CHAUVELON Martin Louis
Chéméré
1891 - 1914
2ᵉ régiment de zouaves
Morts pour la France
Leur père, Denis Auguste CHAUVELON, est né le 30 octobre 1852 au lieudit « Les Bêchis » à Chéméré. Son père était alors « laboureur » et sa mère, « cultivatrice »
Marie Constance Julie CHAUVELON, qui porte donc le même nom de famille que son futur époux, est, quant à elle, née le 4 mars 1859 au lieudit « La Biche » à Chéméré également. Son père était alors « laboureur » et sa mère « cultivatrice ».
Ils se marient le 16 juin 1878 à Chéméré. Denis est cultivateur avec sa mère à « La Biche » et Marie est également cultivatrice avec sa mère à « La Biche »
Les deux époux ont eu huit enfants : Eugène Denis né en 1880, Adèle Marie née en 1881, Marie Anne Louise née en 1883, Raymond Désiré née en 1887, Eléonore Eugénie née en 1889, Martin Louis né en 1891, Edouard François né en 1894 et Joseph Auguste né en 1896. Les cinq garçons partent à la guerre. Seulement deux vont revenir...
3 trois frères sont Morts pour la France.
Les archives à notre disposition nous ont permis de mettre en lumière le destin tragique de trois de ces enfants : Eugène Denis, Martin Louis et Joseph Auguste.
Martin Louis est né le 25 avril 1891 au lieudit « La Biche » comme son aîné. Ses parents sont toujours cultivateurs.
Il effectue son service militaire à compter du 9 octobre 1912 et enchaînera avec la mobilisation comme soldat de 2ème classe dans le 2ème régiment de zouaves.
Contrairement à ses frères rappelés à l'activité, Martin est déjà en caserne lorsque le tocsin sonne. Il sert donc toujours au 2ème régiment de Zouaves, basé à Granville et Querqueville. Jeune et entraîné, il part pour la frontière dès le 7 août 1914 avec le 1er bataillon, débarquant dans les Ardennes avec l'enthousiasme de la jeunesse.
Martin est le plus jeune des frères CHAUVELON engagés, mais c'est le seul qui est déjà soldat actif quand la guerre éclate. Physiquement, c'est un garçon d'1,68m, aux cheveux blonds et aux yeux bleu foncé. Contrairement aux réservistes qui rejoignent leurs dépôts, lui est déjà prêt. Son régiment est jeté immédiatement vers la frontière belge pour contrer l'invasion.
Le 22 août 1914, Martin connaît son baptême du feu sur la Sambre, lors de la terrible bataille de Charleroi (secteur d'Auvelais et Fosse). Les Zouaves, fidèles à leur réputation, chargent à la baïonnette, mais ils sont fauchés par les mitrailleuses allemandes et l'artillerie lourde. C'est un carnage, mais Martin survit à ce premier enfer.
S'ensuit la Grande Retraite. L'armée française recule jour et nuit sous une chaleur accablante, talonnée par l'ennemi. Le 2ème Zouaves sert d'arrière-garde pour ralentir les Allemands et protéger le repli des autres troupes.
C'est lors de ce repli dramatique, le 1er septembre 1914, que Martin trouve la mort à Thin-le-Moutier, dans les Ardennes. Ce jour-là, son unité est accrochée par l'ennemi (probablement lors d'un combat de retardement près de la Fosse-à-l'Eau ou dans les bois environnants de Signy-l'Abbaye). Dans la confusion de la retraite, Martin disparaît.
Le destin de Martin est donc marqué par une tragédie supplémentaire : il est « porté disparu ». Son corps n'a jamais été retrouvé ou identifié sur le champ de bataille. Il est mort à 23 ans, sans sépulture connue, laissant sa famille dans l'incertitude.
Son décès sera confirmé par un «Jugement déclaratif de décès» prononcé par le Tribunal de Paimboeuf le 23 novembre 1920.
L'histoire de ces 3 frères symbolise l'hécatombe pour certaines familles françaises :
Martin, le plus jeune, part le premier, meurt le premier (1er septembre 1914) dans la confusion de la retraite.
Eugène, rappelé, meurt deux mois plus tard (27 octobre 1914) dans la boue des tranchées naissantes.
Joseph incorpore un nouveau régiment en 1915, connaît l'enfer de Verdun et de la Somme, mais survit à la guerre.
Le corps de Martin CHAUVELON n'a jamais été retrouvé. Faute de sépulture connue, ce site internet constitue son lieu de mémoire virtuel.
Hommage à Chéméré :
Inscrit sur le monument aux morts.
Inscrit sur le Livre d'Or du ministère des pensions.
Eugène est mort pour la France le 27 octobre 1914. Il est le seul à être inhumé dans sa terre natale.
Raymond a effectué son service militaire au 14ème régiment de hussards et y a obtenu son certificat de bonne conduite.
Mobilisé le 3 août 1914, Raymond est soldat, intégré au 51ème régiment d’artillerie. Durand la guerre, il changera plusieurs fois de régiment. Il participe à la seconde bataille de l’Artois. Il sera ensuite de la campagne de la Lorraine à la Champagne entre mars et juillet 1916, Apremont puis viendront l’enfer de Verdun, les Eparges… Son dossier militaire ne fait état d’aucune blessure ni décoration. Il est démobilisé en mars 1919.
Raymond se marie en 1922 et a des enfants. Il décède en 1953 à Chéméré.
Edouard intègre le 5ème régiment d’artillerie de campagne le 3 août 1914. Il vient tout juste d’avoir 20 ans. Il est canonnier conducteur. Il tombe malade le 4 août 1915 . Il est donc réformé. Il se marie et a des enfants. Il décède en 1974 à Sainte-Pazanne.
Joseph est mort pour la France le 3 juillet 1918.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de ces biographies.
D'autres fratries que celle des frères Chauvelon ont été touchées par la première guerre mondiale. Par exemple, les frères Jardot, natifs du Territoire de Belfort, fratrie de cinq soldats français, sont tous tués entre septembre 1914 et juin 1915 et déclarés morts pour la France. Quatre sont tués à l'ennemi. Ils sont l'une des trois fratries françaises ayant officiellement eu cinq tués durant le conflit. Toutefois, beaucoup de membres de familles nombreuses ont dû être mobilisés et il est probable que le nombre de ces grandes familles décimées soit plus important. Au moins une fratrie française a compté six tués : les frères Ruellan de Paramé, un quartier de Saint-Malo.
Source : André Ducasse, Jacques Meyer et Gabriel Perreux, Vie et Mort des Français, 1914-1918, Hachette, 1960