Cette biographie a été rédigée grâce aux recherches des auteurs du livre «Partis pour la Patrie» et à l'historique du 25ᵉ Dragons
BEILLEVERT Jean-Marie Joseph
Chéméré
1893 - 1917
25ᵉ régiment de dragons
Mort pour la France
Henri BEILLEVERT natif de Sainte-Pazanne, épouse à Sainte-Pazanne le 26 septembre 1886, Marie Louise GUILBAUD native de Bourgneuf.
Le couple a 8 enfants : Louis (1887), Marie (1889) Auguste (1891), Alexandre (1892), Jean-Marie (1893), Gertrude (1895), Jean-Baptiste (1896) et Henri (1898). Tous sont nés à Sainte-Pazanne.
Les six garçons seront mobilisés mais seuls 4 en reviendront.
Jean-Marie est né le 13 novembre 1893 à Sainte-Pazanne
Il est affecté le 28 novembre 1913 au 25ème régiment de dragons.
Il est blessé le 28 août 1914 à l'épaule droite par une balle lors d'une reconnaissance faite par son escadron dans les bois de Framont près de Thin (Ardennes).
Jean-Marie est tué à l'ennemi le 19 juin 1917 à la tranchée de Courtine de Tirbach (Craonne). Il est cité à l'ordre du 25ème régiment de dragons.
Jean-Marie est inhumé à la nécropole nationale de Craonnelle, Tombe N° 517
Photo extraite de "Partis pour la Patrie". Colorisation IA par JV.
Les six frères BEILLEVERT sont partis au combat : Louis (1887-1918), Auguste (1891-1947), Alexandre (1892-1956), Jean-Marie (1893-1917), Jean-Baptiste (1896-1958), Henri (1898-1939). Ils ont 2 sœurs : Marie (1889-1973) et Gertrude (1895-1959).
Jean-Marie, né à Sainte-Pazanne le 13 novembre 1893, appartient à la classe 1913. Il part pour son service militaire le 28 novembre 1913, rejoignant le 25e régiment de dragons en garnison à Angers.
Pendant près d'un an, il apprend le métier de cavalier : l'équitation, le maniement du sabre et le fusil. À l'été 1914, il est un jeune soldat de 20 ans, entraîné et prêt, lorsque la guerre éclate.
Le 3 août 1914, son régiment embarque à Angers pour la frontière. Débarqué dans la Meuse, Jean-Marie participe aux premières opérations de couverture en Belgique au sein de la 9e division de cavalerie. Après les premiers combats en Belgique (Neufchâteau) et la pénible retraite qui s'amorce, le régiment combat pour ralentir l'avancée allemande. C'est lors de ce repli dramatique à travers les Ardennes que Jean-Marie est frappé. Le 28 août 1914, son escadron effectue une reconnaissance périlleuse dans les bois de Framont, près de Thin-le-Moutier. Une fusillade éclate : Jean-Marie est touché par une balle à l'épaule droite. Évacué vers l'arrière, il échappe à la capture alors que son régiment continue sa retraite vers la Marne.
Une fois rétabli, Jean-Marie rejoint son unité. Mais la guerre a changé : le 25e dragons est devenu une unité hybride, combattant à cheval mais souvent à pied. Il retrouve ses camarades probablement lors des périodes de tranchées en Lorraine (Forêt de Parroy) ou en Alsace. En mai 1916, son régiment subit une grande réorganisation : il est divisé en deux groupes de combat pour être mis à la disposition des divisions d'infanterie. Jean-Marie doit assurer les liaisons et tenir les secteurs difficiles.
En juin 1917, le destin de Jean-Marie se scelle sur le tristement célèbre Chemin des Dames. Son unité (les escadrons du 25e dragons) est envoyée tenir les lignes dans le secteur de Craonne. C'est un paysage lunaire, bouleversé par l'offensive meurtrière d'avril (l'offensive Nivelle). Les dragons doivent défendre des positions précaires sous un bombardement constant, dans une zone où les contre-attaques allemandes sont incessantes pour reprendre les crêtes.
Le 19 juin 1917, Jean-Marie est en ligne à la tranchée de la Courtine de Tirbach, un point névralgique de la défense près de Craonne. C'est là qu'il est « Tué à l'ennemi », fauché à 23 ans par un éclat d'obus.
Il est cité à l’ordre du 30e bataillon de chasseurs : « Excellent cavalier d’une bravoure et d’un sang-froid remarquables ayant toujours fait preuve des plus belles qualités militaires. Blessé mortellement le 19-6-17 en assurant sous un violent bombardement son service de guetteur».
Le décès de Jean-Marie est annoncé au Maire par le chef du bureau comptabilité du 25e régiment de dragons :
« Dinan le 9 juillet 1917,
J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien, avec tous les ménagements, nécessaires en la circonstance, prévenir M. Beillevert, à la Colinerie, de la mort du cavalier Beillevert Jean Marie du 25e Régiment de Dragons, tombé au champ d'honneur le 19 juin 1917 à la tranchée de Courtine Tirbach, Craonne. Inhumé le 20 juin 1917.
Je vous serai très obligé de présenter à la famille les condoléances de M. le Ministre de la Guerre et de me faire connaître la date à laquelle votre mission aura été accomplie.
Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes sentiments les plus distingués. »
Puis, un second message annonce que Jean-Marie est décédé « des suites de blessures par éclat d’obus à la tête »
…/… Son frère Alexandre écrit une lettre à Louis qui veut retrouver la tombe de Jean-Marie. Il lui raconte qu'il a traversé la forêt où leur frère est enterré en allant vers les tranchées et met Louis en garde. Il termine avec une demande assez intrigante.
« Le 17 janvier 1918
Mon cher frère,
J'ai reçu de tes nouvelles hier et heureux de te savoir en bonne santé, pour moi il en est ainsi.
Tu me dis que tu es du côté de Berry-au-Bac, je connais très bien les contrées. Tu me demandes où est enterré notre cher frère, mais je crois que c'est impossible à toi de trouver sa tombe. Le bois est grand, il faut y avoir été pour la trouver. Le bois, je crois qu'il est toujours bombardé et c'est pas le bois des chasseurs, c'est le Bois des Chevreux qui se trouve à un kilomètre à gauche du Bois des Buttes que tu as peut-être entendu en parler, le pays le plus près c'est Pontavert. Le bois des Chevreux se trouve à un kilomètre en avant sur les lignes où nous étions aux tranchées quand il a été tué, c'est entre le village de la Ville-au-Bois et le plateau de Craonne. C'est au plateau de Californie et le Bois des Chevreux se trouve à peu près à un kilomètre des lignes. Voilà tous les détails que je peux te donner. Si je connaissais bien le bois, j'aurais pu te dire de quel côté du bois, mais je connais pas très bien. J'ai passé par le bois en montant aux tranchées une fois, enfin, si t'es pas loin, tu feras comme tu voudras, mais je suis à peu près sûr que tu ne le trouveras pas.
J'ai reçu des nouvelles d'Auguste hier et de chez nous. J.B est en ferme. Auguste me dit qu'il sera en France dans un mois si ça marche bien. Rien de plus. Je te serre une cordiale poignée de main. A bientôt. Alexandre Beillevert.
Sur mes adresses ne mets pas Armée d'Italie. »
Cité à l'ordre du régiment pour son sacrifice, Jean-Marie repose aujourd'hui parmi ses frères d'armes à la Nécropole Nationale de Craonnelle (Tombe n°517), au pied du plateau de Californie qu'il a défendu jusqu'au bout. Son nom figure également sur la liste d'honneur des pertes du régiment.
Autres hommages à Chéméré :
Inscription sur le monument aux Morts
Inscription dans le Livre d'or du ministère des pensions.
49 - Angers - Historique régimentaire du 25e Régiment de Dragons - 1914-1918
Autre hommage :
Historique régimentaire du 25e régiment de dragons - 1914-1918
Louis est mort pour la France le 7 septembre 1918.
Marie-Germaine décède en 1973 à Vaugrenay (69) à l'âge de 83 ans.
Auguste est mobilisé. Il épouse Marie LUSTREAU en 1919 à Saint-Hilaire-De-Chaléons. Il est décoré de la médaille coloniale Maroc et de la médaille commémorative de Serbie.
Alexandre est mobilisé. Il épouse Marcelline RENAUD en 1919 à Bourgneuf. Il décède en 1956 à Chéméré à l'âge de 64 ans.
Gertrude épouse Julien MASSON en 1920 à Chéméré. Elle décède en 1959 à Chéméré à l'âge de 64 ans.
Jean-Baptiste est mobilisé et blessé en 1918. Il est réformé. Il décède en 1958 à Nantes à l'âge de 61 ans.
Henri est mobilisé en février 1918. Il décède en 1939 à Orvault à l'âge de 40 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de ces biographies.
La Grande Guerre opère un véritable basculement dans l’armement. Produits en grand nombre (la France à elle seule en fabrique plus de 300 millions pendant le conflit) les obus sont responsables de 80 % des pertes militaires de la Grande Guerre, toutes nationalités confondues.
(Source : Musée de l'Armée)
Ce que l'on appelle "éclat d'obus" peut être un morceau du projectile lui même (partie ogivale sur la photo de droite) mais aussi, les balles de divers calibres qui se trouvent à l'intérieur de l'ogive (entre 250 et 300 balles qui avaient pour objectif de neutraliser un maximum de soldats). Ces obus dits "Shrapnels" du nom de son inventeur, pouvaient exploser, selon les réglages, juste au-dessus de l'objectif et couvraient une surface de 25 mètres sur 200 mètres pour un seul obus tiré par un seul canon. Les canons installés l'un à côté de l'autre, en batterie selon le terme militaire, au nombre de 4 à 8 canons, pouvaient donc "faucher" une surface de 160 mètres sur 200 mètres.
Ces "éclats d'obus" ont laissé des traces immuables sur les corps des soldats.
L'animation ci-contre montre le fonctionnement de l'un de ces obus "Shrapnel" et l'on comprend mieux l'effet dévastateur qu'il pouvait avoir.