Cette biographie est rédigée par Hervé Closset à partir des JMO et des historiques des régiments. Elle est adaptée à ce support.
GRELLIER Marcel Jean Marie Joseph
Saint-Brévin
1894 - 1918
Soldat au 415ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Marcel est né le 4 décembre 1894 dans le bourg de Saint-Brévin.
Sa mère décède en 1897 alors que Marcel n'a que 3 ans.
Neveu du fondateur de la biscuiterie Saint-Michel, il devient pâtissier.
Malgré une santé fragile, Marcel est mobilisé début 1916.
Il va successivement être affecté au 62ème régiment d'infanterie de Lorient puis au 116ème, au 141ème et, enfin, au 415ème régiment d'infanterie de Marseille.
Il va combattre à Verdun puis en Champagne.
C'est dans le secteur « du Téton» en Champagne que Marcel est tué à l'ennemi le 14 mars 1918.
Marcel Jean Marie Joseph GRELLIER naît le 4 décembre 1894 dans le bourg de Saint-Brévin. Il est le second fils de Félix Pierre Marie et d'Anne Marie Clémentine CHAPRON. Un frère aîné prénommé Félix Julien Joseph Marie a vu le jour en 1893. Un frère cadet baptisé Joseph Antoine Marie suit l’arrivée de Marcel un an plus tard en 1895. Leur père exerce alors le métier de boucher.
Marcel n’a que trois ans lorsqu’avec ses deux frères, il se retrouve orphelin de mère. Anne meurt en 1897, un peu plus d’un mois après avoir mis au monde un petit garçon prénommé Paul qui est mort à la naissance. La jeune femme est âgée de 27 ans.
Leur père se remarie 8 ans plus tard avec Marie Augustine CHIFFOLEAU le 27 février 1905 à Saint-Nazaire. La nouvelle épouse est couturière de profession.
Marcel est pâtissier de profession et domicilié à Tours (Indre et Loire) lorsqu’il se présente une première fois devant le conseil de révision en 1914. Il est alors ajourné pour « faiblesse ». La même chose se reproduit lors d’un second passage devant ce même conseil en 1915. Mais les pertes sont telles, en ces deux premières années de guerre, que Marcel est déclaré « bon pour le service armé » lorsqu’il se présente une troisième fois au début de 1916. Il est incorporé dans les rangs du 62ème régiment d’infanterie de Lorient le 7 avril 1916.
A l’issue de sa période d’instruction dite « des classes », Marcel est désigné pour recompléter les effectifs du 148ème RI. Le 5 février 1917, il se présente au dépôt de ce régiment à Vannes. Trois semaines plus tard, une nouvelle décision le conduit à rallier le 116ème RI, lui aussi cantonné à Vannes, le 21 février. Mais le 15 août 1917, Marcel est muté au 141ème RI de Marseille pour se voir, à la même date, affecté dans un "régiment de marche". C’est en effet le 415ème RI qui l’accueille au sein de la 10ème compagnie du 3ème bataillon.
Le 415ème régiment d'infanterie participe à la dernière bataille en France en novembre 1918 Alors que le reste du front est attentiste en raison des nouvelles concernant les négociations d’armistice, la 163ème Division d'Infanterie (soit plus de 15 000 hommes) est lancée à l’attaque le 9 novembre.
Les derniers tués de la grande guerre appartiennent au 415ème RI.
Ils sont au nombre de 21 soldats morts pour la France dont Augustin TRÉBUCHON, soldat de première classe, agent de liaison du régiment de la 9ème compagnie du 3ème bataillon.
Enrôlé le 4 août 1914, il est tué au combat le 11 novembre 1918 cinq minutes avant le cessez-le-feu.
Ce régiment a la particularité d’être constitué, depuis mars 1915, à partir d’éléments provenant des dépôts des régiments de la 8ème région militaire de Marseille. Les soldats qui le composent sont originaires de Provence, de Bretagne, de Gascogne, du Languedoc et de la région parisienne.
Marcel part rejoindre le front. Il fait partie des renforts destinés à compenser les 48 tués, 193 blessés et 197 disparus du 415ème R.I. Les combats pour la conquête du massif de Moronvilliers à l’est de Reims qui ont duré de la fin du printemps et du début de l’été 1917 se sont avérés sanglants pour le régiment.
Le 30 août 1917, Marcel et ses camarades sont transportés à Verdun. Du 5 au 16 septembre, le 415ème occupe la zone d'Hardaumont, puis à partir du 25, celle de Bezonvaux. Le 1er octobre, une puissante attaque allemande déclenchée après une préparation d’artillerie courte mais très violente, pénètre dans les lignes françaises sur deux points. Des contre-attaques immédiates rétablissent complètement la situation. Le 415ème est relevé le 4 octobre après avoir perdu 32 tués, 305 blessés et 110 disparus. Dans la fureur des combats, beaucoup de ces disparus sont des morts qui n'ont pu être identifiés.
Le régiment de marche est ensuite envoyé occuper le secteur dit « du Téton » dans la Marne le 5 novembre. Là, pendant quatre mois consécutifs, il s’emploie à organiser les positions en multipliant les réseaux et les tranchées, et en réparant les dégâts causés par les conditions météorologiques hivernales. Relevé des premières lignes le 10 mars 1918, il vient travailler à l'organisation des positions de seconde ligne.
Mais, même lorsque les soldats sont en deuxième ligne, le commandement français souhaite mener des opérations qui sont censées entretenir la motivation des troupes. Il faut maintenir une atmosphère de combat sur les fronts jugés trop calmes. Il est alors demandé aux régiments de réaliser des opérations dites « coup de main ». Les « coups de main » sont monnaie courante là où le front semble figé. Ce sont des opérations de petite envergure. Elles sont entreprises sur un front réduit par des effectifs limités et sur une courte période. Leur but principal est d’arracher des renseignements grâce notamment à la capture de prisonniers directement dans les lignes allemandes.
Marcel se porte volontaire pour participer à ce type d’opération dans laquelle il perd la vie le 14 mars 1918. Marcel est déclaré « Tué à l’ennemi » à l’âge de 23 ans sur la commune de Prosnes à l’abri dit « du Téton » dans la Marne. Son corps est récupéré par ses camarades et ramené dans les tranchées françaises.
Equipés de brouettes porte-brancards et de voitures hippomobiles ou automobiles, les Groupes de Brancardiers Divisionnaires (GBD) sont engagés lors des offensives pour augmenter les capacités de brancardage des unités mais également pour jouer le rôle de fossoyeurs. Ce sont des infirmiers du GBD de la 124ème division d’infanterie qui procèdent à l’inhumation de Marcel à Baconnes au cimetière de la Sapinière. (Tombe n°23 Rangée n°17).
Le soldat de 2ème classe Marcel Grellier est cité à l'ordre du régiment le 18 mars 1918 : « Excellent soldat, tombé glorieusement à son poste de combat le 14 mars 1918 au cours de l’exécution d’un coup de main pour lequel il était volontaire ». Cette citation s’accompagne de l’attribution de la Croix de guerre étoile de bronze.
Marcel est déclaré « Mort pour la France » par le jugement déclaratif de décès transcrit le 28 mai 1918 à Saint-Brevin. Rattachée à l’ambulance installée à Mourmelon-le-Petit, une nécropole est créée en 1915. Elle regroupe initialement les dépouilles de soldats morts pour la France lors de l’offensive de Champagne en septembre 1915. En 1931, les restes mortels exhumés des cimetières militaires provisoires de Mourmelon-le-Grand et de La Sapinière à Baconnes sont rassemblés dans la nécropole nationale de Mourmelon-le-Petit. Aujourd’hui, près de 1 495 corps y sont inhumés en tombes individuelles.
Nous n'avons pas d'image de son lieu de sépulture.
Hommages à Saint-Brévin :
Monument aux morts.
Plaque commémorative de l’église.
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions.
Son père, Félix Pierre Marie GRELLIER aurait dû être libéré de toute obligation militaire en raison de son âge. Il est toutefois mobilisé le 20 juin 1915 à l’âge de 46 ans. D ‘abord affecté au 82ème RIT le 28 novembre 1915, il est placé en sursis du 10 avril 1916 au 30 avril 1916 puis du 26 juin 1916 au 2 novembre 1917. Il rejoint les rangs du 230ème Régiment d’Infanterie Territoriale le 13 mars 1917 puis du 147ème RI le 26 juillet 1917. Placé en sursis illimité le 24 octobre 1917 comme charcutier à Saint Brévin, Felix s’éteint le 26 octobre 1920 dans ce même village à l’âge de 50 ans.
Le frère de Marcel, Joseph, est lui aussi pâtissier lorsqu’il est mobilisé dans les rangs du 137ème RI le 17 décembre 1914. A l’issue de ses classes, il se retrouve muté au dépôt du 4ème régiment de Zouaves le 3 juin 1915 avant de partir pour le front le 1er juillet suivant. Cité à l’ordre du régiment le 3 novembre 1916, il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Le jeune zouave est ensuite évacué pour cause de pieds gelés le 19 décembre 1916 ce qui lui vaut une nouvelle citation à l’ordre du régiment le 31 décembre 1916. Il ne rejoint son unité qu’à l’issue de sa convalescence le 21 janvier 1917. Joseph est nommé zouave de 1ère classe le 10 août 1917. Il est blessé au mollet par des éclats d’obus au fort de la Malmaison le 23 octobre 1917. Sa blessure est suffisamment grave pour qu’il ne rejoigne son unité que le 19 avril 1918. De retour au combat, sa vaillance est à nouveau récompensée par une citation à l’ordre de la brigade le 30 septembre 1918. Démobilisé le 14 septembre 1919, le zouave de 1ère classe Joseph Grellier rentre alors dans ses foyers.
Joseph se marie le 18 avril 1922 à Saint-Michel-Chef-Chef, avec Joséphine, Suzanne, Louise, Ernestine AVERTY dont il a 4 garçons et une fille. Décoré de la Médaille militaire le 8 mai 1927, il est classé comme « affecté spécial » en tant que directeur de la biscuiterie Saint Michel, et n’est pas mobilisé en 1939. Joseph meurt le 6 juin 1957 Saint-Michel-Chef-Chef, à l'âge de 61 ans.
Son frère, Félix, exerce la profession de boucher lorsqu’il est appelé sous les drapeaux le 28 novembre 1913 à la caserne du 137ème RI de Fontenay le Comte. Il est nommé caporal 6 mois plus tard, le 27 mai 1914, avant d’être promu sergent « au feu » le 01 septembre suivant. Le sergent Grellier est blessé une première fois à la jambe par éclat de grenade le 30 septembre 1915. Reconnu pour son intelligence et son courage, Felix est nommé sous-lieutenant de réserve à titre temporaire (TT) pour la durée de la guerre le 08 novembre 1916 et passe au 148ème RI à la même date, puis au 91ème RI un mois plus tard, le 03 décembre de la même année. Avec ce régiment, il est déployé en Algérie du 22 décembre 1916 au 02 avril 1917. Cité à l’ordre du 39ème corps d’armée, il reçoit la Croix de guerre avec étoile de vermeil le 10 novembre 1917. Un détachement au camp d’aviation d’Avord l’éloigne provisoirement du front à partir du 10 mars 1918. Il y suit une formation d’observateur aérien. Cette période est entachée par un accident d’avion dont il est victime le 15 juin 1918 et qui lui cause une nouvelle blessure. C’est le 08 novembre 1918 qu’il est promu lieutenant de réserve à titre temporaire. Félix ne rejoint les rangs du 65ème RI que le 19 janvier 1919.
Nommé sous-lieutenant de réserve à titre définitif le 28 février 1919, Félix est démobilisé le 27 août suivant. Avec son frère Joseph, il prend en 1920, la direction de l’entreprise de biscuiterie «Saint-Michel». Il se marie le 26 juin 1922 à Saint-Michel-Chef-Chef avec Constance Eugénie Josephine qui lui donne 3 garçons et 4 filles.
Felix s’éteint le 24 septembre 1970 à Saint-Michel-Chef-Chef à l'âge de 76 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Un régiment de marche est un régiment créé provisoirement, en vue d'opérations militaires, sur la base de recrutements non conventionnels. Ces recrutements peuvent être opérés de trois manières :
1 - Par des prélèvements sur des unités régulières lorsque celles-ci ne sont pas désorganisées ;
2 - A partir d'unités désorganisées, de soldats restés en dépôt dans les casernes ou sortant des hôpitaux, de contingents de nouvelles recrues non formées ou de réservistes ;
3 - par l'enrôlement de contingents étrangers, et dans le cas de l'armée française, de troupes coloniales.
Pendant la première guerre mondiale, les régiments d’infanterie « de marche » métropolitains sont numérotés de 401 à 421. Ils sont en général constitués de trois bataillons.
Il existe aussi des bataillons de marche ou des escadrons de marche dont les effectifs sont plus restreints, et parfois des brigades de marche et des divisions de marche regroupant plusieurs régiments.
Des régiments de marche sont également créés à partir des troupes d'Afrique.
Héritage
Joseph GRELLIER, oncle de Marcel, est maître pâtissier et boulanger à Saint-Michel-Chef-Chef. En 1905, il se lance dans la fabrication de galettes rondes à la fois fondantes et croustillantes qu’il fait cuire dans un four à bois. Elles connaissent rapidement un grand succès sous le nom de « Galettes de Saint-Michel ».
Sa femme décide de vendre ces galettes aux dames de Paris qui viennent prendre des bains de mer sur la côte.
La biscuiterie Saint-Michel est née.
Progressivement, la préparation artisanale laisse sa place la fabrication industrielle.
Le fondateur de la bicuiterie se suicide avec une arme à feu dans sa chambre.
Il est atteint du mal de Pott.
Il s’agit d'une infection d'un disque intervertébral ou des corps vertébraux adjacents, due au bacille de la tuberculose.
Les douleurs étant insupportables et sans possibilité de traitement, il met fin à ses jours le 23 octobre 1912 à 4h00 du matin. (Presse «L'Echo de Paimboeuf» du 27 octobre 1912)
Sans descendance, sa veuve, Constance, a alors demandé à ces neveux Joseph et Félix de reprendre l'affaire à l'issue de la guerre 14-18.
En 1920, les deux frères reprennent la direction de la biscuiterie des « Galettes Saint Michel ».