ROUSSEAU Louis François Marie Joseph
Bouguenais - Sainte-Pazanne
1876 - 1915
Sergent au 81ème régiment d’infanterie territoriale
Mort pour la France
Cette biographie, rédigée par Hervé Closset à partir des Journaux des marches et opérations (JMO) et des historiques régimentaires, a été adaptée pour ce support.
Louis est né le 24 novembre 1876 à Sainte-Pazanne.
Il effectue son service militaire au 137ème régiment d’infanterie de Fontenay-le-Comte en Vendée.
Il se marie en 1901 mais le couple n'a pas d'enfant.
Louis est mobilisé au 81ème régiment d'infanterie territorial au grade de caporal.
Il est nommé sergent le 8 septembre 1914.
Il participe à la Bataille de La Marne et aux combats d'Hébuterne.
Louis décède de ses blessures le 22 février 1915 à Wanquetin dans le Pas-de-Calais.
Ses parents Pierre ROUSSEAU et Marie GROSSEAU, tous deux agriculteurs, se sont mariés le 6 septembre 1875 à Port-Saint-Père. C’est quinze mois plus tard, alors que le jeune couple habite à Sainte-Pazanne qu’un petit garçon vient au monde le 24 novembre 1876. Il se prénomme Louis François Marie Joseph.
Un second bébé, Pierre Alexandre, voit le jour en 1878 mais il meurt l’année même de sa naissance. Un troisième petit garçon, Jean Joseph, nait en 1879 mais le sort s’acharne sur la famille Rousseau et il décède dans sa deuxième année en 1881.
Quand vient l’heure du service militaire qui dure à l’époque 3 ans, le jeune homme bruns aux yeux marrons qui mesure 1m64, est dirigé sur le 137ème régiment d’infanterie le 16 novembre 1897. Depuis 1877, la totalité du régiment est regroupée à Fontenay-le-Comte. Il est installé depuis 1878 dans le nouveau quartier du Chaffault.
Sachant lire, écrire et compter, Louis Rousseau est rapidement élevé à la distinction de soldat de 1ère classe le 14 juillet 1898. Sa nomination au grade de caporal intervient le 1er octobre 1898. Il termine son service militaire pour être mis en disponibilité de l’armée d’active le 22 septembre 1900.
Sept mois plus tard, Louis se marie, avec Rose Anne Marie VILLERS le 21 avril 1901 à Saint-Jean-de-Boiseau. Le couple d’agriculteurs réside alors à Bouguenais au lieu-dit « Les Chaudières » dans le canton de Bouaye. Louis et Rose n’ont pas d’enfant.
Le caporal Rousseau est rappelé pour effectuer une première période de réserve au 2ème RI en garnison à Granville du 24 août au 2 septembre 1903. Trois ans plus tard, comme le prévoit le règlement, Louis est convoqué pour participer à une seconde période de réserve dans les rangs du 65ème RI de Nantes du 27 août au 23 septembre 1906.
Le couple déménage une première fois le 22 décembre 1907 pour habiter à Saint-Léger. Un peu moins d’un an plus tard, le 12 novembre 1908, un second déménagement emmène la famille Rousseau au lieu-dit La Roche Ballue sur la commune de Bouguenais. Enfin, le couple s’installe à Indre le 22 juin 1911.
A l’âge de 36 ans et considéré comme trop âgé pour intégrer un régiment d’active ou de réserve, Louis est affecté au 81ème Régiment d’Infanterie Territoriale (RIT) de Nantes, pour y effectuer une période d’instruction du 20 au 28 mars 1912. C’est ce même régiment qu’il est appelé à rejoindre le 3 août 1914 après avoir reçu sa lettre de mobilisation.
Convoqué à Nantes le 3 août 1914 au 2ème jour de la mobilisation, le 81ème RIT est constitué de 3 bataillons à 4 compagnies chacun. Louis, qui reprend son grade de caporal, est aussitôt affecté à la 4ème compagnie du 1er bataillon. Les opérations d’habillement, d’équipement et d’armement vont s’enchaîner du 4 au 7 août. Enfin, le 7 août au soir le régiment est officiellement constitué, équipé et armé.
Avec ses camarades du 1er bataillon, Louis cantonne dans des écoles de Nantes. Jusqu’au 17 août, ils assurent la garde des premiers prisonniers allemands qui ont débarqué à Nantes. Ils sont en transit aux Couëts, pour être enfermés dans les locaux du séminaire qui ont été transformés en caserne.
Puis les hommes du 81ème RIT embarquent pour le front le 18 août 1914. A cette date, son effectif est de 39 officiers, 203 sous-officiers et 2964 caporaux et soldats. Après son débarquement le 19 août à Massy- Palaiseau, il séjourne jusqu’au 23 août à Choisy- le-Roi. Enfin, un ultime voyage en train voit le régiment se déployer dans la région de Douai dans le Nord.
Le 1er bataillon de Louis prend position à Waunehein le 24 août quand soudain, à 10h30, il subit le feu de l’artillerie allemande. Hélas, dans ce secteur du front, aucune batterie d’artillerie n’est disponible pour répondre au feu de l’adversaire. Aussi, par ordre supérieur, le 81ème RIT reçoit l’ordre de se replier. Avec 18 disparus dans ses rangs, il rejoint Péronne dans la soirée.
Mais la pression des troupes allemandes se fait de plus en plus forte et le repli doit continuer. Les Français repassent la Somme le 31 août dans le secteur de l’Etoile. Ils finissent par atteindre Neufchâtel le 4 septembre avant de se retrouver en position de barrage en avant de Rouen le 6. Pour sa conduite durant la première phase des combats, le caporal Rousseau est nommé sergent le 8 septembre 1914.
Après la victoire de la Marne, les Français repassent à l’offensive sur l’ensemble du front. Aussi, le 10 septembre, à bord de véhicules automobiles réquisitionnés à Rouen, Louis et le 1er bataillon s’embarquent dès 8h00 en direction d’Abbeville. Ils ont pour mission d’expurger les derniers éléments attardés qui pourraient s’y trouver encore après le repli général de l’armée allemande. Un peloton de 28 cyclistes, nouvellement constitué et équipé avec des bicyclettes, elles aussi réquisitionnées à Rouen, les accompagne en éclaireurs pour cette mission.
Progressivement, c’est toute la 88ème division d’infanterie territoriale à laquelle appartient le 81ème RIT, qui se met en marche en direction du Nord Est. Le 13 septembre, au cours de cette progression, des combats au sud d’Amiens permettent aux Français de faire 170 prisonniers et de disperser un escadron de Uhlans en tuant une quarantaine d’hommes. Le 1er bataillon de Louis est en première ligne de l’avancée des troupes.
Enfin, la Somme est franchie à Amiens le 17 septembre. Les territoriaux prennent alors la direction de Péronne. Ils s’y retrouvent aux avant-postes dans la nuit du 22 au 23 septembre. Puis les combats se poursuivent pour continuer à repousser les troupes allemandes.
Mais les pertes, côté français, deviennent sensibles face au durcissement progressif de la résistance allemande. Depuis le 23 septembre, le régiment compte 28 tués et 185 blessés. 209 territoriaux sont portés disparus. Face à cette situation, des renforts très attendus arrivent le 2 octobre en provenance du dépôt du régiment à Nantes. Ce ne sont pas moins de 3 officiers et 575 hommes de troupe qui viennent recompléter pour la première fois les rangs du régiment depuis la mobilisation.
Le 4 octobre, les Français occupent Hébuterne entre Arras et Amiens que l’artillerie allemande bombarde sans interruption en prévision d’une contre-attaque. Le sergent Rousseau et ses camarades du 1er bataillon défendent la lisière nord du village.
Le lendemain 5 octobre, Hébuterne est à nouveau canonnée sans discontinuer par l’artillerie ennemie entre 5h30 et 19h45. Une heure après la fin des tirs, à 20h30, un premier assaut est lancé par les Allemands. Il est repoussé. Une seconde tentative est lancée par des troupes d’élite de la garde prussienne le lendemain 6 octobre dès 5h00. Elle aussi est repoussée et l’ennemi abandonne sur le terrain 38 prisonniers et 21 tués dont un officier.
Les Allemands répliquent aussitôt par une canonnade intense qui va durer jusqu’au soir. Les territoriaux du 81ème subissent le feu adverse jusqu’au 8 octobre à 6h30 lorsqu’ils sont enfin retirés des premières lignes. Entre le 5 et le 8 octobre, 35 Français sont tués, 84 sont blessés et 22 sont portés disparus.
Le 13 octobre, le régiment est placé en réserve générale pour panser ses plaies. Il cantonne à Gouy. Revenu en première ligne au tout début du mois de novembre, il occupe jusqu’à fin décembre le secteur de Beaumetz.
Le 2 janvier 1915, le 81ème RIT qui reste dans le Pas de Calais monte en ligne pour occuper les tranchées de Wailly. Dans ce secteur, les échanges de tirs d’artillerie entre les belligérants sont quotidiens. Les tirs dits de « harcèlement » ou de « représailles » se succèdent. Ils occasionnent des pertes quotidiennes et obligent les soldats à rester en permanence en alerte de crainte d’une action offensive brutale de l’adversaire.
Dans le même temps, des travaux de consolidation des positions et de renforcement des moyens défensifs sont menés de part et d’autre de la ligne de front. Le réseau de fils de fer barbelés se densifie et des blockhaus pour mitrailleuses sont construits. Les échanges de coup de feu entre patrouilles nocturnes sont la norme. Chacun des belligérants cherche à savoir ce que prépare l’adversaire.
C’est dans ces conditions de combat que Louis est blessé par un éclat d’obus le 17 février à 10h30. Louis souffre d’une plaie pénétrante de la poitrine. Il est rapidement évacué sur l’ambulance N°3 du 10ème corps d’armée qui est installée sur la commune de Wanquetin dans le Pas de Calais.
Après 5 jours de souffrance, Louis est déclaré « Mort des suites de ses blessures » à 4h00 du matin le 22 février 1915 à l’âge de 38 ans. Louis est le seul mort enregistré par le 81ème RIT pour le mois de février 1915.
Louis est déclaré « Mort pour la France » dans l’acte de décès transcrit à la mairie de Bouguenais le 12 août 1915.
Hommage à Bouguenais :
Monument aux morts.
Livre d'or du ministère des pensions.
Louis est le seul fils de Pierre et Anne Marie Grousseau à avoir survécu jusqu’à l’âge adulte. Il se marie, mais son union demeure sans descendance. Aucun enfant ne vient donc prolonger directement la lignée familiale.
Cette absence de descendants rend aujourd’hui plus difficile la transmission de sa mémoire familiale. Nous ne disposons d’aucun témoignage provenant de proches ou de descendants, ni d’informations permettant de savoir comment son souvenir a été conservé au sein de son entourage après sa disparition.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
À l’été 1914, lorsque les armées européennes se mettent en mouvement, chevaux, trains et automobiles ne sont pas les seuls moyens de transport utilisés par les militaires. La bicyclette a elle aussi sa place sur le champ de bataille. Rapide, silencieuse, peu coûteuse et ne nécessitant ni carburant ni fourrage, elle permet à un homme entraîné de parcourir rapidement plusieurs dizaines de kilomètres.
Parmi les soldats qui l’utilisent figurent les éclaireurs cyclistes, chargés notamment de reconnaître le terrain, de transmettre des renseignements ou d’assurer des liaisons. Il ne faut cependant pas les confondre systématiquement avec les chasseurs cyclistes, qui constituent de véritables unités combattantes de l’armée française.
Le vélo entre dans l’armée
L’utilisation militaire de la bicyclette est bien antérieure à la Première Guerre mondiale. En France, l’armée expérimente progressivement ce nouveau moyen de déplacement à partir de la fin des années 1880. Le vélo sert notamment à transmettre rapidement les ordres et les messages. Dès 1889, l’Union vélocipédique de France propose aux jeunes gens un brevet susceptible de faciliter leur emploi dans l’armée comme estafette ou agent de liaison. En 1892, l’armée crée son propre brevet de vélocipédiste militaire.
Être cycliste militaire ne signifie donc pas simplement savoir tenir sur une bicyclette. Les candidats sont sélectionnés pour leur endurance et doivent également savoir lire, écrire, compter et utiliser une carte routière. Avant-guerre, certaines épreuves imposent de parcourir de 48 à 90 kilomètres dans un temps déterminé, selon l'emploi auquel le candidat se destine. L’obtention du brevet peut être mentionnée sur son livret militaire ou son registre matricule.
Le vélo devient ainsi un véritable outil militaire.
Éclaireur, estafette ou agent de liaison
Le terme «éclaireur cycliste» correspond avant tout à une fonction.
L’homme peut être envoyé en avant d’une troupe pour reconnaître une route, surveiller un carrefour, observer les mouvements adverses ou rechercher la présence de l’ennemi. Après avoir recueilli ses informations, il doit rejoindre rapidement son unité pour en rendre compte. D’autres cyclistes servent surtout comme estafettes ou agents de liaison, transportant ordres, rapports et messages entre les unités et les postes de commandement. L’emploi militaire du vélo s’est précisément développé autour de cette nécessité de transmettre rapidement l’information.
Dans la guerre de mouvement de l’été et de l’automne 1914, ce rôle prend toute son importance. Sur une route praticable, un cycliste peut aller beaucoup plus vite qu’un fantassin tout en demeurant plus discret qu’un cavalier.
Mais cette rapidité a son revers : l’éclaireur peut se retrouver seul ou avec quelques camarades, loin de son unité, dans une zone où la position exacte de l’ennemi est justement inconnue. Sa mission exige donc autant d’autonomie et de sens de l’observation que de qualités physiques.
Les chasseurs cyclistes : de véritables combattants
À côté de ces hommes employés individuellement comme cyclistes existent des formations spécialisées : les groupes de chasseurs cyclistes.
En 1913, peu avant la guerre, l’armée française constitue dix groupes d’environ 400 chasseurs, destinés à accompagner les divisions de cavalerie. Le principe est simple : donner à la cavalerie une infanterie capable de se déplacer rapidement sans avoir recours au cheval.
Le vélo n'est alors qu'un moyen de déplacement. Lorsque le combat commence, le chasseur cycliste reste avant tout un fantassin : il met pied à terre et combat avec son arme.
Ces unités participent aux opérations dès 1914 et continuent à combattre pendant la guerre. Les historiques de groupes cyclistes montrent qu'ils sont engagés dans des opérations très diverses, depuis les combats de Lorraine et de la Marne jusqu'aux grandes batailles des dernières années du conflit.
La bicyclette pliante Gérard
L’image la plus caractéristique du chasseur cycliste français reste celle de la bicyclette pliante Gérard.
Conçue à la fin du XIXe siècle par Henri Gérard et fabriquée notamment par Peugeot, elle peut être pliée afin d’être transportée sur le dos lorsque le terrain devient impraticable. Le Musée national du Sport conserve un exemplaire de ce modèle, dont plusieurs dizaines de milliers furent produits. La bicyclette Gérard équipe les chasseurs cyclistes pendant la Première Guerre mondiale.
Cette particularité répond à une difficulté évidente : une bicyclette est rapide sur une route, beaucoup moins dans un champ labouré, un bois, un fossé ou sur un terrain bouleversé par les combats. Le cycliste doit donc être capable d'abandonner momentanément sa monture ou de la transporter.
Ainsi, derrière l’image parfois pittoresque du soldat à vélo se cache un équipement pensé pour associer la mobilité du cycliste aux capacités de combat du fantassin.
Quand la guerre s’enterre
À partir de l’automne 1914, la stabilisation du front modifie profondément l’emploi de la bicyclette. Entre les tranchées, les cratères d’obus, les réseaux de barbelés, la boue et les chemins détruits, il n’est évidemment plus question de parcourir librement le champ de bataille à vélo.
Les cyclistes ne disparaissent pourtant pas. Les bicyclettes restent utiles sur les routes de l’arrière et pour les missions de liaison et de transmission. Quant aux chasseurs cyclistes, ils peuvent être employés comme fantassins lorsque les circonstances ne permettent plus d’utiliser leur mobilité initiale. Un parcours de combattant étudié dans la Somme montre ainsi qu'après l'enlisement du front, les missions d'un chasseur cycliste évoluent et peuvent se rapprocher de celles du fantassin ou du soldat chargé des travaux de campagne.
Lorsque la guerre redevient plus mobile, notamment en 1918, les groupes cyclistes retrouvent naturellement davantage d'occasions d'exploiter leur capacité à se déplacer rapidement.
Un soldat à la fois mobile et vulnérable
L’éclaireur cycliste occupe finalement une place singulière dans la Grande Guerre.
Il représente une époque où l’armée cherche à tirer parti des inventions civiles les plus récentes. La bicyclette, devenue en quelques décennies un objet courant de la vie quotidienne et du sport populaire, entre ainsi dans l’univers militaire.
Mais elle ne transforme pas le soldat en combattant protégé ou mécanisé. Le vélo lui permet seulement d’aller plus vite. Arrivé à destination, l’homme redevient un fantassin, un observateur ou un messager exposé aux mêmes dangers que ses camarades.
Sur une fiche matricule, une photographie ou un document militaire, les mentions «cycliste», «vélocipédiste», «éclaireur cycliste», «estafette cycliste» ou «chasseur cycliste» peuvent donc ouvrir une piste particulièrement intéressante. Elles rappellent qu’au milieu des chevaux, des canons et des premiers véhicules automobiles, certains soldats de 1914-1918 ont également parcouru les routes de la guerre… à bicyclette.
Voir la rubrique «Une image, une histoire» : Le chasseur qui portait son vélo
Sources : Archives et patrimoine culturel de l’Orne, Les militaires à vélo, sur le développement de la vélocipédie militaire, les brevets et les conditions de recrutement des cyclistes ; Gallica collections relatives à la bicyclette pliante Gérard et aux chasseurs cyclistes de 1914-1918.