BERTHOMÉ André Joseph Gustave Marie
Saint-Léger-les-Vignes
1893 - 1914
Soldat au 2ème régiment d’infanterie coloniale
Mort pour la France
Cette biographie est rédigée par Hervé Closset à partir des JMO et des historiques des régiments
André est né le 8 mars 1893.
Il est agriculteur.
Il est incorporé au 2ème Régiment d'Infanterie Coloniale le 28 novembre 1913 de Brest.
Il est donc déjà sous les drapeaux au moment de la mobilisation.
Il va être dirigé vers la Belgique dès le début du conflit.
Il est tué à l'ennemi le 22 août 1914 à Rossignol.
Il est inhumé au cimetière militaire de l'Orée de la Forêt Carré.
André BERTHOMÉ est né le 8 mars 1893 au lieu-dit « Corbon », sur la commune de Saint-Léger-les-Vignes, au sein d'une famille de cultivateurs. Il est le fils d'Eugène BERTHOMÉ et de Marie LEJAY, qui se sont unis par le mariage le 10 janvier 1887 à Bouaye.
Il est le quatrième d’une famille de 6 enfants. L’aîné est un garçon. Eugène Marie Auguste BERTHOMÉ qui est né en 1888. Il est suivi, un an plus tard, en 1889, par une première fille prénommée Marie Alphonsine Eugènie Augustine. Vient ensuite Alphonse Marie Joseph en 1891. Rogatienne Eugénie Marie vient agrandir la famille en 1894. Enfin, en 1900, apparaît Anne Marie Antoinette Augustine qui est le dernier enfant de la famille. Comme ses parents avant lui, André devient agriculteur.
Lorsque vient le temps du service militaire, André est incorporé le 28 novembre 1913 dans les rangs du 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC) de Brest. Le marsouin Berthomé, (comme sont surnommés familièrement les soldats de l’infanterie coloniale), est encore sous les drapeaux lorsque survient la mobilisation générale en août 1914.
A la déclaration de la guerre, le régiment d’André fait partie de la 1ère brigade coloniale de la 3ème Division d'Infanterie Coloniale (DIC).
Le 2ème Régiment d'Infanterie Coloniale est mobilisé à Brest, sous les ordres du colonel GALLOIS, avec un effectif de 3.326 hommes, pour la plupart Bretons d'origine, et 69 officiers. Il quitte cette ville le 8 août 1914 et se rend en chemin de fer jusqu’aux environs de Bar-le-Duc, où il arrive le 10 août.
A pied, il se porte par étapes vers le nord, et arrive le 17 à Chauvency-le-Château, après avoir cantonné à Nubécourt, Souhesmes-la-Petite, Dombasle-en- Argonne et à Liny-devant-Dun. Le 18 août, à Thonne-les-Près près de Liny, le régiment se retrouve aux avant-postes.
Le 21 août, André et ses camarades marchent presque toute la journée. Ils n'ont guère le temps de se restaurer et n'atteignent leur cantonnement qu'à la tombée de la journée, sous une pluie battante, harassés de fatigue.
Le 2ème RIC part de Gérouville à l’aube du 22 août à 7h00. La frontière belge est traversée. L'étape prévue est d'une quarantaine de kilomètres. Le brouillard se lève progressivement et le temps s'annonce très beau. Le 1er RIC est en tête. Le régiment d’André marche derrière lui. Il est suivi par une compagnie du génie, l'artillerie divisionnaire, le 3ème RIC et l'artillerie de Corps encadrée par ce même régiment.
L'ordre préparatoire, reçu dans la nuit, prévoit qu'il faut attaquer l'ennemi partout où on le rencontre. Personne, ni au Corps d'Armée ni à la division, ne croit à un engagement sérieux avant le lendemain ou le surlendemain. L'avant-veille seulement, les aviateurs ont signalé au-delà de Neufchâteau, des colonnes ennemies défilant vers le nord-ouest. Par leur avance rapide, les Français espèrent surprendre l'ennemi en pleine manœuvre et pouvoir l’attaquer sur son flanc.
Vers 7h30, le 2ème RIC se prépare à dépasser le village de Rossignol et à s'engager dans la forêt de Neufchâteau, où le 1er RIC a déjà pénétré. Soudain, des coups de feu partent d'un petit bois à l'ouest de la route. Les Français pensent à un simple engagement de patrouilles. En réalité, le régiment d’André se retrouve jeté dans la bataille de Rossignol qui vient juste de commencer.
Dès 8h00, les 9ème, 10ème 11ème et 12ème compagnies sont partout au contact de l’ennemi. Les blessés refluent de l'avant vers le château de Rossignol. A 9h00, face à la puissance de feu et à la détermination des troupe allemandes, les 1er et 2ème RIC sont complètement engagés. Il n'existe plus de réserve. Rapidement, les 11ème et 12èmecompagnies restent les deux seules unités de repli. Elles font preuve d'une ténacité et d'une endurance remarquables. Durant 6 heures, par leur feu continu, les marsouins empêchent l'ennemi de déboucher de la forêt de Neufchâteau.
Pourtant, dès 9h30, l'encerclement de la 1ère brigade est complet. Les mitrailleuses allemandes font feu de tous côtés, l'ennemi se montrant très actif à l'ouest du village. Vers 14 heures, il dessine un mouvement offensif depuis la forêt de Rossignol. Attaqués par le Nord et par l’Ouest, les Français se replient pied à pied en direction du château où un poste de secours a été installé.
Après 14h00, l’ennemi prononce une attaque terrible sur le village, de trois côtés à la fois, au Nord, à l’Ouest, à l’Est. Le cercle se referme sur les soldats coloniaux français. Vers 16h00, un second mouvement offensif se dessine. L’étau se resserre autour d'André.
L’artillerie allemande intervient en force et les artilleurs coloniaux voient progressivement leurs pièces détruites sous le feu ennemi. Les Allemands envahissent le château et prennent pied dans le village à 18h30. Le combat perd alors peu à peu en intensité.
Poursuivant de plus en plus au-delà de Rossignol, l'ennemi se lance alors à la poursuite des marsouins qui ont échappé à l’encerclement. Le drapeau du 2ème RIC parvient jusqu’à Villers sur Semois.
André est porté disparu durant ces combats. La lutte a été si rude que le journal de marche et d’opération du 2ème RIC a disparu dans la tourmente.
Lorsque le soir tombe, et à la faveur de l'obscurité, quelques centaines d'hommes réussissent à s’échapper par petits groupes pour rejoindre les lignes françaises.
Les restes du régiment se regroupent le 23 août à Gérouville. Ils prennent part à tous les combats durant les replis successifs de l’armée française jusqu’à la Marne. Reformé à Ville-sur-Tourbe, le 2ème RIC participe à la bataille de la Marne qui marque l'arrêt définitif de l’avancée des armées allemandes en France.
Fait rare en ce début de guerre, le corps d’André est finalement identifié et inhumé par les Allemands. André est officiellement décédé le 22 août 1914 sur la commune de Rossignol dans la province de Luxembourg en Belgique. Il est aujourd'hui inhumé au cimetière militaire Français de l'Orée de la Forêt à Rossignol.
Un secours de 150 francs est accordé à monsieur Eugène Berthomé, le père d’André, le 14 septembre 1916.
Le 2ème RIC participe à toutes les grandes batailles de la première guerre mondiale. Il est à juste titre considéré comme un des régiments martyrs de la guerre de 1914-1918. Ses effectifs sont reconstitués plus de dix fois pendant les 52 mois de conflit. On compte dans ses rangs près de 20 000 hommes tués, blessés ou disparus Le régiment reçoit 4 citations à l'ordre de l'Armée ainsi que la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire.
Le 22 août 1914, alors que le combat tourne au désastre et craignant que l'emblème de son régiment ne tombe aux mains de l'ennemi, le marsouin Le Guidec cache le drapeau dans une haie. Quelques mois plus tard, en novembre, une habitante de Villers-sur-Semois, Madame Warnimont, le découvre. Consciente de la valeur inestimable de cette relique, elle l'enferme dans un bocal en verre, qu'elle place à son tour dans une grande cafetière émaillée avant de l'enterrer discrètement dans son jardin, où il demeure à l'abri durant toute la guerre.
Après l'armistice, le drapeau est retrouvé intact. Le 5 mai 1919, il est solennellement restitué au régiment, retrouvant ainsi ceux qu'il avait symboliquement accompagnés dans l'épreuve. Ce geste courageux de Madame Warnimont permit de sauver l'un des plus précieux symboles de l'honneur et du sacrifice des marsouins du 2ème RIC.
Menuisier de profession, Stanislas le Guidec qui a enterré le drapeau du 2ème RIC est né à Pontivy en 1889. Il est fait prisonnier à Rossignol le 22 août 1914. Après avoir passé le reste du conflit dans le camp d’internement d’Amberg en Bavière, il est libéré le 13 décembre 1918. Versé dans la 11ème section d’infirmiers militaires de Nantes, il est démobilisé le 27 juillet 1919. Pendant la seconde guerre mondiale, il combat dans les rangs des Forces Françaises de l’Intérieur au sein du 4ème bataillon du Morbihan du 1er juin 1944 au 31 août 1944.
Le 24 juin 1920, le tribunal civil de Nantes prononce le jugement déclaratif de décès d'André. Dix jours plus tard, le 4 juillet, celui-ci est transcrit à l'état civil de Saint-Léger-les-Vignes, portant la mention honorifique « Mort pour la France ».
Hommage à Saint-Léger-les-Vignes :
Monument aux morts.
Livre d'or du ministère des pensions.
Marie, la mère d’André décède le 1er février 1940 à Saint-Léger-les-Vignes, à l'âge de 75 ans.
Son père, Eugène, meurt le 25 avril 1948 à Saint-Léger-les-Vignes, à l'âge de 88 ans.
Eugène, le frère aîné d’André se marie le 1er juillet 1912 à Saint-Léger-les-Vignes, avec Clémence BUORD dont il a par la suite 3 enfants. Il est mobilisé le 3 août 1914 dans les rangs du 2ème régiment de chasseurs à cheval de Pontivy. Il passe au 2ème régiment de hussards le 10 mars 1915. Il se retrouve muté dans l’artillerie le 15 août 1916 lorsqu’il rejoint les rangs du 116ème RA. C’est au sein de ce régiment qu’il rejoint la zone des armées le 30 décembre 1916. Il est légèrement blessé au visage par éclat d’obus le 19 juin 1917 et évacué le même jour pour être soigné à l’arrière du front. Rapidement rétabli, il regagne le front dès le 28 juin suivant. La mutation d’Eugène au 311ème RA intervient le 1er mars 1918. Enfin, il termine la guerre dans les rangs du 113ème RA qu’il rallie le 1er juillet 1918. Le 19 janvier 1919, une citation à l’ordre du régiment lui vaut d’être décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze quelques mois avant d’être démobilisé le 12 mars 1919. Eugène meurt le 7 novembre 1977 à Saint-Léger-les-Vignes à l'âge de 89 ans.
Marie Alphonsine, sa soeur, décède prématurément le 25 mars 1925 à La Montagne, à l'âge de 35 ans.
Alphonse Marie, son frère, décède prématurément dans sa première année en mars 1892
Rogatienne Eugénie meurt elle aussi prématurément dans sa cinquième année en 1899.
Enfin, la cadette Anne Marie se marie avec Julien Garnier, natif de Chéméré et dont elle a un fils prénommé André qui voit le jour en 1926. Elle meurt en 1990 à Paimboeuf, à l'âge de 89 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
La bataille de Rossignol s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus important connu sous le nom de « surprise de Neufchâteau » qui est une des composantes de la bataille des Frontières. Elle a lieu le 22 août 1914 autour du village de Rossignol, en Gaume (l'extrémité sud-est de la Belgique).
Au matin du 22 août 1914, la 3ème Division d’Infanterie Coloniale constituée de la 1ère et de la 3ème brigade, s’avance en une seule colonne depuis Gérouville en direction de Neufchâteau, tandis qu'à sa gauche, la 5ème brigade suit une route parallèle et distante de moins de 10 kilomètres, vers Suxy et Neufchâteau.
Les évènements résultent de la rencontre, presque à l'aveugle en raison du brouillard matinal, entre les forces allemandes et les forces françaises. Les premières ont reçu l'ordre de marcher vers le sud dans le cadre du mouvement tournant du plan Schlieffen, les secondes vers le nord comme première étape d'une offensive préparée par le plan XVII.
Cet affrontement constitue un terrible échec pour la 3ème DIC qui ignore totalement la localisation des positions allemandes malgré les avertissements des villageois sur l’avancée de leurs adversaires. Suivant les ordres de leur état-major, deux régiments français s’enfoncent dans la forêt qui deviendra leur tombeau.
Au fil des combats, une partie de la division française se retrouve bloquée autour de Rossignol. La 1ère brigade est rejetée de la forêt vers 15h00 et se replie autour du village et à l'intérieur de celui-ci. Le général de division, Raffenel, meurt pendant l'après-midi. Il est aussitôt remplacé par le général de brigade Charles Rondony. Une tentative de retraite des restes de la 1ère brigade est dispersée par une grêle d'obus et de balles.
Après un long pilonnage, l'infanterie allemande donne l'assaut au village de Rossignol en début de soirée. Les soldats français survivants sont faits prisonniers, dont les deux généraux de brigade ; Charles Félix Eugène Montignault et Charles Rondony qui sont tous deux blessés. Le second meurt dans la nuit, tandis que les 36 canons de 75 mm du régiment d'artillerie divisionnaire sont pris par les troupes allemandes.
Cette bataille dite « de rencontre », opposant brutalement des unités françaises et allemandes, se solde par une victoire allemande et entraîne la quasi-destruction d’une des divisions du 1er Corps d’armée colonial français. Trois régiments sont pratiquement anéantis. Les pertes sont particulièrement lourdes : l’armée française compte près de 11 900 hommes mis hors de combat, dont 2 800 tués. Les forces allemandes subissent également des pertes sévères avec environ 3 500 soldats hors de combat, parmi lesquels 1 400 trouvent la mort.
Un général, trois colonels, une centaine d'officiers et plus de cinq mille hommes, dont un grand nombre de blessés, se retrouvent prisonniers de l'ennemi.
Les jours suivants la bataille, le drame se poursuit du côté des civils, Les Allemands terrorisent la population et incendient le village. Une centaine d’habitants de Rossignol sera conduite jusqu’à Arlon où ils seront fusillés. Du 21 au 26 août, plus de 867 civils seront exécutés en Luxembourg belge.