Cette biographie a été rédigée par Hervé Closset à partir des JMO et des historiques des régiments. Elle est adaptée à ce support.
COUTURIER Joseph Ernest Marie
Saint-Etienne-de-Mer-Morte
1895 - 1915
Soldat au 64ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Joseph François Ernest Marie COUTURIER naît le 5 septembre 1895 à Saint-Étienne-de-Mer-Morte.
Dernier d’une fratrie de cinq enfants, il devient agriculteur après la mort de son père.
Incorporé au 62ème régiment d’infanterie en décembre 1914, il rejoint le front dans la Somme en avril 1915.
Le 12 juin, il est muté au 64ème RI, engagé près d’Hébuterne.
Blessé par un éclat d’obus, il meurt de ses blessures le 20 juin 1915, à 19 ans.
Sa sépulture disparaît lors de la destruction du village de Serre.
Des objets personnels transmis à sa famille permettent de confirmer son identité.
Il est déclaré « Mort pour la France » par jugement du tribunal de Nantes, le 8 octobre 1917.
Joseph Couturier naît le 5 septembre 1895 au hameau de la Cité sur la commune de Saint-Étienne-de-Mer-Morte. Il est le fils de Joseph Honoré et de Marie Henriette Angèle MICHON. Les parents sont tous deux cultivateurs.
Le jeune garçon est le dernier d’une fratrie de 5 enfants. Quatre sœurs l’ont précédé. C’est tout d’abord Gertrude Ernestine Henriette Marie Joséphine COUTURIER qui voit le jour en 1886 au lieu-dit « La Cité ».
C’est ensuite au tour de Victorine Marie et de sa sœur jumelle Marie Honorine de voir le jour le 3 avril 1889 au lieu-dit « "La Croisée" à Saint-Etienne-de-Mer-Morte.
Anne Marie apparaît en 1893 mais elle décède le 28 décembre 1894 à l'âge de 22 mois.
Le jeune garçon est âgé de 17 ans lorsque son père Joseph meurt prématurément le 3 octobre 1912 à Saint-Étienne-de-Mer-Morte à l'âge de 54 ans. Le fils prend la relève de son père en devenant à son tour agriculteur. Mais la notion de soutien de famille n’existe plus depuis la loi de 1905 qui a supprimé définitivement le tirage au sort et les dispenses pour rendre le service militaire universel, personnel, égal et obligatoire. Joseph n’est donc pas exempt de service militaire.
Déclaré « bon pour le service armé » lorsqu’il passe devant le conseil de révision de Machecoul, Joseph est Incorporé dans les rangs du 62ème régiment d'infanterie de Lorient le 15 décembre 1914.
En ce début de conflit, les pertes subies par l’armée française sont considérables. Le bureau des effectifs doit faire face aux besoins en hommes que réclament les régiments engagés sur le front. Cette situation conduit l’Etat Major à réduire drastiquement la durée de formation des jeunes appelés. Elle passe ainsi de 6 à 3 mois dès l’automne 1914.
C’est ainsi que dès le 15 mars, Joseph se retrouve dans la situation de « disponible » au dépôt du régiment. Avec ses camarades nouvellement formés, il se tient prêt à partir pour le front aussitôt que le 62ème RI réclamera des renforts.
C’est chose faite fin mars 1915, lorsque le 3 avril, avec 175 autres soldats en provenance du dépôt du régiment, Joseph se retrouve en position sur la ligne de front tenue par le 62ème RI. A cette date, le régiment occupe le secteur d’Avelly-Authuile à 2 kms au nord de la ville d’Albert dans la Somme. Depuis le début de l’hiver 1914, les Français et les Allemands s’y livrent à une succession d’attaques partielles et de « coups de main ».
Lorient (Morbihan) La caserne Bison ou 62e de ligne - Geneanet
Pendant ce temps, le général Foch prépare une relance de l’offensive en Artois qui doit débuter au début du mois de juin 1915.
Pour ce faire, il décide de déclencher une attaque de diversion confiée à des unités de la IIe armée française, sur la ferme de Toutvent entre Hébuterne et Serre, où les Allemands ont fortifié un petit saillant. Les deux villages se font face à quelques kilomètres l’un de l’autre, chacun au sommet d’une légère hauteur. Le 64ème RI d’Ancenis, se prépare à participer à l’offensive. La date de l’assaut est fixée au 7 juin.
Le 6 juin débute la préparation d’artillerie préliminaire. Un bombardement intensif de l’artillerie française s’abat sur les positions allemandes. Les distributions aux poilus de matériels nécessaires à l’assaut sont faites dans la matinée. La sieste est ordonnée aux hommes à partir de midi.
Le 7 juin, s’élançant de leurs tranchées d’Hébuterne avec d’autres régiments sur un front de 1200m, les fantassins du 64ème enlèvent en un tour de main leurs objectifs qui sont même dépassés. 200 Allemands et un important matériel sont capturés. Depuis cette date, le régiment se maintient, en dépit du bombardement féroce exercé par l’ennemi sur les tranchées qu’il a perdues.
Mais cette offensive se révèle très coûteuse en vies humaines pour le 64ème RI. Les effectifs du 62ème sont quant à eux au complet. Ce régiment n’est pas directement impliqué dans la bataille en cours.
L’état-major du 11ème CA décide donc de puiser dans ses effectifs pour recompléter les troupes du 64ème. C’est ainsi que Joseph du 62ème RI se retrouve muté à la 2ème compagnie de ce régiment le 12 juin 1915.
Directement envoyé au contact sur la ligne de front durant la nuit du 12 au 13 juin, Il fait partie du 2ème renfort de 216 hommes qui arrivent à leur tour pour recompléter les effectifs du régiment. Ils viennent s’ajouter aux 318 hommes arrivés la nuit précédente.
Tous ces jeunes hommes arrivent à point nommé. Depuis le 7 juin, le 64ème RI déplore 61 tués, 879 blessés et 70 disparus. C’est un tiers des effectifs qui manque à l’appel.
Avec les autres recrues, Joseph est affecté dans une escouade composée « d’anciens » qui ont connu les combats de la Marne et de la « course à la mer ». La journée du 13 juin et les suivantes sont consacrées à consolider les positions nouvellement conquises.
Le 19 juin un nouveau renfort de 95 soldats et 24 officiers monte en ligne. 513 soldats les rejoignent le lendemain.
La situation reste inchangée jusqu’au 20 juin. Quelques obus épars tombent sur les lignes françaises. L’un d’eux est fatal au soldat Jospeh Couturier. En seulement quelques semaines de présence au front, il n’a pas eu le temps d’apprendre à se protéger des obus. Il ne sait pas reconnaître leur calibre au bruit qu’ils font, ni la distance supposée de leur point de chute comme le font les « poilus » chevronnés.
Grièvement blessé par des éclats d’obus, le soldat Couturier est évacué vers le poste de secours installé dans le village de Puisieux. Joseph décède officiellement des suites de ses blessures au combat du hameau de Serre, près d'Hébuterne dans le Pas de Calais le 20 juin 1915. Il n ’a pas encore 20 ans.
Durant l'année 1915, alors que les adversaires s'affrontent durement à la périphérie de Serre-les-Puisieux, plusieurs structures de repli et des habitations encore debout dans le village servent de poste de secours et de point de recueil. Les voitures d'ambulance y déposent de nombreux blessés récupérés directement sur le champ de bataille par les brancardiers.
Les soldats tombés sur le terrain ou dans les postes de secours proches ont d'abord été enterrés dans des cimetières militaires provisoires ou des tombes de fortune directement sur le champ de bataille. Le village de Serre-lès-Puisieux est finalement totalement détruit par les bombardements incessants de cette même année. La tombe du soldat Couturier disparaît avec lui.
Divers objets personnels sont récupérés par les brancardiers. Le maire de Machecoul se charge de les transmettre à la famille qui les identifie bien comme appartenant à leur fils et frère. L’identité du défunt est alors confirmée.
Le jeune soldat est déclaré « Mort pour la France » suite au jugement rendu le 8 octobre 1917 par le tribunal de Nantes. Il est par la suite transcrit le 25 octobre 1917 sur le registre de décès de la commune de Saint-Étienne-de-Mer-Morte.
Hommages à Saint-Etienne-de-Mer-Morte :
Monument aux morts.
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions.
Le nom de Joseph est inscrit sur l'anneau de la mémoire (Ablain-Saint-Nazaire) avec les noms de 580 000 autres soldats.
Sa mère décède le 27 février 1962, à Saint Etienne-de-Mer-Morte, à l'âge de 102 ans.
Sa soeur ainée Gertrude Ernestine reste célibataire. Elle meurt le 17 août 1945 à Saint-Etienne-de-Mer-Morte à l'âge de 58 ans.
Sa sœur Victorine Marie épouse Félix Jean Marie VRIGNAUD le 8 février 1916 à Saint-Etienne-de-Mer-Morte dont elle a un fils unique prénommé Adrien qui voit le jour le 29 juin 1916. Ce neveu de Joseph est déclaré « Mort pour la France » le 17 mai 1940 aux combats de Brienne dans les Ardennes, à l'âge de 23 ans. Victorine s’éteint le 10 avril 1976 à Paulx à l'âge de 87 ans. Marie Honorine sa sœur jumelle reste célibataire.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
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