LEGEAY Jean-Baptiste
Frère Clair Marie
Geneston - Montbert
1897 - 1943
Résistant FFI
Mort pour la France
La source principale de cette biographie est museedelaresistanceenligne.org. Nous l'avons complétée et adaptée à ce support.
Jean-Baptiste est né le 10 février 1897 à Montbert.
Il devient religieux de la congrégation des Frères de l’Instruction chrétienne.
Directeur d’établissement scolaire et résistant, il appartient au réseau « La Bande à Sidonie » affilié au groupe 31 de l’Intelligence Service britannique.
Dénoncé, il est décapité à la hache le 10 février 1943 à Cologne (Allemagne), à la suite d’une condamnation à mort prononcée par un tribunal militaire allemand.
Son père, Jean-Baptiste LEGEAY, marchand de bois épouse Marie Eugénie MORICEAU en 1891 au Bignon.
Le couple a 3 enfants : Marie Madeleine (1893), Joséphine (1895) et Jean Baptiste (1897).
Jean-Baptiste est donc le petit dernier de la fratrie né le 10 février 1897 à Geneston.
Il entre à seize ans dans la congrégation des Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel dans le Morbihan. Son noviciat se déroule à Bitterne, près de Southampton, en Angleterre. À l’issue de deux années de formation, il prononce ses vœux religieux sous le nom de Frère Clair-Marie.
Jean-Baptiste a les cheveux châtains, les yeux marron et mesure 1m69.
En septembre 1914, Jean-Baptiste revient en France pour enseigner à l’école du Croisic.
Sa mère est décédée en 1903 et son père en 1911, tous les deux à Geneston.
C’est donc un orphelin de 19 ans ayant pour tuteur Monsieur Eugène Hervouet de Montbert qui est incorporé au 45ème régiment d’artillerie d’Orléans le 21 août 1916.
Jean-Baptiste est nommé brigadier le 20 mars 1918. Il est grièvement blessé, le 9 juin 1918 , par des éclats d’obus dans le thorax ce qui gêne le mouvement de son épaule droite.
Il est cité le 27 juin 1918 à l’ordre du régiment : « Jeune brigadier très dévoué. Blessé le 9 juin 1918 au cours d’une mission spéciale dont il était chargé »
Évacué vers plusieurs hôpitaux, il y effectue une longue convalescence. Maintenu sous les drapeaux après sa guérison et classé dans le service auxiliaire, il rejoint ensuite la section franco-américaine de l’État-Major à Orléans grâce à sa parfaite maîtrise de l’anglais.
Décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre, il reprend l’enseignement après le conflit. En 1926, il est successivement nommé directeur de l’École primaire supérieure de Nantes-Chantenay puis directeur de l’externat de l’école Saint-Similien à Nantes.
Après la défaite de 1940, il entre dans la Résistance. Dès juillet 1940, il se met en relation avec un réseau de renseignements organisé en Loire-Inférieure (Loire-Atlantique) par Mme de Bondy. Ses supérieurs, conscients des risques qu’il encourt, décident de le muter dans les Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor). En septembre 1940, il est nommé économe au postulat de Roscoat, à Pléhédel, dont il prend la direction l’année suivante.
Dès son arrivée, il rejoint le réseau « La Bande à Sidonie », affilié au groupe 31 de l’Intelligence Service britannique et dirigé par Suzanne Wilborts, installée sur l’île de Bréhat. Sous le pseudonyme de « Jean », il reçoit pour mission de surveiller les mouvements de troupes allemandes et les installations stratégiques du littoral breton, notamment dans la région de Lorient. Avec ses compagnons de réseau, il participe également au sauvetage et à la dissimulation des premiers aviateurs britanniques tombés en Bretagne. Il héberge notamment le sergent-chef pilote Arnold Mott-Eso, dont le bombardier de la Royal Air Force a été abattu le 28 décembre 1940 au retour d’une mission sur Lorient.
Jean-Baptiste contribue également à transmettre à Londres un plan qui permet le succès de l’opération « Fahrenheit ».
Agent de l’Intelligence Service, Jean-Baptiste travaille sous les ordres du gendarme Turban et de son adjoint Le Deuff, alors en poste à Paimpol et Lézardrieux. Il confectionne de nombreuses fausses pièces d’identité destinées aux prisonniers évadés et aux volontaires souhaitant rejoindre la France Libre. Très proche d’André Marchais, rencontré lors de recherches d’hébergements clandestins, il lui accorde une entière confiance. Peu avant son arrestation, conscient du danger qui pèse sur leur organisation, il se confie à la fille de ce dernier, Monique Marchais. Il lui détaille l’ensemble des réseaux et des contacts dont il a la responsabilité afin que les personnes menacées puissent être prévenues en cas d’arrestation.
Grâce à cette initiative, Monique Marchais peut, à bicyclette, avertir plusieurs résistants. Malgré leurs convictions religieuses et philosophiques différentes, Jean-Baptiste Legeay et André Marchais partagent les mêmes qualités de courage, de loyauté et de générosité.
Le 13 novembre 1941, à la suite d’une dénonciation, il est arrêté pour espionnage par cinq agents de la Gestapo alors qu’il se rend à son institution. Entre novembre 1941 et juillet 1942, vingt-six personnes sont arrêtées pour avoir porté assistance à des militaires britanniques. Vingt d’entre elles sont emprisonnées à Fresnes ou à la Santé, tandis que les autres sont relâchées après interrogatoire.
Après un bref séjour à Saint-Brieuc, Jean-Baptiste est transféré à la prison d’Angers puis à la maison d’arrêt de Fresnes. Du 27 juin au 17 juillet 1942, trente accusés originaires des Côtes-du-Nord et de Nantes comparaissent devant un tribunal militaire allemand siégeant à l’hôtel Continental, rue Boissy-d’Anglas à Paris. Ce procès, largement relayé par la presse, est connu sous le nom de « Procès des 30 Bretons ».
Le 17 juillet 1942, Jean-Baptiste est condamné à mort pour « espionnage et aide à l’ennemi », en même temps que Georges Le Bonniec et André Marchais. Les Frères de La Mennais ainsi que Monseigneur Suhard, archevêque de Paris, multiplient alors les démarches pour obtenir leur grâce. La condamnation de Jean-Baptiste est finalement commuée en travaux forcés à perpétuité.
Le 25 septembre 1942, il quitte la prison de Fresnes pour être interné dans la forteresse de Rheinbach, en Rhénanie, à une vingtaine de kilomètres de Bonn.
André Marchais et Georges Le Bonniec sont exécutés le 20 octobre 1942. Quant à Jean-Baptiste, sa demande de grâce est finalement rejetée. Il est décapité à Cologne le 10 février 1943, jour de son quarante-sixième anniversaire.
Dans cette même affaire, neuf personnes originaires des Côtes-du-Nord sont déportées, dont cinq femmes. Six d’entre elles périssent en déportation : Marie-Anne Geneviève d’Affray de la Monnaye, veuve de Saint-Laurent à Plestin-les-Grèves ; Marie Le Guillou, épouse Cozannet, de Langoat ; Alexandrine Le Guyader, épouse Tilly, de Bégard ; François-Marie Le Gac de Langoat ; Jean L’Hénoret de La Roche-Derrien ; et Émile Tanguy de La Roche-Derrien.
Parmi les écrits qu’il laisse figure cette profession de foi :
« J’ai tant réfléchi et tant prié dans ma solitude forcée que j’apprécie encore beaucoup mieux mon idéal, ma vocation, le bonheur d’être consacré à Dieu et les joies de l’apostolat. Mon âme est en paix. Vive le Christ, vive la France. »
Le souvenir de Jean-Baptiste demeure aujourd’hui présent à plusieurs endroits :
Hommage à Pléhédel (22) :
Monument aux morts.
Stèle commémorative Jean Baptiste LEGEAY, précisément à l’endroit où il est arrêté.
Hommage à Geneston :
Monument aux Morts.
Hommage à Nantes :
Carré militaire du cimetière de la Chauvinière.
Plaque commémorative 1939-1945 - Église Saint-Similien.
Plaque commémorative aux collège et lycée Notre-Dame de l’Abbaye.
Hommage à Ploërmel :
Plaque commémorative des Frères de l'Instruction Chrétienne.
Sa mère décède en 1903 à Geneston à l’âge de 30 ans.
Son père décède à Geneston en 1911 à l’âge de 50 ans.
Sa sœur Marie épouse Léon DELAUMEAU en 1920. Elle décède à Nantes en 1961 à l’âge de 67 ans.
Son autre soeur Joséphine décède prématurément en 1914 à Montbert à l’âge de 18 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
En cours
L’opération Fahrenheit est un raid mené par les commandos britanniques durant la Seconde Guerre mondiale, dans la nuit du 11 au 12 novembre 1942. L’action est conduite par un petit détachement issu du No 12 Commando et du No 62 Commando contre une installation allemande située sur la côte nord de la Bretagne.
L’origine de cette opération remonte à 1942, lorsqu’un étudiant français, Claude Robinet, reçoit de son réseau de résistance la mission de dresser un relevé des défenses allemandes entre Paimpol et Bréhec. Parvenant à s’introduire dans le sémaphore de la pointe de Bilfot, il s’empare d’un plan détaillé des positions ennemies qu’il transmet ensuite à Londres. Ces renseignements précieux permettent aux Britanniques de préparer un raid contre ce secteur stratégique.
Le 11 novembre 1942, un groupe de commandos quitte l’Angleterre à bord du Motor Torpedo Boat (MTB) 344. Parti de Portsmouth puis acheminé vers la zone d’opération, le détachement atteint la côte bretonne peu avant minuit. Son objectif principal est de capturer des militaires allemands afin de les interroger, en attaquant une station de transmissions située près de Plouézec.
À leur arrivée, les commandos constatent que le sommet des falaises est fortement miné. Le capitaine Rooney et l’un de ses hommes effectuent une reconnaissance de la station de transmissions et d’une casemate voisine. Ils constatent que la station est protégée par des réseaux de barbelés et surveillée par des sentinelles, tandis que la casemate est inoccupée.
Rooney décide alors de lancer une attaque frontale. L’unité est divisée en plusieurs groupes qui s’approchent discrètement jusqu’à quelques mètres des défenses ennemies. Alors qu’il s’apprête à lancer une grenade, le commando est repéré par les sentinelles. L’assaut est immédiatement déclenché : les deux gardes sont neutralisés par l’explosion et les tirs de couverture. Plusieurs soldats allemands sont mis hors de combat, mais aucun prisonnier ne peut être capturé. Les défenseurs retranchés dans la station ripostent vigoureusement depuis l’intérieur du bâtiment.
Face au risque de voir arriver des renforts allemands et l’objectif de capture désormais compromis, Rooney ordonne le repli. Les commandos rejoignent leur embarcation sans pertes et regagnent l’Angleterre avec succès, concluant ainsi l’opération Fahrenheit.