Cette biographie est rédigée par Hervé Closset à partir des JMO et des historiques des régiments. Elle est adaptée à ce support.
MASSÉ René Emmanuel Alfred Marie
Touvois
1898 - 1918
Sapeur au 8ème génie
Mort pour la France
René est né à Touvois le 3 janvier 1898.
Il exerce le métier d'employé de trésorerie.
Il n'a pas encore 20 ans quand il intègre le 64 régiment d'infanterie en avril 1917.
Puis René passe au 77ème RI.
En mars 1918, René rejoint les rangs du 8ème Régiment du Génie.
Il disparaît aux combats de Villers-la-Fosse le 30 août 1918. Il avait 20 ans.
Il est décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire.
Fils d’Auguste Armand et de Clémentine Valentine Prudence BOUANCHEAU, René Emmanuel Alfred Marie MASSÉ voit le jour le 3 janvier 1898.
La famille habite à Touvois sur le canton de Legé où son père exerce la profession de marchand de biens.
Le jeune homme est déjà employé de trésorerie, lorsqu’il passe, à l’âge de 19 ans, devant le conseil de révision de Nantes.
Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il est incorporé le 17 avril 1917 dans les rangs du 64ème RI.
Ce régiment tient alors simultanément ses quartiers à Ancenis et à Saint-Nazaire.
Six mois plus tard, à l’issue de son temps de formation, aussi appelé période des « classes », René se retrouve muté le 20 octobre 1917 au sein 77ème RI qui tient garnison à Cholet et à Fontevraud. Lorsque René le rejoint dans la zone des armées, son nouveau régiment est déjà très affecté par les pertes subies lors des combats du Chemin des Dames. Il se trouve alors au repos dans la région de Marson dans la Meuse. Là, depuis fin septembre, l’état-major lui a donné pour mission de participer à l’instruction des premières troupes américaines qui viennent de débarquer en France.
Puis l’automne se passe à tenir les lignes dans le secteur de la forêt de Parroy. Le secteur est réputé calme. Si bien qu’au bout de quelque temps, une compagnie américaine est intercalée dans chacun des bataillons du 77ème. Simultanément, l'instruction de nos alliés se poursuit à l'arrière au fur et à mesure de l’arrivée des contingents américains.
René et son régiment sont relevés fin décembre 1917. Ils gagnent les environs de Chalvraines, dans la Haute-Marne où ils arrivent le 15 janvier. Puis, par étapes successives, ils se rapprochent progressivement de la zone des combats. Le 1er avril 1918, le 77ème embarque à destination de Catillon, dans la Somme. Mais cette fois, René n’est pas de la partie. C’est en tant que « sapeur » de 2ème classe, qu’il est affecté au 8ème régiment du génie (RG) à la date du 18 mars 1918.
Le 8ème régiment du génie a été créé en 1913 pour concentrer toutes les compagnies de transmetteurs de métropole qui assurent les communications dites « de l’avant ». Il est initialement composé de 3 bataillons de sapeurs télégraphistes et d'un bataillon de radiotélégraphistes qui tiennent casernement au mont Valérien et à Creil.
En 1914, il fournit des détachements de sapeurs-télégraphistes aux états-majors et aux formations de combats. Les effectifs sont de l’ordre de 80 sapeurs pour une Division d’Infanterie. René, nouveau sapeur, est détaché à la 59ème DI.
Très vite, la guerre de position impose de réaliser sur le front un important réseau filaire pour assurer les communications téléphoniques et télégraphiques. La télégraphie par le sol TPS17 s’y développe. Avec la prise de conscience par l’état-major de la primauté des transmissions et de l’importance d’une circulation rapide de l’information, les effectifs du 8ème RG s’accroissent rapidement. Au 1er janvier 1918, il compte dans ses rangs pas moins de 55.000 hommes dont 1.000 officiers. 106 détachements du 8ème Génie servent dans les divisions d'infanterie,
L'action des sapeurs télégraphistes est déterminante. Ils déroulent leurs câbles téléphoniques et télégraphiques sous la mitraille et les obus, avancent à la vitesse des vagues d'assaut jusqu'en première ligne, rampent pour réparer les fils coupés, récupèrent le matériel lors des replis et exploitent les centraux de transmissions de campagne dans les pires conditions ; parfois en présence de gaz toxiques.
Les sapeurs sont disséminés en petits détachements qui suivent dans leurs mouvements incessants les corps d'Armée, les divisions, les groupes d'artillerie et les escadrilles d'aviation auxquels ils sont rattachés. Formant aussi de puissantes compagnies télégraphiques d'Armée dont le travail s'étend sur de larges secteurs, le 8ème génie est partout, sur tous les fronts, à toutes les époques de la campagne.
Lorsque le sapeur René MASSÉ rejoint les effectifs du détachement du 8ème RG rattaché à la 59ème DI, celle-ci se trouve positionnée en retrait du front. Elle fait ensuite mouvement en Lorraine vers Rosières-aux-Salines avant de procéder à des travaux et à l’instruction du personnel dans la région d’Einville-au-Jard.
Du 27 mars au 29 avril, le 8ème génie se déplace vers la région de Blainville-sur-l'Eau puis de Bayon avant d’être transportée par voie ferrée dans celle d'Ailly-sur-Noye dans la Somme. Avec sa division, René se retrouve engagé à partir du 9 avril dans la seconde bataille de Picardie. Les Français résistent notamment à l'offensive allemande lors des combats de Mailly-Raineval avant de participer à l’organisation d'un secteur défensif vers Thoiry et le nord d'Ainval dans la Somme.
Retirée du front le 29 avril, la 59ème DI part au repos dans le secteur de Francastel. Avec ses camarades, René est transporté par voie ferrée de Saint-Omer-en-Chaussée vers la région de Revigny-sur-Ornain dans la Meuse. Il y reste au repos jusqu’au 9 mai.
Le jour suivant, 10 mai, la division débute son mouvement vers le front pour venir occuper la zone des combats dans le secteur Damloup et Trésauvaux. Elle y reste jusqu’au 11 août avant d’être retirée des premières lignes pour venir au repos dans la région de Villers-en-Argonne. À partir du 16 août, ses éléments, dont font partie les sapeurs télégraphistes, sont embarqués par voie ferrée à destination de la région de Liancourt dans l'Oise
Le mouvement de la division vers Tartiers débute ensuite le 21 août. Le 26 août, la 59ème DI est engagée vers Pernant dans la Seconde bataille de Noyon. C’est à ce moment que se joue le destin du sapeur Massé.
Le 28 août à 7h00, après une préparation d’artillerie de 30 minutes, la division quitte sa base de départ et se porte à l’attaque des positions allemandes. Chavigny est atteint à 10h00 par les unités d’assaut françaises. Mais dès 11h00, une contre-attaque ennemie rejette les poilus aux lisières du village.
Cette contre-attaque est finalement stoppée et les Allemands refluent en laissant 400 prisonniers aux mains des Français qui repartent à l’assaut dès le lendemain 29 août à 5h30 à la suite d’une courte préparation d’artillerie.
Le 30 août, la 59ème DI enlève Villers-la-fosse, le Bois du Couronne et Chavigny. Dans cette action, les fantassins ont le soutien de la 3ème section de la 319ème compagnie (AS319) du 503ème Régiment de Chars de Combat (RCC). 5 chars Renault FT17 sont engagés (soit 3 chars mitrailleuses et deux chars canons) sous le commandement de l’adjudant BERQUE. Après la mise hors de combat de 3 FT par une batterie antichar, les 2 chars survivants se placent derrière le bois du Couronné pour ensuite se porter le long du ravin Ouest du Bois du Couronné et pouvoir y repousser une éventuelle contre-attaque. Les chars livrent les lisières ouest du bois aux fantassins. Les bois des Ormeaux et du Moulin à l'Est de Chavigny sont ensuite enlevés.
René disparaît, à l’âge de 20 ans, dans le ravin de Villers la Fosse ; un petit village au nord de la commune de Vauxrezis dans l'Aisne. Pendant ces 3 journées de combat, du 28 au 30 août, les mouvements de troupe, les échanges de tir de mitrailleuses, d’artillerie et d’attaque au sol par l’aviation se succèdent avec une rare intensité de chaque côté du front. Dans de telles conditions, l’assaut effréné des Français, conjugué à la défense acharnée que leur oppose les Allemands, rend difficile, sinon impossible, la bonne tenue des comptes rendus journaliers des pertes en vie humaine des unités engagées.
Il faut attendre la mise au repos de la division pour que les états de service et les situations administratives individuelles soient régularisés. Le recueil des témoignages des camarades de combat est déterminant dans l’établissement des faits.
A la suite de ces combats, la 59ème DI est retirée du front le 3 septembre. Elle fait mouvement vers la région de Crépy-en-Valois où elle reste au repos jusqu’au 14 septembre.
Le sapeur de 2ème classe René MASSÉ fait l’objet de la Citation à l’ordre de la 59ème DI N°205 en date du 1er septembre 1918. Elle comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze. La Médaille militaire lui est conférée à titre posthume par décret du président de la république en date 24 mars 1920. (Cf. JO du 20 mai 1920) avec la citation suivante « Sapeur courageux et dévoué, mort au champ d’honneur au ravin de Villers la Fosse le 30 août 1918 en faisant vaillamment son devoir »
À la suite du décès de René, une allocation de 150 francs est versée à son père le 4 décembre 1918. Dans la confusion des combats, la mort de René MASSÉ est d’abord fixée au 28 août 1918. Toutefois, le jugement déclaratif de décès rendu par le tribunal de Nantes le 28 juillet 1922 établit officiellement la date de son décès au 30 août 1918. Transcrit le 16 septembre 1922 par la mairie de Touvois, ce jugement porte la mention «Mort pour la France».
Disparu au combat, René ne possède aucune sépulture connue où sa mémoire pourrait être honorée.
Les recherches menées n’ont pas davantage permis de retrouver d’informations sur son entourage familial ou sur ceux qui ont partagé sa vie.
En l’absence de tombe et de témoignages personnels, cette page constitue aujourd’hui l’un des rares lieux où son nom, son parcours et son sacrifice peuvent être rappelés. Elle contribue ainsi à préserver la mémoire de ce jeune homme tombé pour la France et à empêcher que son histoire ne sombre dans l’oubli.
Hommages à Touvois :
Monument aux morts.
Plaque commémorative de l’église.
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions.
Nous ne possédons aucune information sur les proches de René. Toute information sera la bienvenue.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
La télégraphie par le sol est utilisée dès 1917 par l’armée française pour établir des liaisons à courte distance (portée 3 km environ). Elle évite l’utilisation d’une ligne téléphonique sujette aux coupures lors des bombardements
Le principe est relativement simple. L’émetteur injecte dans le sol un “courant vibré” commandé par le manipulateur de signaux Morse. Cet émetteur doit obligatoirement être placé entre 2 piquets métalliques (prises de terre) distants d’une cinquantaine à une centaine de mètres. Ces 2 pieds peuvent être tant en surface qu’en profondeur. L’ensemble de l’installation peut être souterraine. La vibration peut être induite par des signaux type morse ou des signaux sonores type téléphone. La réception s’effectue de la même manière, entre deux piquets métalliques fichés dans le sol, et distants d’une centaine de mètres. Il est clair qu’il faut des amplificateurs pour la réception (à l’époque, une cascade de lampes ...)