BRIN Georges Jules
Bouguenais
1889 - 1914
Soldat au 144ème régiment d’infanterie
Mort pour la France
Cette biographie, rédigée par Hervé Closset à partir des Journaux des marches et opérations (JMO) et des historiques régimentaires, a été adaptée pour ce support. Elle s'appuie également sur l'ouvrage de Michel Baconnais du Clion, «Quand le pensionnat des Frères des Écoles Chrétiennes devient l'Hôpital Complémentaire n° 65 (1897-1921)», 2015, disponible à la SHPR.
Georges est né le 21 mars 1889 à Bouguenais.
Il devient menuisier comme son père et son grand-père.
Il effectue son service militaire au 118ème régiment d'infanterie de Quimper.
Il se marie en 1912 à Ordonnac en Gironde.
Son épouse attend une fille alors que Georges est mobilisé au 144ème RI de Bordeaux.
Georges et son régiment vont se diriger au nord.
Puis il va vivre la meurtrière retraite qui s'achèvera par la Bataille de la Marne du 6 au 13 septembre 1914.
Georges est blessé le 16 septembre 1914 et décède à Angoulême le 17 octobre 1914.
Georges Jules BRIN est le fils de Paul BRIN et de Marie-Rose MÉTAYER. Il naît le 21 mars 1889 au village des Couëts, sur la commune de Bouguenais, où son père exerce le métier de menuisier tandis que sa mère est couturière.
Sixième enfant de la famille, il est précédé par deux sœurs jumelles, Marie Pauline et Marie Reine, nées en décembre 1882 au lieu-dit Les Couëts. Deux ans plus tard, en 1884, naît Louise Constance.
Le premier garçon de la fratrie, Paul Georges, voit le jour en 1886. Il est suivi, en 1887, par Marguerite Désirée, dernière fille de la famille.
Après la naissance de Georges, un dernier enfant, Ferdinand-Paul, naît le 15 juin 1892. Le jeune garçon décède malheureusement dix-sept mois plus tard, le 19 novembre 1893.
Georges choisit de devenir menuisier comme son père et son grand-père paternel avant lui.
Et c’est en tant que tel qu’il est appelé sous les drapeaux le 1er octobre 1910. Il est incorporé à la même date dans les rangs du 118ème régiment d’infanterie de Quimper.
Aidé par sa formation de menuisier, Georges est nommé caporal sapeur le 24 septembre 1911 avant d’être libéré de ses obligations militaires et de passer dans les rangs de la réserve de l’armée d’active le 1er octobre 1912.
De retour dans ses foyers, Georges part travailler à Ordonnac en Gironde. C’est dans ce village qu’il épouse Pétronille Ida RENOU deux mois plus tard, le 26 novembre 1912. A partir de cet instant, les évènements vont s’enchaîner très rapidement dans la vie de Georges.
Suite à son changement de domicile et à son installation à Ordonnac, il se voit rattaché à la subdivision militaire de Bordeaux le 4 mars 1914. Un peu plus d’un mois plus tard, il perd son père Paul qui meurt le 27 avril 1914 à l'âge de 61 ans.
Alors que son épouse est enceinte et à quelques semaines seulement de son accouchement, Georges est mobilisé dans les rangs du 144ème RI de Bordeaux le 3 août 1914. Dès le 5 août 1914, son régiment quitte la caserne Xaintrailles et s’embarque en trois échelons à la gare de La Bastide.
Le 7 août, Georges et son régiment se rassemblent dans la région de Vaucouleurs dans la Meuse. Les journées suivantes sont occupées par des déplacements nombreux (Saulxures-lès-Vannes, Colombey-les-Belles, Dieulouard, Marbache, Andilly, Royaumeix) nécessités par la concentration du 18ème corps d’armée. Le 144ème RI, comme les autres régiments intégrés à ce corps d’armée, est placé en réserve du groupe d’armées de l’Est.
Mais la mission de ces troupes change le 18 août. Georges et son régiment sont transportés par voie ferrée sur le théâtre d’opérations du Nord. Ils débarquent à Sains-du-Nord le 20. Le régiment gagne ensuite Thirimont et se porte en avant le 23, afin d’empêcher toute incursion de l’ennemi sur la rive droite de la Sambre dans les secteurs de « Leers et Fosteau » et « Biersee ». La traversée de Leers et Fosteau s’effectue sans incident. Pourtant, dès l’arrivée des têtes de colonne aux lisières nord du village, l’artillerie ennemie ouvre un feu violent sur les soldats français. Les combats qui se succèdent tout au long de la journée amènent au final le régiment à se replier sur ses positions de départ sous le feu des obus allemands. Au soir, on déplore côté français 14 tués, 280 blessés et 38 disparus.
Le 24 août, confronté à une artillerie et une infanterie allemande largement supérieures en nombre, le régiment reçoit une nouvelle fois l'ordre de se replier. Il doit toutefois assurer des combats d'arrière-garde afin de ralentir autant que possible la progression de l'ennemi. À l'issue de cette journée éprouvante, le bilan s'alourdit encore : 12 hommes sont tués, 41 blessés et 83 sont portés disparus.
Et le recul du 144ème RI se poursuit tout en disputant le terrain pied à pied à l’ennemi. Le repli dure jusqu’au 30 août. L’état-major demande alors au régiment de Georges de se préparer à effectuer une contre-attaque. Mais le 1er septembre, sous la pression allemande, la retraite doit se poursuivre en direction de Laon qui est contournée par l’Est.
Combattre dans une unité en pleine retraite et au milieu des combats ne constitue pas une situation propice à la réception du courrier. On ne sait donc pas où et quand Georges apprend la nouvelle de la naissance de sa fille Marie Rose à la date du 21 août 1914.
Le 2 septembre, sous le feu de l’artillerie ennemie, il faut prendre la direction des ponts qui enjambent la Marne. Elle est franchie le lendemain matin à 5h00 au niveau de Dormans. La retraite continue tout en menant des combats retardateurs sous l’action constante de l’artillerie adverse qui accompagne ses troupes au plus près de la ligne de feu. Le village de Bois Frais, à l’est de La Ferté Gaucher, dans la Marne, marque le point ultime de la retraite du 144ème RI.
Placé en réserve dans la forêt de Flaix, Georges et ses camarades reprennent l’offensive le 6 septembre vers 19h00. Ils reçoivent alors l’ordre de se porter en avant en direction de Villiers-Saint-Georges où il bivouaque à 23h00. Profitant du flou qui apparaît dans les décisions tactiques de l’armée allemande avec le début de la bataille de la Marne, le rythme de la poursuite française s’accélère. Le 7 septembre à 6h00, c’est la traversée de Villiers-Saint-Georges pour prendre position au sud de Montceaux-lès-Provins.
L'offensive se poursuit le 8 septembre. Ce jour-là, le 144ème RI s'empare des ponts de Vinay ainsi que de celui franchissant le Petit-Morin à Montcenis. Cette progression se paie toutefois au prix de lourdes pertes : 2 hommes sont tués, 47 blessés et 1 porté disparu. Le soir, Georges bivouaque à Venchères.
Les territoires abandonnés au cours de la retraite sont reconquis les uns après les autres. La première victoire a redonné confiance aux hommes. Le 13 septembre au soir, alors que le régiment assure la protection du flanc de la division, le 2ème bataillon du commandant BESSAN s'empare de Craonne par surprise. Cette opération coûte néanmoins 6 tués, 47 blessés et 21 disparus dans les rangs français.
Mais la résistance de l’armée allemande se durcit au fil des jours. L’avance française est enrayée dès le lendemain. L'ennemi, qui a reçu d'importants renforts venant de Belgique, se montre résolu à arrêter coûte que coûte la marche en avant des fantassins du 144ème. Le 14, ce sont à nouveau 14 tués, 61 blessés et 4 disparus qui sont enregistrés.
Un violent combat est livré le 15 septembre au bois de la Ville-au-Bois. L’objectif est de rejeter l'ennemi qui vient de s'en emparer.
Une vigoureuse contre-attaque à la baïonnette repousse les Allemands loin des lisières. Mais le succès ne peut être exploité en raison des tirs nourris des mitrailleuses et de l’artillerie adverse. Les mouvements de troupe sont paralysés et les pertes du côté français sont lourdes avec 27 tués, 93 blessés et 33 disparus.
Le 16 septembre, en une seule journée passée dans les tranchées de première ligne de la tête de pont située au nord-est de Pontavert, le 144ème RI enregistre de lourdes pertes : 16 tués, 99 blessés et 14 disparus. Les combats s'intensifient encore les jours suivants. Malgré la pression constante de l'ennemi, le régiment parvient à maintenir ses positions durant toute la journée du 17 septembre. Le bilan est une nouvelle fois particulièrement lourd, avec 16 tués, 97 blessés et 52 disparus dans les rangs du 144ème RI. Parmi les blessés figure le caporal Georges BRIN.
Évacué de la ligne de front par les brancardiers régimentaires, Georges est envoyé dans le poste de premiers secours le plus proche situé à 1 ou 2 kilomètres des combats. Là, il reçoit les premiers soins sommaires, avant d’être conduit vers une ambulance installée à 10 ou 20 km de là.
Georges se voit remettre une fiche de blessure qui précise la nature de la blessure et les premiers soins donnés. Cette fiche est attachée à ses vêtements. Elle constitue le premier instrument de « tri ».
Le tri est l’opération indispensable à l’organisation des soins. Selon l’urgence de son état, le blessé est ensuite envoyé soit vers un centre spécialisé (notamment pour la chirurgie faciale) à 25 ou 30 km de la ligne de front, soit vers des hôpitaux d’évacuation à 100 ou 200 km.
Classé comme devant subir des opérations secondaires ou des soins spécialisés, Georges est muni d’une fiche d’évacuation spécifique avant d’être transféré par train sanitaire vers un hôpital de la zone de l’intérieur. Pour le soldat Brin, ce sera un établissement d’Angoulême.
Georges se retrouve hospitalisé à l’hôpital temporaire de la caserne Taillefer. Son épouse et sa petite qui vient de naitre, vivent à Ordannac. Le trajet en train depuis ce village jusqu’à Angoulême dure environ 4h00. On ne sait pas si Petronnille a eu le temps de présenter le bébé à son père avant son décès.
Georges s’éteint des suites de ses blessures à l’hôpital Taillefer d’Angoulême à l’âge de 25 ans, le 17 octobre 1914 à 9h00 du matin. Le caporal Brin est déclaré « Mort pour la France » à la suite de l’ajout de cette mention sur le registre de décès de la ville par le greffier du tribunal, d’Angoulême le 9 août 1915.
Pétronille, sa veuve, se voit officiellement attribuer une pension de veuve de guerre à la date du lendemain du décès de son mari.
Le décès de Georges aurait dû être transcrit à Bouguenais, mais nous n'en avons pas trouvé trace.
Hommage à Bouguenais :
Monument aux morts.
Livre d'or du ministère des pensions.
Hommage à Ordonnac (33) :
Monument aux morts
Sa mère Marie Rose perd ses deux fils durant la guerre décède le 10 novembre 1923 aux Couëts sur la commune de Bouguenais, à l'âge de 63 ans.
Sa veuve, Pétonille, devient buraliste lorsqu’ elle se remarie le 19 octobre 1919 à Ordonnac, avec Bernard JUSTES un débitant de cette même commune dont elle n’a pas d’enfant. Elle décède le 11 avril 1971 Ordonnac, à l'âge de 86 ans.
Devenue pupille de la nation, sa fille Marie se marie à Ordonnac le 1er juin 1936 avec Jean René LANTRES. Elle s’éteint le 1er octobre 2007 à Arcachon, à l'âge de 93 ans. Elle est inhumée à Ordonnac.
Sa soeur, Marie Pauline se marie en 1918 aux Sables-d'Olonne, avec Jean Louis Adrien NICOLAS. Le jeune homme est sergent au 45ème RI. Il devient par la suite chef de traction dans une aciérie de la région nantaise puis débitant. Devenue mère de deux enfants, elle décède à Issé à une date inconnue.
Sa soeur Marie Reine devient couturière. Elle se marie le 3 juin 1901 à Bouguenais avec Eugène Martin GAUTIER (1873-1928) Le couple a un fils. Marie Reine décéde le 7 avril 1969 à Nantes à l'âge de 86 ans.
Sa soeur Louise Constance se marie le 18 novembre 1919 à Bouguenais, avec Edmond Jean Louis OEUVRARD, dessinateur. Le couple a un fils en 1920.
Son frère Paul Georges devient lui aussi menuisier. Encore célibataire en 1914, il est domicilié au n° 42 de la rue Richard Lenoir à Paris à la mobilisation. Mobilisé comme sergent au 264ème RI, il est blessé le 15 septembre 1914 à « Moulin-sur-Toutvent » lorsqu’un éclat d’obus lui perfore le bras droit. De retour au combat après sa convalescence, Paul est porté disparu le 16 juillet 1916 à Estrées, (Somme) à l'âge de 30 ans. Par la suite, il reçoit à titre posthume en 1921 la Croix de guerre avec étoile de bronze et la Médaille militaire. (A.M du 31 décembre 1921 paru au J.O du 04 août 1922)
Sa soeur Marguerite Désirée épouse à Nantes Maurice Emile BLANCHET. L'union a lieu le lendemain de la mobilisation, le 3 août 1914. Maurice est employé de commerce. Le jeune couple réside au n°1 de la place de la Duchesse Anne à Nantes et a deux enfants. Marguerite s’éteint le 23 août 1955 dans le 4ème arrondissement de Nantes, à l'âge de 68 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Au début de la Première Guerre mondiale, le service de santé militaire français est conçu pour une guerre courte et des blessures principalement causées par des balles. La réalité est tout autre : la guerre s'installe dans la durée et les éclats d'obus provoquent des plaies graves, profondes et souvent infectées. Le système d'évacuation, fondé sur le principe d'un transfert rapide des blessés vers l'arrière sans véritable traitement sur place, se révèle rapidement inadapté.
Les premiers secours sont assurés dans les postes de secours installés au plus près du front. Les blessés y arrivent souvent après un long transport sur brancard, parfois même en rampant. Ces postes servent essentiellement à trier les victimes et à prodiguer des soins d'urgence très sommaires (pansements, morphine lorsque disponible), sans possibilité de pratiquer une véritable chirurgie.
Les blessés sont ensuite dirigés vers les hôpitaux de campagne, puis vers les hôpitaux de l'arrière, souvent installés dans des écoles, des châteaux ou des bâtiments réquisitionnés. Les évacuations s'effectuent par ambulances puis par trains sanitaires, dont les conditions de transport sont souvent déplorables : wagons vétustes, manque de personnel médical, trajets très longs et inconfortables aggravant fréquemment l'état des blessés.
Face à l'ampleur des pertes, les insuffisances du dispositif apparaissent dès les premiers mois du conflit. Les médecins dénoncent une organisation inadaptée, fondée sur « l'évacuation à outrance », qui retarde les interventions chirurgicales et favorise les infections, notamment la gangrène. De nombreux soldats meurent faute d'avoir été opérés suffisamment tôt.
Sous l'impulsion de médecins comme Claudius Régaud et du sous-secrétaire d'État Justin Godart, une profonde réforme du service de santé est engagée à partir de 1915. Les équipes médicales sont renforcées, le tri des blessés est amélioré grâce aux fiches d'évacuation, des blocs opératoires mobiles (« autochirs ») sont installés près du front et le nombre de trains sanitaires augmente considérablement, passant de cinq en 1914 à près de 190 en 1918.
Les témoignages d'infirmiers et de médecins, notamment celui de Lucien Pitolet, décrivent des scènes d'une extrême violence : des centaines de blessés attendant des heures sous le soleil, des opérations réalisées sur des installations de fortune, des trains bondés et des souffrances interminables. Ils illustrent l'immense dévouement du personnel médical, mais aussi les limites d'un système longtemps dépassé par l'ampleur sans précédent des combats.
En définitive, le parcours d'un blessé durant la Grande Guerre est souvent un véritable combat contre le temps. Ses chances de survie dépendent autant de la gravité de sa blessure que de la rapidité de son évacuation, de la proximité des secours et de la capacité des services de santé à le prendre en charge avant que l'hémorragie ou l'infection ne deviennent fatales.
Source : Michel Baconnais - «Quand le pensionnat des Frères des Ecoles Chrétiennes devient L'Hôpital Complémentaire. Nº65. 1897-1921» - 2015