Cette biographie est rédigée par Marité Briand à partir des JMO et des historiques des régiments. Elle est adaptée à ce support.
RENAUDINEAU Auguste Firmin André
Saint-Cyr
1880 - 1916
Soldat au 287ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Auguste est né en 1880 à Saint-Cyr-en-Retz qui fait partie de la commune de Bourgneuf-en-Retz.
Il est mobilisé le 21 août 1914.
Il passe alors du dépôt du 51ème Régiment d’Infanterie au 268ème RI. En 1916, il intègre le 287ème RI.
Il est tué à l’ennemi le 19 mai 1916 à Verdun dans la tranchée d’Avocourt.
Son père, Auguste Pierre Renaudineau, né en 1851, est cultivateur à Saint-Cyr-en-Retz. Il épouse le 22 juin 1879 Marie Jeanne Renaud, domestique à Saint-Hilaire-de-Chaléons, née en 1857.
Ils ont deux enfants : Auguste Firmin André qui voit le jour le 13 décembre 1880 et Jean Marie Paul André qui naît le 11 mars 1885. Les archives n’indiquent pas d’autre enfant.
Auguste devient un jeune homme d’ 1,62 mètre aux cheveux châtains et aux yeux bleus. Le 6 septembre 1909, à l’âge de 28 ans, il épouse à Saint-Cyr Agathe Alphonsine Louise HERY, née en 1883 dans la même paroisse. Elle a 26 ans. Ils habitent alors dans le village de la Frazelière où il est cultivateur.
Les archives indiquent une seule naissance pour cette union : Jeanne Marie Augustine Agathe Thérèse qui voit le jour le 15 octobre 1911.
Le service militaire
A partir du 15 septembre 1901, il commence son service militaire intégrant le 9ème bataillon de chasseurs à pied. Un certificat de bonne conduite lui est accordé. Il fait ensuite deux périodes d’exercice du 19 août au 15 septembre 1907 et du 28 mars au 13 avril 1911.
Départ pour la guerre
Le 1er août 1914, c’est la pleine moisson. Auguste et sa famille remuent les gerbes de blé sous un soleil cuisant. Soudain, à 16 heures, les cloches se mettent à sonner pour annoncer la mobilisation générale. C’est la consternation. Des crises diplomatiques, il y en avait déjà eu, mais elles s’étaient réglées. Auguste a alors 33 ans. L’armée faisant appel aux hommes ayant entre 20 et 48 ans, il est donc parmi ceux qui doivent partir. Il n’est pas tout de suite mobilisé, mais rappelé à l’activité le 21 août 1914. Comme ses camarades, il part en serrant avec émotion dans ses bras son épouse Agathe et sa petite fille Jeanne qui n’a pas encore trois ans. Mais l’espoir de revenir bientôt est là. On dit que la guerre sera courte.
Il prend le train pour se rendre au dépôt du 51ème régiment d’Infanterie basé à Beauvais dans l’Oise. Un trajet bien long pour un paysan qui n’a jamais voyagé ! Après une période de formation très courte, il est intégré au 268ème Régiment d’Infanterie. On peut penser qu’il prend part aux combats seulement vers la fin octobre 1914. Depuis la mobilisation, le régiment avait participé à la bataille de la Marne, essuyant de nombreuses pertes. Le 21 octobre, il part de Mourmelon pour se rendre à Ypres.
Ypres – octobre/août 1915
La bataille d’Ypres se déroule à un moment décisif de la «course à la mer», lorsque chaque camp tente de déborder le flanc nord et ouest de l’autre, emmenant ainsi le conflit jusqu’à la côte belge.
La première bataille d’Ypres dure jusqu’en novembre, lorsque l’arrivée de fortes intempéries hivernales interrompt les hostilités. Les armées construisent alors des tranchées fortifiées lors de leurs manœuvres, dans lesquelles ils se retranchent. La guerre de mouvement se transforme alors en une guerre de tranchées statique qui dominera la Grande Guerre pendant les années à venir.
A partir de novembre 1914 jusqu’à début avril, Auguste et son régiment se trouvent près d’Ypres. Ils connaissent alors la vie lugubre des tranchées, le froid qui mord les doigts, l’eau qui monte toujours, la boue, les attaques incessantes, la peur.
S’ensuit une période de repos pendant le mois d’avril dans le Pas-de-Calais où on instruit les soldats sur des modifications aux procédés de combats et la mise au point de spécialisations.
Puis, le régiment participe à la deuxième bataille d’Ypres en avril et mai 1915 en Belgique. Les 27, 28 et 29 avril sont d’âpres journées de combats pendant lesquelles ont lieu des corps à corps à la baïonnette. L’artillerie prépare le terrain puis Auguste et ses compagnons s’élancent en dehors des tranchées.
Les combats sont rudes et les Allemands lancent des gaz asphyxiants qui irritent les poumons et provoquent la mort de nombreux soldats.
C’est à Ypres qu’a lieu la première utilisation massive de cette arme nouvelle. Les combats se poursuivent jusqu’à la fin du mois de mai.
L’historique du 268ème RI indique que du 26 mai au 17 août, soit pendant trois mois, les soldats prennent un repos bien mérité sur les plages de Zuydcoote près de Dunkerque. « Conférences, manœuvres, expériences vont de pair avec les jeux et les baignades pour que le 268ème soit capable de conduire les combats du lendemain avec la même énergie que ceux de la veille. » Historique du 268ème RI.
A partir du 17 août 1915, Auguste retrouve les tranchées et les combats à Elverdinghe près d’Ypres dans la plaine de l’Yser.
De janvier à mars 1916, le régiment se bat à Souchez, Notre Dame de Lorette, Ablain-Saint-Nazaire. Puis, il est envoyé à Verdun.
Verdun (1916)
C’est à ce moment-là qu’Auguste change de régiment.
Le 20 avril 1916 il passe au 287ème RI en combat à Verdun dans les tranchées d’Avocourt à l’ouest de Verdun.
Le 3 mai, il intègre le 2ème régiment de tirailleurs.
Le 19 mai 1916, les tranchées françaises d'Avocourt sont écrasées par des tirs d'artillerie lourde ininterrompus. Les abris s'effondrent, les tranchées sont nivelées par les explosions, et la zone est transformée en un chaos de boue et de cratères.
Cette journée du 19 mai sert de préparation violente pour l'ennemi. Les Allemands massent des troupes et tentent des infiltrations à la grenade dans les boyaux de liaison.
C'est le prélude direct de la gigantesque attaque menée le lendemain, le 20 mai, où l'ennemi lancera des vagues d'assaut majeures avec des obus suffocants (gaz) et des Flammenwerfer (lance-flammes) depuis le bois d'Avocourt jusqu'à la route d'Esnes.
C’est justement ce 19 mai 1916 qu’Auguste perd la vie dans les tranchées d’Avocourt. Il avait 35 ans et laisse derrière lui une épouse, une petite fille de quatre ans et des parents éplorés.
Nous ne savons pas où le corps d’Auguste a été inhumé après son décès à Verdun. Cependant, il a été réclamé par la famille et est revenu à Saint-Cyr par le convoi du 24 août 1922 à destination de Bourgneuf. Il a alors eu une tombe dans le cimetière familial. Mais cette sépulture étant à l’abandon ainsi que celle de huit autres soldats, le Souvenir français a voulu que la mémoire de ces hommes reste intacte. C’est pourquoi deux stèles ont été érigées rappelant les noms de ces hommes morts pour la France. Après accord des familles, et sans exhumation des corps, elles ont été inaugurées en juillet 2021.
Hommages à Saint-Cyr :
Monument aux morts.
Plaque commémorative dans l’église de Saint-Cyr-en-Retz.
Hommage à Bourgneuf :
Inscrit sur le Livre d’or du ministère des pensions.
Nous ne connaissons pas les dates de décès de ses parents.
Sa fille Jeanne, née en 1911 est adoptée par la Nation par le jugement du tribunal de Paimboeuf le 31 octobre 1919.
Son frère Jean Marie Paul André est également mobilisé. Il participe à la guerre dans le 65ème Régiment d’Infanterie. Il est mort pour la France à Paris le 12 janvier 1915 à l’Hôpital auxiliaire de la Croix Rouge des suites de la fièvre tiphoïde, maladie contractée en service. Pauvres parents qui voient leurs deux seuls enfants mourir et se retrouvent seuls !
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Dès le 19 novembre 1914, le transport des corps des soldats morts au front est officiellement interdit dans la zone de guerre pour des raisons de logistique, de précautions sanitaires, mais aussi d’équité, toutes les familles ne pouvant assumer le coût d’un tel rapatriement. Mais cette mesure empêche le deuil. L’absence de corps, de cercueil, de tombe est difficile à vivre.
L’armistice n’apporte pas de solution à cette situation. Au contraire, un projet de loi prévoit l’interdiction du transport de corps de militaires pour trois ans à compter du 1er janvier 1919. Une telle mesure est justifiée par les questions d’assainissement des champs de bataille, d’identification des corps, d’organisation de nécropoles nationales. Mais cette décision est très mal perçue par les familles. Des exhumations clandestines sont effectuées dans la zone du front, parfois sans grandes précautions.
Cependant, l’Etat fait marche arrière et par la loi du 31 juillet 1920 autorise la restitution des corps aux frais de l’Etat. La famille doit faire une demande aux autorités, obtenir des papiers officiels. Une fois l’exhumation et l’identification réalisées, le corps est mis en bière dans un cercueil zingué et acheminé par chemin de fer vers une gare de groupement qui régule le transport vers la destination.
Un premier convoi arrive à Nantes le 22 mars 1921 avec 155 corps de soldats dont 36 Nantais. Ils sont exposés dans une chambre mortuaire installée dans la cour du château des ducs. La population vient s’y recueillir.
Entre 1921 à 1926, pour la France entière, entre 250 000 et 300 000 dépouilles sont rendues à leur famille. Pour la Loire-Inférieure, sur 26 484 morts pour la France, 2632 corps sont rapatriés. 77 convois funéraires arrivent ainsi à Nantes jusqu’au 8 août 1927. Des familles peuvent donc se recueillir sur la tombe de leur cher disparu tandis que d’autres reposent dans les nécropoles nationales.
Un premier convoi arrive à Nantes le 22 mars 1921 avec 155 corps de soldats dont 36 Nantais. Ils sont exposés dans une chambre mortuaire installée dans la cour du château des ducs. La population vient s’y recueillir.
Entre 1921 à 1926, pour la France entière, entre 250 000 et 300 000 dépouilles sont rendues à leur famille. Pour la Loire-Inférieure, sur 26 484 morts pour la France, 2632 corps sont rapatriés. 77 convois funéraires arrivent ainsi à Nantes jusqu’au 8 août 1927. Des familles peuvent donc se recueillir sur la tombe de leur cher disparu tandis que d’autres reposent dans les nécropoles nationales.