915. Elle avait 54 ans
Son père Jean Baptiste né en 1858 décède en1928 à Saint-Mars-de-Coutais à l'âge de 70 ans .
Joséphine, née en 1855 décède jeune à Saint-Mars-de-Coutais en 1915 à l’âge de 33 ans.
Laurence, née en 1887, décède elle aussi jeune dans la même commune en 1919 à l’âge de 32 ans.
Jules, né en 1890, est employé de banque à Nantes. Il épouse en 1921 Aimée Perrodeau. Lui aussi part à la guerre le même jour qu’Alexis. Il a alors 24 ans et est marchand en gros et en détail. Il intègre le 93ème RI où il est nommé sergent major. Il combat dans les tranchées ce qui lui vaut ces mots : « Sous-officier très brave et d’une rare énergie, s’est conduit brillamment au feu dans tous les combats et a refusé systématiquement depuis 5 mois de quitter la tranchée quoique perclus de rhumatismes, continuant à assurer son service et à donner à tous l’exemple d’une indomptable endurance. » Néanmoins, à partir de juin 1915, il est évacué du front et passe dans les services auxiliaires pour «induration du sommet droit», il s’agit du durcissement d’un tissu situé en haut du poumon droit. De plus, en 1917, il est atteint d’une bronchite dite «suspecte» et crache du sang quand il tousse. Il n’est pas pour autant renvoyé dans ses foyers et n’est démobilisé que le 19 avril 1919 ! Il décède en 1954 dans le village du Coin aux Rats à Saint-Mars-de-Coutais à l'âge de 64 ans.
Armande, née en 1893 épouse en 1921 Pierre Pacaud. Elle décède à Port-Saint-Père en 1951 à l’âge de 57 ans.
Modeste, née en 1893 se marie avec André Chenais en 1928. Elle meurt à Machecoul en 1928 à l’âge de 78 ans.
Georges, né en 1899 épouse Marcelle Bonhommeau en 1933. Il décède en 1970 à l’âge de 70 ans à Saint Mars.
Joseph, né en 1901, se marie avec Constance Bonhommeau en 1935. Il meurt en 1963 à Saint Mars. Il avait 61 ans.
Marguerite, née en 1906, épouse Ambroise Paré en 1933. Elle décède à Paimboeuf en 1994 à l’âge de 87 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Le monument aux morts de Guillemont, dans la Somme est dédié aux soldats du 265ème régiment d’infanterie, principalement originaires de Nantes, tués lors d’une erreur de tir le 28 août 1914.
Ce jour-là, plus de 100 soldats du 265ème régiment d’infanterie, basé à Nantes, périssent sous les tirs de l’artillerie française. Leurs corps sont inhumés dans une fosse à pulpe de betteraves, à la demande des autorités allemandes.
Dans les années 1920, le père d’un des soldats tués souhaite récupérer le corps de son fils, mais l’État refuse. Il achète alors le terrain où les soldats sont enterrés et y fait construire un monument à leur mémoire. Après son décès dans les années 1930, le site tombe dans l’oubli.
En 2008, un passionné d’histoire découvre le monument abandonné et apprend que la mairie envisage de le détruire pour y aménager un parking. Une campagne de sauvegarde et de réhabilitation est menée. Des financements sont obtenus de la mairie de Nantes et du conseil départemental de la Somme.
Les travaux de restauration sont achevés en 2010. Une cérémonie mémorielle a lieu chaque année le 28 août. Lors d’un aménagement ultérieur, des ossements sont retrouvés, confirmant le caractère sacré du site. Malgré tout, il n’est pas officiellement reconnu comme sépulture de guerre.
Le monument, bien que sous la responsabilité du Souvenir Français de la Somme, est principalement entretenu par des bénévoles de la commune. Un jeune garçon, Léo, poursuit aujourd’hui l’engagement de sa famille pour préserver ce lieu de mémoire.
Par ces actions, nous mettons en lumière un pan méconnu de l’histoire de la Première Guerre mondiale et nous soulignons l’importance de la préservation du patrimoine mémoriel.