LERAY Martin Joseph Victor Jean
Chauvé
1885 – 1917
1er régiment de zouaves
Mort pour la France
Martin est né le 8 juillet 1885 à Chauvé.
Il effectue son service militaire en 1906-1907 au 1er régiment de zouaves.
Il se marie à Chauvé en 1912 et a une fille.
Il est mobilisé en 1914 au 1er régiment de zouaves.
Il est tué à l’ennemi le 18 juillet 1918 au Bois de Mauloy à Villers-Hélon (Aisne).
Son père, Honoré LERAY et sa mère Anne BOUYER, couple de cultivateurs unis à Chauvé en 1883, fondent une famille de trois enfants : Martin (1885), Augustin (1888) et Michel (1890), tous nés dans la commune.
Lorsque l'aîné, Martin, voit le jour le 8 juillet 1885, son père exerce désormais le métier de tonnelier au bourg de Chauvé. Martin suit les traces paternelles en adoptant la même profession.
C'est un jeune homme de 1,66 m, aux cheveux bruns et aux yeux roux, lorsqu'il part effectuer son service militaire en octobre 1906 au 1er régiment de zouaves.
Revenu à la vie civile, il épouse Victoire AUDION le 15 avril 1912 à Arthon, la paroisse natale de son épouse. De cette union, une fille unique, Joséphine, naît à Chauvé le 22 août 1918.
Martin est rappelé sous les drapeaux dès le déclenchement du conflit et mobilisé le 11 août 1914 au 1er régiment de zouaves. Il est affecté à la 1ère compagnie de mitrailleuses.
Le régiment est formé à la hâte les 10 et 11 août 1914 à Saint-Denis. Il est constitué d'un mélange de bataillons venus d'Algérie et de réservistes. Dès le 11 août, Martin quitte la région parisienne par le train (gare de Bercy) pour débarquer à Anor, près de la frontière belge.
Après quelques jours de marche par une chaleur accablante à travers la Belgique (Chimay, Cerfontaine, Tarcienne), Martin connaît son baptême du feu le 22 août 1914. À 10h00, son unité reçoit l'ordre d'attaquer le Châtelet. L'élan des zouaves se brise net face à la puissance de feu de l'artillerie et des mitrailleuses allemandes. C'est un carnage et le début de la Grande Retraite.
S'ensuit une longue et éprouvante marche vers le sud-ouest pour échapper à l'encerclement. Martin traverse des journées harassantes passant par Sivry, Sains-du-Nord, puis Ribemont le 29 août où le régiment subit de nouvelles pertes sévères en franchissant l'Oise.
Le recul continue jusqu'en Seine-et-Marne. Mais le 6 septembre 1914, l'ordre de l'offensive est donné. Martin et ses camarades font volte-face.
Le 9 septembre, ils traversent Château-Thierry libérée.
Martin participe activement à la Bataille des Deux Morins, contribuant à repousser l'envahisseur.
Le 12 septembre, le régiment nettoie la ville de Fismes.
Le 15 septembre, après avoir franchi le canal de l'Aisne à la Marne, le régiment attaque vers la ferme Sainte-Marie et s'empare de la cote 100.
Le 17 septembre, Martin rejoint Roucy puis Maizy. C'est le prélude à un secteur qui deviendra tristement célèbre. Dans la nuit du 19 au 20 septembre, le 1er RMZ monte en ligne sur le Chemin des Dames. Il occupe la position stratégique de la ferme de la Creute (aujourd'hui connue sous le nom de Caverne du Dragon).
Martin tient ce secteur difficile jusqu'à la fin octobre, sous les bombardements constants. La ténacité des zouaves à la ferme de la Creute vaudra au régiment une citation à l'ordre du Corps d'Armée.
Fin octobre 1914, le régiment est brusquement déplacé vers le Nord pour la Course à la mer. Le paysage change radicalement : Martin découvre les polders inondés de la Belgique.En novembre 1914, il participe aux violents combats autour de Drie Grachten et Luighem. Les attaques pour prendre le village échouent, le terrain est impraticable.
En décembre 1914, le régiment bascule au sud d'Ypres, dans le secteur de Verbranden Molen. Les conditions sont terribles et les combats du 14 au 17 décembre sont particulièrement meurtriers.
Le 17 janvier 1915, Martin quitte ce secteur d'enfer. Le régiment embarque à Montdidier pour rejoindre la Belgique le lendemain.
Martin est ensuite affecté au 4e régiment de zouaves le 26 janvier 1915. Il ne va sans doute pas y rester très longtemps car on le retrouve de nouveau au 1er RMZ.
Après l'enfer d'Ypres, Martin retrouve la Belgique, mais dans le secteur des dunes de Nieuport, face à la mer, de février à juillet 1915. Si le secteur semble plus stable, le danger reste présent. Le 9 mai, son unité doit repousser une violente attaque allemande. À l'été 1915, le régiment quitte les Flandres pour la Picardie et l'Oise (secteurs de Plessis-de-Roye et Plémont). C'est une période de guerre de position, faite de travaux de terrassement et de tours de garde, qui va durer jusqu'à la fin du conflit.
Le 24 février 1916, alors que la bataille de Verdun vient d'éclater, le 1er RMZ est appelé en urgence. Martin débarque dans la Meuse et monte en ligne le 9 mars dans le secteur de Cumières, sur la rive gauche de la Meuse, l'épicentre des combats les plus féroces (près du Mort-Homme). Durant 10 jours, du 10 au 20 mars, Martin et ses camarades tiennent bon sous un déluge d'artillerie avant d'être relevés, épuisés.
Après un passage dans l'Aisne (Vingré), le régiment est jeté dans la Bataille de la Somme à l'automne.
Le 21 octobre 1916, le 1er RMZ attaque au nord de Chaulnes. Le bataillon de Martin s'empare du « Bois 1 ».
Le 7 novembre, une nouvelle offensive est lancée pour prendre le village de Pressoire. Les combats sont d'une violence inouïe, mais les Zouaves conquièrent le village et le bois Kratz. Pour ces faits d'armes, le régiment est cité à l'ordre de l'armée.
L'année 1917 emmène Martin en Champagne pour la Bataille des Monts. L'objectif est terrible : le Mont Cornillet, une forteresse naturelle observatoire des Allemands.
Le 20 mai 1917, l'assaut est lancé. En 30 minutes, les zouaves submergent les lignes ennemies. Mais le plus dur commence : tenir…
Durant la nuit et la journée du 21 mai, Martin subit des bombardements incessants sur le sommet conquis. Le régiment gagne là une nouvelle citation.
Après un second passage à Verdun à l'automne 1917 (secteur de Cumières encore), l'année 1918 marque le retour de la guerre de mouvement.
En juin 1918, le régiment est dans l'Oise pour la Bataille du Matz.
Le 18 juillet 1918 marque le tournant de la guerre : le Général Mangin lance sa grande contre-offensive depuis la forêt de Villers-Cotterêts pour percer le flanc allemand.
Le 1er RMZ est en pointe de l'attaque. Martin s'élance à l'assaut des lignes allemandes dans l'Aisne. Son bataillon conquiert Villers-Hélon et progresse vers le Bois de Mauloy.
Le 19 juillet, ils prennent le Bois de Mauloy. Les pertes sont lourdes, les zouaves n'ont pas eu le soutien des chars, mais la percée est réalisée. Une nouvelle citation vient orner le drapeau du régiment.
C'est lors de cette progression victorieuse mais meurtrière que Martin est tué à l'ennemi, le 18 juillet 1918.
Il avait 33 ans. Il est Mort pour la France, tombé quatre mois avant l'Armistice, en contribuant à la victoire finale.
À la demande de sa famille, le corps de Martin a été rapatrié. Son cercueil est arrivé en gare de Nantes le 29 juin 1922, avant d'être inhumé à Chauvé. Avec le temps, la mémoire s’est peu à peu effacée et ses restes ont rejoint l'ossuaire communal. Cependant, le 11 novembre 2025, la commune de Chauvé lui a rendu un vibrant hommage : une plaque mémorielle a été inaugurée, gravée du nom de Martin ainsi que de ceux de quatre autres soldats Morts pour la France.
Hommage à Chauvé :
Sur le monument aux morts
le Livre d'Or des Pensions.
L’épouse de Martin, Victoire, décède en 1989 à Chauvé à l’âge de 95 ans.
Sa fille, Joséphine, est née le 18 juillet 1918 à Chauvé soit un mois avant la mort de son père. Elle décède le 14 avril 2012 à Rouans à l’âge de 93 ans.
Son frère, Augustin dit Auguste est mort pour la France le 25 août 1917.
Michel, le petit frère, est aussi mobilisé. Il est sergent, blessé à deux reprises, cité à l’ordre de la brigade puis à l’ordre de la division et décoré de la Médaille militaire. Il se marie en 1920 à Arthon - La Sicaudais avec Marie AUDION née en 1896 (Marie est la sœur de Victoire, l’épouse de Martin). Ils ont une fille, Marie Emilienne Augustine LERAY née en 1921 à Chauvé. Elle décède le 21 février 1956 à Chauvé à l'âge de 34 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Septembre 1914. L'heure n'est plus à la retraite, mais au sursaut national. C'est entre le Grand Morin et le Petit Morin, dans la Brie, que le destin bascule. La Ve armée française et les Britanniques s'engouffrent dans la brèche ouverte allemande. Les soldats, harassés par des semaines de recul, trouvent soudain un second souffle. L'objectif est clair : reprendre les ponts et franchir les rivières coûte que coûte. De Montmirail à La Ferté-Gaucher, les combats de rencontre sont violents et meurtriers. Les arrière-gardes allemandes mitraillent depuis les coteaux, mais elles doivent céder. C'est ici que la manœuvre « du Miracle de la Marne » prend sa forme concrète. En forçant le passage, les Alliés menacent d'encerclement les armées de Von Kluck. L'ennemi plie, recule et abandonne le terrain pour la première fois. Pour le Poilu, c'est la fin du cauchemar de l'invasion et le début de l'espoir. Cette victoire de mouvement fut le pivot décisif qui sauva Paris. Le sol des Deux Morins reste sacré, marqué par le premier reflux de l'envahisseur.