Cette biographie est rédigée par Marité Briand à partir des JMO et des historiques des régiments. Elle est adaptée à ce support.
DUBREUIL Léon Marie Stanislas Arthur
La Marne
1890 - 1914
Soldat au 77ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Léon naît le 12 septembre 1890 à La Marne.
Il est valet de chambre lorsqu'il commence son service militaire.
Il est mobilisé le 3 août 1914 dès le début de la guerre.
Il participe aux premiers combats et décède le 30 août 1914 dans les Ardennes à Faux, au sud de Charleville-Mézières.
Son père, Joseph Marie DUBREUIL, dit Henri, naît en 1857 dans un village de La Marne, la Jacquerie. Il est domestique-cultivateur et au moment de son mariage, habite dans le bourg de La Marne.
En 1881, il épouse Marie Anne MOUCHET, née en 1860, cultivatrice également dans la même commune au village de la Rivière.
De cette union, naissent cinq enfants : Henri né en 1883, Marie en 1885, Léon en 1890, Aristide en 1893 et André en 1902. Léon est donc le troisième enfant de cette fratrie, né le 12 septembre 1890.
A partir du 7 octobre 1911, Léon intègre le 77ème régiment d’infanterie basé à Cholet pour faire son service militaire. Le régiment est essentiellement composé d’Angevins et de Vendéens. Un an plus tard, il devient soldat de première classe. Le 8 novembre 1913, il passe dans la réserve. Un certificat de bonne conduite lui est accordé. Il peut alors regagner son domicile.
Au moment où la première guerre mondiale éclate, il réside à Nantes où il exerce la profession de valet de chambre. Sa fiche matricule indique qu’il a les cheveux blonds, les yeux bleu foncé et mesure 1,65m. Son degré d’instruction est évalué à 3 sur 5, donc il a un assez bon niveau.
Léon dans la première guerre mondiale
Le samedi 1er août 1914, tous les clochers de France sonnent le tocsin pour annoncer la mobilisation générale. Léon, comme les autres, est consterné. Partout, c’est le même saisissement. Des crises diplomatiques, il y en avait eu déjà, mais elles s’étaient réglées. Léon a 23 ans, il cherche au fond d’un tiroir son livret militaire qui indique à quelle caserne il doit se rendre. C’est Cholet.
Il ne faut pas se fier aux scènes de liesse prises dans les gares de départ des mobilisés. Ce que l’on ne montre pas, ce sont les adieux déchirants à la famille. Léon serre dans ses bras ses parents, ses frères avec affection. Mais il ne part pas à reculons pour autant. On dit que la guerre ne durera pas longtemps.
Léon se dirige vers la caserne de Cholet. Le 5 août 1914, son régiment, le 77ème RI prend le train. Après deux longs jours de voyage, il arrive épuisé à Pont-Saint-Vincent en Meurthe-et-Moselle au sud de Nancy. Le régiment n’est pas encore à proximité de l’armée allemande.
Mais à la suite de l'invasion de la Belgique par les armées ennemies, le 20 août, le régiment quitte la région, s'embarque en train à Nancy à destination de Sedan.
Le 20 août, il entre en Belgique. L’accueil de la population à Halle et dans les villages voisins est enthousiaste, les habitants apportent aux soldats du café, des cigares, des cigarettes.
Le 77ème marche sur Bièvre où ont lieu les premières escarmouches. Le 23, Léon prend contact avec l'ennemi. Le régiment tient les abords de Bellefontaine, creuse des tranchées dans les champs d’avoine sous le feu nourri de l'artillerie adverse occasionnant de lourdes pertes. Mais le soir, l'ordre est donné au régiment de se replier : c'est le commencement d'une retraite pénible, entrecoupée de combats d'arrière-garde et d'arrêts.
Le 77ème traverse Charleville et Mézière, stationne deux jours près de ces villes, puis reprend sa marche en retraite vers l'ouest. Léon et ses compagnons sont très fatigués, car depuis le 23 août, aucun n'a dormi ou presque. Les étapes sont longues et dures, le ravitaillement presque impossible. On se contente de manger des fruits, voire des betteraves.
Le 30 août, le régiment se trouve engagé à Faux dans les Ardennes où il connaît un combat acharné. Les obus allemands pleuvent sur les soldats français. C’est ce jour-là que le drame arrive pour Léon. Il perd la vie, fauché si jeune. On ne retrouvera pas sa dépouille. Léon est porté disparu.
Léon reçoit à titre posthume la Médaille militaire et la Croix de guerre.
Pourquoi les armées françaises ont-elles échoué lors de la Bataille des Frontières, au début du conflit ?
La stratégie militaire française consiste dans l’offensive à tous crins. Les références au passé dominent. On croit alors à la supériorité de la force morale sur le feu, on place au-dessus de tout le courage, l’élan, l’énergie, c’est pourquoi on lance les fantassins sous la mitraille et les obus. L’armée dispose certes du fameux canon de 75, mais au contraire de l’ennemi, elle est à peu près dépourvue d’artillerie lourde. Par ailleurs, avec son culte de l’assaut à la baïonnette en bataillons serrés, elle ne conçoit l’artillerie que comme appui de la marche en avant. Il faut attaquer, un point c’est tout ! Les soldats français découvrent une guerre moderne où l’artillerie est la reine des champs de bataille. En ne prenant pas la précaution de préparer le terrain, on envoie les hommes à la mort. La plupart des soldats tombés en août n’ont même pas vu un ennemi, broyés par la puissance de feu allemande et ont été contraints de se replier.
A cela, s’ajoutent les déficiences d’un uniforme inadapté à un conflit moderne. Les pantalons et les képis des Français sont rouge garance, une cible parfaite pour l’ennemi. Les Allemands, de leur côté, ont un uniforme vert-de-gris mieux adapté.
Le corps de Léon n'ayant jamais été retrouvé, son décès est juridiquement constaté par un jugement déclaratif de décès rendu le 17 décembre 1920 par le tribunal de Paris. Ce jugement fixe officiellement la date de son décès au 30 août 1914. L'acte est ensuite transcrit sur les registres de l'état civil de Clichy le 24 janvier 1921.
Hommages à La Marne :
Monument aux morts
Plaque commémorative de l’église.
Hommage à Clichy :
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions
Nous ne connaissons pas la date du décès de son père Joseph Marie, ni de sa mère Marie-Anne.
Son frère aîné, Henri, participe aussi à la première guerre mondiale dans le 65ème régiment d’infanterie. Il habite alors à Nantes où il est employé de bureau. Il est mobilisé dès le 3 août 1914. A cette date, il a 31 ans. Il entre dans les services auxiliaires qui regroupent des hommes dont l'état physique ne permet pas de les affecter dans un emploi de combattant ou ceux qui sont soutien de famille comme l’indique la fiche matricule d’Henri. Mais l’armée ayant besoin d’hommes en fait passer certains au front. Ainsi, Henri combat dans la Somme où il est blessé le 24 juillet 1916. On dit de lui : « Sous-officier très dévoué, a toujours donné à ses hommes l’exemple de l’ordre et de l’énergie ». On le soigne et il retourne à nouveau au combat, cette fois au Chemin des Dames où il est à nouveau blessé le 25 avril 1917 par un éclat d’obus à la gorge. Nouvelle convalescence puis retour au combat où il est encore blessé le 1er octobre 1918. Il reçoit cette fois une balle à l’épaule gauche. L’armée écrit de lui : « Au milieu de fatigues très grandes créées par son service particulier auprès du capitaine a donné les preuves d’une grande énergie et du plus complet esprit de sacrifice. » Il est décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire. Il sortira vivant de la guerre mais avec des séquelles : une limitation des mouvements de l’épaule gauche et du coude, des troubles névritiques de la main gauche, une raideur des doigts. De retour à la vie civile, il épouse à Nantes en 1919, Marie Marguerite Mélanie DUGUY. Il décède en 1960 à l’âge de 77 ans à Nantes.
Sa sœur, Marie Valentine Florence, devient religieuse. Elle décède à Nantes en 1978 à l’âge de 92 ans.
En 1914, son autre frère, Aristide, a 21 ans, est professeur au collège/lycée de Saint Stanislas à Nantes.
Il est exempté des combats pour « bronchite spécifique ».
Cependant, il est rappelé à l’activité le 22 mai 1917 dans les services auxiliaires à cause d’une «constitution moyenne ». Son poids est de 56,5 Kg.
A partir d’octobre, il passe dans le 19ème régiment d’infanterie puis en décembre dans le 2ème groupe d’aviation.
Il est démobilisé le 30 août 1919.
Il devient Prélat de sa Sainteté et vicaire général de Nantes. Il décède en 1965 à l’âge de 72 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Au début de la guerre, nul ne pouvait présager de la longueur du conflit. Tout le monde pensait que la guerre serait courte. A l’heure des premiers combats, le costume des soldats français était encore celui des conflits de la fin du XIXe siècle, composé d’un pantalon rouge garance depuis 1887, d’un manteau couleur gris de fer bleuté, d’un képi, d’un ceinturon à cartouchières et de guêtres. Dès 1914, l’état-major était conscient que l’équipement du poilu n’était plus compatible avec la guerre des tranchées. Le rouge garance était beaucoup trop voyant et devait être rapidement banni.
La première solution alternative fut de couvrir les képis et les pantalons avec des toiles bleues. C’étaient les premiers éléments de la tenue de camouflage.
Dès 1915, le costume des poilus français devint bleu horizon. Toutefois, il y avait un tel nombre de soldats à équiper, que sa généralisation fut très longue.
Dans les tranchées, pour résister aux intempéries, les soldats disposaient de la capote Poiret adoptée en septembre 1914, jugée plus économique que le modèle de 1877, mais aussi plus pratique et plus confortable.
Les Allemands avaient pris l’habitude de tirer en priorité sur les gradés, officiers ou sous-officiers, de fait, les signes distinctifs se firent plus discrets sur les uniformes.
Sous le manteau, les soldats portaient une chemise et une vareuse, et sous le pantalon, des caleçons longs. Les poilus portent des brodequins, lourdes chaussures, plus étanches que les précédentes avec des semelles cloutées. Les jambières initiales furent remplacées par des bandes molletières. Les képis quant à eux furent remplacés par un casque – le casque Adrian – qui était une très incommode coque métallique posée sur la tête, réalisée en acier embouti.