Cette biographie est rédigée par Hervé Closset à partir des JMO et des historiques des régiments. Elle est adaptée à ce support.
GRASSINEAU Constant Jean Marie
Saint-Viaud
1894 - 1915
Soldat au 153ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Constant naît le le 26 juin 1894 à Saint-Viaud.
Il est cultivateur à la Meilleraie, comme son père.
D’abord ajourné pour "faiblesse", Constant est déclaré « Bon pour le service armé » le 2 juillet 1914.
Il est incorporé le 7 septembre 1914 au 153ème régiment d’infanterie.
Constant combat d’abord dans le secteur d’Ypres, avant de gagner l’Artois au printemps 1915.
Il participe à la bataille d’Artois, notamment aux combats de Neuville-Saint-Vaast à partir de mai 1915.
Le 18 juin 1915, il participe aux sanglants combats des tranchées du « Labyrinthe ».
Constant est tué à l’ennemi le 18 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast, à seulement 20 ans.
Il repose à la nécropole nationale de La Targette.
Fils unique de Jean Marie GRASSINEAU et de Victorine DANOU, Constant voit le jour le 26 juin 1894 à Saint-Viaud. Ses parents exercent le métier de cultivateur au lieu-dit «la Meilleraie». Le jeune garçon suit rapidement les traces de son père en choisissant d‘exercer la même activité que lui. Il devient à son tour cultivateur.
Quand vient le temps du service militaire, Constant se présente une première fois devant le conseil de révision de Saint Père en Retz en 1914. C'est un jeune homme brun aux yeux noirs qui mesure 1,75m. Il est ajourné pour "faiblesse" et classé dans la 5ème partie de la liste du canton. Mais à l’approche de la guerre, il est classé dans la première partie de cette même liste par la commission spéciale de réforme le 2 juillet 1914.
Constant est incorporé le 7 septembre 1914 au 153ème régiment d’infanterie, dont le dépôt est alors établi à Toul. Mais les combats qui font rage dans l’Est de la France menacent directement la région. Le lieu de mobilisation du régiment est donc transféré à Fontainebleau, où Constant est d’abord dirigé. Il est ensuite envoyé à Béziers afin de rejoindre le dépôt du 153ème régiment d’infanterie, lui aussi replié loin de la zone des combats.
Conçus initialement pour être des lieux de passage ou de stockage temporaires, les dépôts des régiments sont rapidement débordés par l'afflux massif de recrues et de réservistes. À Béziers comme ailleurs, ils accueillent le personnel d'encadrement permanent, les réservistes en attente de départ pour le front, les jeunes classes appelées par anticipation et les nombreux soldats blessés ou malades évacués de la zone des combats.
Car en ce début de guerre, l’armée française subit des pertes humaines considérables. Il faut regarnir au plus vite les rangs des régiments décimés durant les premiers combats. En conséquence, les conscrits de l’été 14 suivent une formation au combat extrêmement courte. À l'automne 1914, dans les dépôts régimentaires, l'instruction de base est condensée au maximum pour parer au plus pressé, elle est réduite à deux mois à peine au lieu des cinq à six mois habituels en temps de paix.
En raison de la pénurie des effectifs sur les champs de bataille, ces jeunes recrues inexpérimentées sont envoyées en renfort dans les unités combattantes dès le mois de novembre 1914. Constant est parmi eux.
Mi-décembre 1914, après trois mois de formation, le soldat GRASSINEAU est désormais «apte au combat». Il quitte le dépôt de Béziers pour être envoyé vers le front. Constant fait partie des 500 officiers et hommes de troupe qui vont regarnir les rangs bien éprouvés du 153ème RI après presque cinq mois de conflits. Ils se présentent dans la journée du 19 décembre 1914, au cantonnement du régiment installé à Wieldge près du hameau de Saint Juliaan en Flandre-Occidentale à proximité d’Ypres. Les effectifs du régiment remontent alors à 38 officiers et 1744 hommes de troupe. Ils étaient de 61 officiers et 3128 hommes le 1er août 1914.
Constant est aussitôt affecté à la 5ème compagnie, sous les ordres du sous-lieutenant VALLET. Constant passe son premier Noël loin des siens. Son régiment est relevé dans la soirée du 25 décembre par le 146ème RI. Périodes de repos et séjours en premières lignes se succèdent jusqu’en février 1915 lorsque le 153ème est ramené «en grand repos» aux abords de la frontière franco-belge. Puis, recomplété, et réconforté par quinze jours de repos, il remonte en ligne dans le secteur nord de Zonnebecke. Il quitte ensuite la Belgique au début du mois d’avril 1915.
La première grande offensive tentée depuis la stabilisation du front va être déclenchée en Artois. Parti d’Outkerque, le 153ème gagne par étape la région de Braye et de Mareuil. Il relève, le 146ème RI dans les tranchées au sud-est de Neuville-Saint-Vaast le 28 avril suivant. La bataille d’Artois va commencer. L’objectif fixé par l’état major est de percer le front fortifié ennemi en Artois.
Le 9 mai, à 10h00, après une minutieuse préparation d’artillerie, le régiment bondit hors des tranchées. Il enlève d’un seul élan trois lignes ennemies, prend le hameau de Rietz, pénètre dans Neuville-Saint-Vaast où s’engage une lutte acharnée qui dure plusieurs jours. Après des tentatives sur le bois de la Folie et la lisière nord-ouest de Neuville, le régiment est relevé. 35 officiers et 2.000 hommes sont tombés. Le village est âprement disputé avant d'être conquis de haute lutte par les unités françaises le 15 mai 1915.
Après un court repos, Constant remonte en ligne à La Targette, puis à Neuville-Saint-Vaast. Il doit prendre part à l’offensive générale du 16 juin.
L’attaque générale est déclenchée sur tout le front de la Xème armée à 12h15. Le régiment est échelonné en profondeur pour créer plusieurs vagues d’assaut successives. La 5ème compagnie de Constant et la 6ème compagnie sont en première ligne. Elles se portent en avant sans hésiter. Rapidement, le tir de l’infanterie et des mitrailleuses ennemies dont les positions sont restées intactes malgré le bombardement, les clouent au sol. Ces deux unités sont obligées de regagner leurs parallèles de départ. L’attaque reprend à 19h30 mais elle se solde par un nouvel échec : 56 tués dont 10 à la 5ème compagnie, 239 blessés dont 38 à la 5ème compagnie et 111 disparus dont 26 à la 5ème compagnie.
Le 17 juin, après une préparation d’artillerie qui dure 4 heures, l’attaque reprend à 16h00 mais ne réussit pas pour les mêmes raisons que la veille : 42 tués, 132 blessés et 59 disparus manquent à l’appel.
Une lutte sanglante et acharnée a lieu le 18 juin dans les tranchées dites « du Labyrinthe » ou les positions allemandes sont constituées de galeries souterraines et d’abris fortifiés.
A l’aube du 18 juin 1915, Constant fait partie des 151 soldats de la 5ème compagnie en état de combattre sur un effectif initial de 258 hommes. Il faut à nouveau repartir à l’assaut. Mais c’est un nouvel échec qui coûte au régiment 5 tués, 48 blessés et 2 disparus.
Le 153ème RI est relevé dans la nuit du 18 au 19 juin par le 418ème RI. Au sein du 2ème bataillon, la 5ème compagnie descend des premières lignes pour venir cantonner à Braye. Mais Constant ne figure pas parmi les survivants. Agé de 20 ans, il est déclaré «Tué à l'ennemi» à Neuville-Saint-Vaast le 18 juin 1915.
La ville de Neuville-Saint-Vaast est totalement détruite aux cours des différentes batailles de 1914 et 1915 Elle est entièrement reconstruite après la guerre. Les combats dans les tranchées du Labyrinthe vont se poursuivre jusqu’au 1er juillet 1915. Le 153ème RI est relevé le 2 juillet. Après avoir été passé en revue par le général JOFFRE, il part pour la Lorraine.
Le soldat GRASSINEAU est déclaré «Mort pour la France» suite au jugement déclaratif de décès prononcé par le Tribunal de Paimboeuf et transcrit le 7 septembre 1915 sur le registre de décès de la mairie de Saint-Viaud.
Constant est Inhumé depuis 1919 à Neuville-Saint-Vaast dans la Nécropole nationale « La Targette ». Son corps repose dans le Carré n°6 Rang n° 1 Tombe n°82.
La nécropole nationale de la Targette contient 12 010 sépultures de combattants des deux guerres mondiales dont 3 382 soldats non identifiés rassemblés dans deux ossuaires. Depuis 2023, ce lieu de mémoire est officiellement inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des sites funéraires et mémoriels du Front Ouest de la Grande Guerre.
Constant Grassineau a aussi son nom inscrit au Mémorial de la mémoire « L’Anneau de Lorette »
Hommages à Saint-Viaud :
Monument aux morts.
Tableau d'Honneur.
Plaque commémorative de l’église.
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions
Hommage à Neuville-Saint-Vaast :
Nécropole nationale La Targette
Anneau de la mémoire
L’Anneau de la Mémoire est un mémorial international qui rassemble depuis 2014, près de 580.000 noms de soldats tombés sur le territoire du Nord Pas-de-Calais entre 1914 et 1918.
Nous ne connaissons pas la date du décès de son père Jean Marie, ni de sa mère Victorine Julienne.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Certaines biographies se construisent à partir d’une abondance de souvenirs : photographies de famille, lettres conservées, témoignages transmis de génération en génération, arbres généalogiques patiemment reconstitués. Pour Constant Jean Marie Grassineau, il en va tout autrement.
Constant naît le 26 juin 1894 à Saint-Viaud, de Jean-Marie Grassineau et Victorine Danou. Ses parents sont cultivateurs au lieu-dit la Meilleraie, et le jeune homme choisit à son tour le métier de cultivateur. Il est fils unique. Pourtant, au-delà de ces quelques renseignements administratifs, son univers familial nous échappe presque complètement. Nous ne possédons, à ce jour, aucun récit sur son enfance, aucun souvenir transmis par ses proches, aucune lettre permettant d'entendre sa voix ou celle de ses parents.
C’est l’une des réalités les plus silencieuses de la recherche mémorielle. Toutes les familles ne laissent pas derrière elles une généalogie abondante et documentée. Certaines branches s’effacent peu à peu des mémoires. Il n’y a plus de descendant connu pour raconter, plus de photographie dans un album familial accessible, plus de correspondance précieusement conservée. Les documents restent parfois dispersés dans les archives, mais personne ne vient plus les rechercher parce qu’aucune mémoire familiale vivante ne semble conduire jusqu’à eux.
Constant avait vingt ans lorsque la guerre l’emporta. Sa disparition ne fut pourtant pas seulement celle d'un soldat parmi les milliers tombés en Artois. Derrière son nom se trouvaient un père et une mère, Jean-Marie et Victorine, qui avaient vu partir leur fils pour la guerre et qui ne le virent jamais revenir. Ce que cette disparition représenta pour eux, nous l’ignorons. Les archives militaires consignent une date, un régiment, un lieu et les circonstances d’un décès. Elles ne disent rien du vide laissé dans une maison de la Meilleraie.
Aujourd’hui, Constant repose dans la nécropole nationale de La Targette à Neuville-Saint-Vaast aux côtés de milliers d’hommes tombés sur les champs de bataille du Nord et du Pas-de-Calais.
Mais un nom gravé dans la pierre ou dans le métal ne suffit pas toujours à rendre une existence à celui qui a disparu.
C’est précisément là que notre mission prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de retrouver ceux dont les descendants entretiennent encore le souvenir. Il faut aussi rechercher ceux que plus personne ne semble attendre, ceux dont la famille s’est effacée des mémoires et dont l’histoire ne suscite plus spontanément de recherche.
Constant Grassineau est l’un d’eux.
Nous ne pouvons pas lui rendre tout ce que le temps a fait disparaître. Nous pouvons cependant rassembler les traces qui subsistent, replacer son nom derrière un visage, raconter son parcours et rappeler qu’avant d’être une ligne dans un registre ou une inscription sur un monument, Constant fut un jeune homme de Saint-Viaud, cultivateur à la Meilleraie, fils de Jean-Marie et de Victorine, mort à vingt ans.
Et si personne n’est plus là aujourd’hui pour transmettre sa mémoire familiale, nous sommes là pour que son nom, lui, ne disparaisse pas.