PRÉNEAU Jean Pierre Marie
Saint-Philbert-de-Grand-Lieu
1884 - 1916
2ème et 3ème Régiment d’Infanterie Coloniale
Mort pour la France
Cette biographie a été rédigée par Marité Briand à partir des JMO et des historiques des régiments.
Jean-Pierre naît le 7 mars 1884 à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.
Il est d’abord incorporé au 2ème régiment d’infanterie coloniale avec lequel il combat dès le 3 août 1914.
En 1916, il intègre le 3ème régiment d’infanterie coloniale.
Il décède le 26 février 1916 lors du naufrage du Provence II en Méditerranée.
Son père, Jean Marie PRÉNEAU, cultivateur, épouse à Saint Colomban le 18 novembre 1877, Félicie Séraphie AIRIAU native de cette même commune. Ils habitent à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu dans le village de Lottry. A notre connaissance, ils n’ont qu’un seul enfant, Jean Pierre, né le 7 mars 1884.
Jean Pierre devient comme son père cultivateur. Il se marie le 15 juin 1914 avec Rose Anne Guillou à Saint Colomban. Apparemment, il n’a pas de descendance.
Jean-Pierre fait son service militaire à partir d’octobre 1905 où il est classé soldat de 2ème classe au sein du 101ème Régiment d’infanterie. En octobre 1906, il passe en 1ère classe. Le 28 septembre 1907, il a fini son service militaire et passe dans la disponibilité de l’armée active. Un certificat de bonne conduite lui est accordé.
Sa fiche matricule indique qu’il a les cheveux châtain foncé, les yeux marron et qu’il mesure 1,70 m, ce qui est grand pour l’époque.
Le 3 août 1914, il est rappelé à l’activité. La guerre est déclarée. Quel déchirement pour cet homme de 30 ans, marié seulement depuis environ un mois !
Dans quel corps d’armée entre-t-il ? La fiche matricule indique deux destinations : le Régiment d’infanterie de Granville et le 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale. Le doute est permis. Il semble que vraisemblablement il passe au 2ème RIC puisqu’en 1916, il intègre le 3ème RIC.
Les régiments d’infanterie coloniale sont constitués de soldats français métropolitains souvent issus des ports et régions côtières, de soldats indigènes recrutés dans les colonies (tirailleurs sénégalais d'Afrique de l'Ouest, malgaches, indochinois, somalis...). Les officiers et sous-officiers sont majoritairement français métropolitains.
Le 8 août 1914, le 2ème RIC basé à Brest est transporté vers le nord pour participer à la bataille des frontières. Jean Pierre, dans le train, est angoissé de ce qui l’attend. Le 22 août, il connaît l’épreuve du feu. En août, les combats de Rossignol, à l’extrémité sud-est de la Belgique se révèlent d’une extrême violence : 2 850 hommes y périssent. Jean Pierre est horrifié de ce qu’il voit. Néanmoins, son patriotisme l’aide à tenir.
Vient ensuite la retraite. Les armées françaises reculent devant l’ennemi jusqu’au sursaut de la bataille de la Marne qui permet de stopper l’avancée allemande. Jean Pierre est heureux que ses efforts aient contribué à arrêter l’ennemi malgré de lourdes pertes. Exsangue après ces combats, le régiment est reconstitué le 17 septembre, réduit désormais de trois à deux bataillons seulement.
Le front se fige peu à peu. Fin 1914, Jean Pierre et ses camarades sont alors dirigés vers l’Argonne où ils vont vivre de violents combats, notamment au Bois de la Gruerie.
C’est dans cette région forestière et escarpée que le régiment reste une grande partie de l’année sous le feu de l’ennemi. En juillet, la bataille du Bois Baurain tourne au carnage. 1322 hommes sont tués, selon l’historique du 2ème RIC.
En septembre, le régiment est transféré en Champagne. Le 25, une grande offensive se déclenche. Jean Pierre connaît à nouveau l’horreur dans le secteur du moulin de Souain.
Après la bataille de Champagne, Jean Pierre et son régiment sont transférés dans l’Oise.
A titre indicatif, pendant les années 1914 et 1915, le régiment a reçu en renfort environ 14 000 hommes !
Le destin de Jean Pierre bascule le 7 février 1916, date à laquelle il intègre le 3e Régiment d’Infanterie Coloniale. Il est alors destiné à l’armée d’Orient.
A la fin de l’année 1914, le front occidental est figé. L’ouverture d’un nouveau front est alors envisagée surtout par les Britanniques, Joffre étant réticent à dégarnir la France.
Une opération est envisagée sur les Dardanelles pour porter secours à l’armée serbe, en espérant que la Bulgarie, la Roumanie et la Grèce encore neutres fin 1914 rejoignent les alliés. Il s’agit également d’aider la Russie pour qu’elle puisse avoir un accès à la mer Noire, les détroits du Bosphore et des Dardanelles étant contrôlés par l’Empire ottoman entré en guerre le 1er novembre 1914 au côté des puissances centrales (Allemagne-Autriche-Hongrie). Entre février et octobre 1915, les alliés affrontent les Turcs dans le détroit des Dardanelles. Mais l’échec est cuisant.
Les Français et les Britanniques se replient alors sur Salonique rejoints par l’armée serbe. Un camp s’y établit dont les conditions de vie sont épouvantables. De là, des offensives sont lancées. C’est pourquoi des renforts arrivent. Le 23 février 1916, le navire « Le Provence II » embarque à Toulon environ 2 000 hommes à destination de Salonique.
C’est un paquebot construit aux chantiers de Saint-Nazaire et mis en service en 1906. Il fait 190 mètres de long, plus de 13 000 tonneaux. Avant la première guerre mondiale il assure principalement des liaisons entre Marseille et l’Afrique du Nord (Alger, Tunis), ainsi que des dessertes vers le Levant.
Il transporte des militaires rejoignant leurs garnisons d’Afrique du Nord, des familles de colons, des travailleurs migrants, des fonctionnaires coloniaux, des marchandises et du courrier. Les passagers sont répartis en trois classes de la plus luxueuse à la plus modeste. Il est conçu selon les normes les plus en pointe pour l’époque.
En août 1914, ce navire est réquisitionné avec son équipage et armé en croiseur auxiliaire.
En 1914, il participe à la surveillance maritime du sud-est de la Sicile et en 1915, il effectue six voyages pour transporter des troupes vers les Dardanelles pour le Corps expéditionnaire français.
Le 23 février 1916, il appareille de Toulon pour Salonique avec près de 2000 passagers, provenant pour la plupart du 372e régiment d’infanterie et du 3e régiment d’infanterie coloniale. Jean Pierre fait partie de ceux-là. Pour lui, c’est l’aventure : jamais il n’est monté sur un bateau aussi gigantesque ni aussi luxueux.
Il a un peu le mal de mer au début, puis il s’habitue à voir cette immensité bleue qu’est la Méditerranée.
Le voyage s’écoule paisiblement. Le 26 février vers 15 heures, il se trouve au sud de la Grèce au large du cap Matapan.
Un bruit assourdissant retentit alors. Un sous-marin allemand U 35 commandé par Lothar von Arnaud de La Perrière vient de torpiller le bateau. Une gigantesque gerbe d’eau heurte la coque du navire. L’évacuation est immédiatement ordonnée par le commandant, provoquant une grande panique chez les hommes qui en majorité, ne savent pas nager. Les canots de sauvetage sont mis à la mer mais tous ne pourront pas y accéder. Jean Pierre voit alors sa dernière heure venue. Il pense avec tristesse à ses parents, à sa femme chérie avant de périr dans les flots.
Le navire coule en un quart d'heure à la verticale, entraînant dans sa perte de 1220 hommes. (vous pouvez retrouver le moteur de recherche des 1220 victimes identifiées grace à nos recherches ICI)
Voici le récit du naufrage d’après l’Historique du 3ème régiment d'infanterie coloniale
« Les actes de courage furent nombreux au cours du sinistre : officiers et hommes rivalisent d’ardeur, de dévouement et d’abnégation en organisant le sauvetage. Signalons le capitaine Dody, de la 2e compagnie, qui fait embarquer lui-même ses hommes dans les canots, refusant, à plusieurs reprises, la place qui lui était offerte et qui ne se jette à la mer qu’au dernier moment, où il a trouvé la mort. Malgré le froid excessif, beaucoup continuent à lutter contre la mort autour de l’endroit où vient de disparaître à jamais le bateau. Nombreuses sont les embarcations, nombreux sont les hommes accrochés à des planches, à des poutres, à des balles de paille, qui luttent contre la mer, complice inconsciente qui achève le crime du pirate boche. La température s’abaisse et beaucoup de nos soldats, qui se croyaient sauvés, sont trahis par leurs forces et succombent, malgré l’inlassable dévouement de leurs compagnons d’infortune. C’est ainsi que, sur les 22 survivants qui étaient dans le canot de l’adjudant-chef Fradin, 16 meurent fous. A la nuit, le sous-marin ennemi, qui ne s’était pas éloigné du lieu du crime, vient éclairer, avec son projecteur, les quelques survivants qui continuent à lutter contre le destin ; il disparaît sans leur porter secours. Ces rescapés sont recueillis dans la journée du lendemain 27 ; il y en a qui ne sont recueillis que le 28. Divisés en deux groupes qui sont dirigés : 200 environ sur Malte, sous le commandement du capitaine Berthomié ; 300 sur Milo, puis sur Mytilène. »
Le décès de Jean Pierre est transcrit le 6 septembre 1917 par le tribunal de Cherbourg.
Hommage à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu :
Monument aux morts
Tables mémorielles dans l’église.
Nous n’avons pas d’information sur le décès de son père Jean-Marie né le 12 octobre 1844 à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.
Sa mère, Félécité Séraphie née le 26 février 1854 décède à Saint-Colomban le 18 avril 1923.
Nous n’avons également pas d’information sur le décès de son épouse Rose Anne née le 8 janvier 1892.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
La mémoire de la Grande Guerre se concentre surtout sur le front occidental, laissant dans l’ombre d’autres théâtres d’opérations. Parmi eux, le front d’Orient, où 350 000 Français ont combattu, et dont 70 000 d’entre eux ne sont pas revenus.
En février 1915, Français et Britanniques envoient un corps expéditionnaire en Orient aux Dardanelles. C’est un échec cuisant. Les troupes sont évacuées à Salonique, en Grèce, afin de porter secours à l’armée serbe qui s’écroule après une offensive austro-allemande et bulgare, mais elles ne peuvent stopper l’avancée de l’ennemi. Le front se stabilise aux frontières de la Grèce. Acculé, le corps expéditionnaire fortifie la région de Salonique. Ses hommes réalisent près de leurs camps des plantations, ce qui leur vaudra le sobriquet méprisant de « jardiniers de Salonique » par Georges Clemenceau, qui ne cesse de fustiger ce front qu’il juge inutile. Les poilus du front occidental considèrent d’ailleurs que les soldats qui y sont déployés sont des embusqués. Mieux vaut être sous le soleil de la Grèce que dans la Somme ! Et pourtant… Chaleur écrasante l’été, froid glacial l’hiver, eau rare et polluée… Le scorbut, la dysenterie ou encore le typhus et le paludisme, qui sévissent dans les plaines marécageuses de Salonique, font des ravages. Le manque d’hommes, de matériel et de ravitaillement fragilisent les positions alliées.
Le front demeure figé durant 1916 et 1917, malgré plusieurs offensives. C’est pourtant sur ce front de 500 kilomètres, qui va de la mer Adriatique à la mer Egée, que va se dérouler l’une des percées les plus spectaculaires de la guerre. En septembre1918, des offensives décisives sont lancées, couronnées de succès. La Bulgarie alliée de l’Allemagne s’effondre le 29. L’empire ottoman attaqué par les Britanniques signe l’armistice le 30 octobre. Les armées françaises et serbes font capituler l’Autriche-Hongrie le 3 novembre.
Contrairement à leurs espérances, les soldats ne rentrent pas et la campagne militaire se prolonge jusqu’en avril 1919 en Crimée et en Ukraine pour contrer les Bolcheviks russes. Les rescapés souffriront pour le reste de leur vie du manque de reconnaissance de la nation, reconnaissance qui entoure ceux qui ont combattu sur le front occidental.