Cette biographie a été rédigée grâce aux recherches des auteurs du livre «Partis pour la Patrie» et aux l'historiques des régiments.
BEILLEVERT Louis Henri Marie
Chéméré
1887 - 1918
178ᵉ régiment d'artillerie de tranchées
Mort pour la France
Henri BEILLEVERT natif de Sainte-Pazanne, épouse à Sainte-Pazanne le 26 septembre 1886, Marie Louise GUILBAUD native de Bourgneuf.
Le couple a 8 enfants : Louis (1887), Marie (1889) Auguste (1891), Alexandre (1892), Jean-Marie (1893), Gertrude (1895), Jean-Baptiste (1896) et Henri (1898). Tous sont nés à Sainte-Pazanne.
Les six garçons seront mobilisés mais seuls 4 en reviendront.
Louis né le 24 juillet 1887 à Sainte-Pazanne.
Il est mobilisé le 3 août 1914 au 22e régiment de dragons .
Il est affecté au 51e régiment d'artillerie de campagne (RAC) le 25 juin 1916, puis au 58e RAC et au 29e RAC
Il intègre le 178e régiment d'artillerie de tranchées le 1er avril 1918
Malade, il décède le 7 septembre 1918 à Chéméré lors d'une permission.
Louis est inhumé dans la sépulture familiale du cimetière de Chéméré.
Portrait de Louis BEILLEVERT extrait de "Partis pour la Patrie". Colorisation IA par JV
Les six frères BEILLEVERT sont partis au combat : Louis (1887-1918), Auguste (1891-1947), Alexandre (1892-1956), Jean-Marie (1893-1917), Jean-Baptiste (1896-1958), Henri (1898-1939). Ils ont 2 sœurs : Marie (1889-1973) et Gertrude (1895-1959).
Louis est donc né le 24 juillet 1887 à Sainte-Pazanne. Il est l'aîné des enfants.
Il a les cheveux châtains, les yeux gris et mesure 1,71m.
Il commence son service militaire le 1er octobre 1908 ; il est affecté au 22e régiment de dragons en garnison à Reims. Il obtient son certificat de bonne conduite et il est renvoyé chez lui le 25 septembre 1910.
Il se marie le 1er septembre 1913 à Chéméré avec Eléonore LOIRAT. Ils ont un fils, Paul, né le 20 mars 1915 à Chéméré.
Louis rejoint le 3e régiment de dragons à la mobilisation. Le 3 août 1914, le régiment quitte son dépôt avec un effectif de 582 brigadiers et cavaliers. Louis se trouve entouré d'hommes de l'Ouest, l'unité se recrutant presque exclusivement en Bretagne et en Vendée. Le départ se fait dans un ordre parfait qui vaut au régiment les félicitations du général commandant le 11e corps d'armée, qualifiant le 3e dragons de « Troupe d'Élite ».
Intégré à la 9e division de cavalerie, Louis participe aux premières opérations de découverte en Belgique, notamment vers Virton et Neufchâteau. Le 20 août, il connaît l'épreuve du feu lors du combat de Neufchâteau où, face à des forces ennemies croissantes et une artillerie violente, le régiment doit combattre à pied et couvrir la retraite.
Après la pénible retraite, Louis participe au sursaut de la Marne. Le 12 septembre, les escadrons repartent en découverte : Louis franchit la Marne à Mairy et participe à la poursuite de l'ennemi vers Courtisols.
La guerre change de visage en octobre 1914. Le régiment est envoyé dans le Nord pour la « Course à la Mer ». Le 31 octobre, Louis et ses camarades sont jetés dans la bataille pour prêter main-forte aux Anglais vers Hollebecke et Wytschaëte. Ce n'est plus une guerre de charge : les dragons laissent les chevaux à l'arrière et montent en ligne avec leurs fusils pour des combats à pied, de nuit, sur un terrain inconnu. Louis combat ensuite sur l'Yser, tenant des tranchées précaires constituées de simples talus face à Bixschoote et Steenstraate, avec l'ordre de tenir à tout prix.
L'année 1915 marque l'enlisement. Louis connaît la vie de secteur dans différentes régions du front : Artois et Oise l’hiver 1915 à Bully-Grenay puis dans les tranchées du bois des Loges.
À l'été 1915, le régiment est envoyé en Alsace, à la frontière suisse, tenant les lignes face à Ammerzwiller.
En septembre 1915, Louis participe à la grande offensive de Champagne. Le régiment attend une percée qui ne vient pas, bivouaquant dans les bois au nord de Somme-Suippe. Il finit par occuper les tranchées de la Cote 193.
L'hiver 1915-1916 se passe dans la forêt de Parroy, sous les bombardements fréquents et les alertes constantes.
Le 16 mai 1916, Louis quitte le régiment. En effet, le 20 mai, la 9e division de cavalerie est officiellement dissoute par ordre du Grand Quartier Général (G.Q.G.). La guerre n'ayant plus besoin d'autant de cavalerie montée, les effectifs sont réorganisés. C'est dans ce contexte que Louis quitte ses frères d'armes dragons pour participer à un stage au centre d’instruction de bombardiers de Blain du 16 au 27 mai 1916 où il est déclaré apte « à faire un bombardier.»
Louis passe au 51e régiment d’artillerie le 25 juin 1916. Il s’agit sans doute d’un complément de formation de bombardier car, le 4 juillet 1916, il passe au 58e régiment d’artillerie de Bordeaux.
A ce moment, le 58e RAC tient le secteur de l'Argonne, au lieu-dit « Four-de-Paris ». C'est ici qu'il découvre son nouveau métier : servir le célèbre canon de 75mm. Loin de la mobilité des dragons, il apprend la guerre de position : l'entretien des pièces dans la boue, les tirs de barrage et la crainte des tirs de contre-batterie allemands. Le 5 octobre 1916, son unité est relevée pour un mois d'instruction intensive et de repos au Camp de Mailly.
Pour son premier hiver d'artilleur, Louis est envoyé dans la Somme. Le jour de Noël 1916, le régiment prend position au sud de Péronne, vers Estrées. Les conditions sont épouvantables : le terrain est détrempé, les chevaux s'embourbent et le froid est mordant. Louis et ses camarades doivent assurer les tirs de soutien dans un paysage dévasté, où la logistique pour amener les obus jusqu'aux batteries est un exploit quotidien. Ils y restent jusqu'à la mi-février 1917.
Après une brève période de manœuvres au camp de Crèvecœur, Louis est plongé dans l'un des épisodes les plus tragiques de la guerre. Le 14 mars 1917, le régiment participe à l'offensive vers Roye, avant de monter en ligne pour la grande offensive du Chemin des Dames en avril. Positionné dans le secteur de Moulins, le 58e RAC appuie l'attaque du 16 avril. Les positions sont décrites comme « difficiles, délicates et dangereuses ». L'artillerie doit avancer sur un terrain chaotique pour soutenir l'infanterie, subissant des pertes sensibles sous le feu ennemi.
Épuisé par l'offensive, le régiment est retiré du front et envoyé au repos dans un secteur plus calme : l'Alsace, dans la région de Dannemarie, à partir de juin 1917. C'est là que Louis passe ses derniers mois au 58e RAC.
Le 1er octobre 1917, Louis est affecté au 29e régiment d'artillerie de Campagne. Ce régiment sort, tout comme Louis, des fournaises de l'année 1917. À son arrivée, l'unité est envoyée dans l'Est, en Lorraine, dans le secteur de Lunéville et de la Chapelotte. Pour Louis, qui a connu l'enfer du Chemin des Dames quelques mois plus tôt, ce secteur offre un répit relatif. La guerre y est moins intense, faite de duels d'artillerie sporadiques et de surveillance, loin des grandes offensives meurtrières. C'est un hiver de boue et de garde, mais où la survie est moins incertaine qu'en Champagne.
Alexandre, le frère de Louis, lui a écrit une lettre à propos de son projet de retrouver la tombe de son petit frère Jean-Marie. Il lui raconte qu'il a traversé la forêt où leur frère est enterré en allant vers les tranchées et met Louis en garde. Il termine avec une demande assez intrigante.
« Le 17 janvier 1918
Mon cher frère,
J'ai reçu de tes nouvelles hier et heureux de te savoir en bonne santé, pour moi il en est ainsi.
Tu me dis que tu es du côté de Berry-au-Bac, je connais très bien les contrées. Tu me demandes où est enterré notre cher frère, mais je crois que c'est impossible à toi de trouver sa tombe. Le bois est grand, il faut y avoir été pour la trouver. Le bois, je crois qu'il est toujours bombardé et c'est pas le bois des chasseurs, c'est le Bois des Chevreux qui se trouve à un kilomètre à gauche du Bois des Buttes que tu as peut-être entendu en parler, le pays le plus près c'est Pontavert. Le bois des Chevreux se trouve à un kilomètre en avant sur les lignes où nous étions aux tranchées quand il a été tué, c'est entre le village de la Ville-au-Bois et le plateau de Craonne. C'est au plateau de Californie et le Bois des Chevreux se trouve à peu près à un kilomètre des lignes. Voilà tous les détails que je peux te donner. Si je connaissais bien le bois, j'aurais pu te dire de quel côté du bois, mais je connais pas très bien. J'ai passé par le bois en montant aux tranchées une fois, enfin, si t'es pas loin, tu feras comme tu voudras, mais je suis à peu près sûr que tu ne le trouveras pas.
J'ai reçu des nouvelles d'Auguste hier et de chez nous. J.B est en ferme. Auguste me dit qu'il sera en France dans un mois si ça marche bien. Rien de plus. Je te serre une cordiale poignée de main. A bientôt. Alexandre Beillevert.
Sur mes adresses ne mets pas Armée d'Italie.» Source : archives familiales «Partis pour la Patrie»
Le début de l'année 1918 marque une révolution dans la vie de l'ancien dragon. Son régiment est choisi pour une transformation majeure : il doit devenir un régiment d'artillerie de campagne Porté (RACP). Concrètement, cela signifie la fin de la traction hippomobile. Pour Louis, qui a commencé la guerre à cheval au 3e dragons, c'est une page définitive qui se tourne. Les attelages qu'il fallait soigner et nourrir sont remplacés par des camions et des tracteurs automobiles capables de déplacer les canons de 75mm rapidement d'un point à un autre du front. En janvier et février 1918, le régiment stationne dans la région de Reims (secteur de Gernicourt, Hermonville), où il s'entraîne à cette nouvelle mobilité, prélude à la guerre de mouvement qui va reprendre.
Le 1er avril 1918, alors que le 29e RAC achève sa mue pour devenir une unité d'intervention rapide, Louis quitte le régiment. Il ne participera pas aux batailles du Soissonnais avec ses camarades. Son destin l'appelle vers une arme encore plus spécialisée et bien plus exposée : l'artillerie de tranchées.
Le 1er avril 1918, Louis rejoint le 178e Régiment d'Artillerie de Tranchées (RAT). Les artilleurs de tranchées, surnommés les « Crapouillots » en raison de la forme de leurs mortiers, font une guerre à part. Contrairement à ses camarades du 58e ou du 29e RAC qui tirent à plusieurs kilomètres des lignes, Louis est désormais positionné en première ligne, au contact direct de l'infanterie. Sa mission est d'écraser les nids de mitrailleuses et les défenses ennemies à courte portée avec des projectiles surpuissants. C'est un métier épuisant et périlleux : les positions de crapouillots sont la cible prioritaire des tirs de destruction allemands.
Louis sert durant les mois cruciaux du printemps et de l'été 1918, marqués par les dernières grandes offensives allemandes et la contre-attaque victorieuse des Alliés. Les historiques du régiment témoignent de pertes régulières durant cette période (tués et blessés en avril, mai et juillet 1918), preuve que les batteries sont constamment exposées au feu. Louis vit dans la boue, les gaz et l'humidité des tranchées, des conditions insalubres qui minent les organismes les plus résistants.
À la fin de l'été 1918, Louis obtient enfin une permission. Il quitte l'enfer du front pour retrouver la paix de son village de Chéméré. Il pense avoir échappé au pire, mais il a ramené la guerre avec lui. Son corps, usé par quatre années de conflit ininterrompu et affaibli par les conditions de vie épouvantables des tranchées, cède face à la maladie.
Il décède le 7 septembre 1918 à Chéméré, entouré des siens, mais victime de son devoir. La mention « Maladie contractée en service » rappelle que ce n'est pas une mort civile : c'est bien la guerre qui l'a tué, lentement, insidieusement, loin des éclats d'obus mais avec la même fatalité. Il avait 31 ans.
Louis repose au cimetière de Chéméré au côtés de son épouse. Sa tombe est entretenue par la famille.
Autres hommages à Chéméré :
Inscription sur le monument aux morts.
Inscription au Livre d'or du ministère des pensions.
Hommage à Sainte-Pazanne :
Inscription sur le monument aux morts.
Son épouse Eléonore décède de 1965. Elle repose aux côtés de son époux à Chéméré.
Son fils Paul, n’a que 5 ans et demi quand son père décède. Il sera prêtre et professeur en théologie, licencié en théologie. Il décède le 27 février 2018 à Bourges.
Marie-Germaine décède en 1973 à Vaugrenay (69) à l'âge de 83 ans.
Auguste est mobilisé. Il épouse Marie LUSTREAU en 1919 à Saint-Hilaire-De-Chaléons. Il est décoré de la médaille coloniale Maroc et de la médaille commémorative de Serbie.
Alexandre est mobilisé. Il épouse Marcelline RENAUD en 1919 à Bourgneuf. Il décède en 1956 à Chéméré à l'âge de 64 ans.
Jean-Marie est mort pour la France le 19 juin 1917.
Gertrude épouse Julien MASSON en 1920 à Chéméré. Elle décède en 1959 à Chéméré à l'âge de 64 ans.
Jean-Baptiste est mobilisé et blessé en 1918. Il est réformé. Il décède en 1958 à Nantes à l'âge de 61 ans.
Henri est mobilisé en février 1918. Il décède en 1939 à Orvault à l'âge de 40 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de ces biographies.
La Grande Guerre opère un véritable basculement dans l’armement. Produits en grand nombre (la France à elle seule en fabrique plus de 300 millions pendant le conflit) les obus sont responsables de 80 % des pertes militaires de la Grande Guerre, toutes nationalités confondues.
(Source : Musée de l'Armée)
Ce que l'on appelle "éclat d'obus" peut être un morceau du projectile lui même (partie ogivale sur la photo de droite) mais aussi, les balles de divers calibres qui se trouvent à l'intérieur de l'ogive (entre 250 et 300 balles qui avaient pour objectif de neutraliser un maximum de soldats). Ces obus dits "Shrapnels" du nom de son inventeur, pouvaient exploser, selon les réglages, juste au-dessus de l'objectif et couvraient une surface de 25 mètres sur 200 mètres pour un seul obus tiré par un seul canon. Les canons installés l'un à côté de l'autre, en batterie selon le terme militaire, au nombre de 4 à 8 canons, pouvaient donc "faucher" une surface de 160 mètres sur 200 mètres.
Ces "éclats d'obus" ont laissé des traces immuables sur les corps des soldats.
L'animation ci-contre montre le fonctionnement de l'un de ces obus "Shrapnel" et l'on comprend mieux l'effet dévastateur qu'il pouvait avoir.