BARTEAU Auguste Jean Marie
Geneston - Montbert
1887 - 1915
Soldat au 64ème Régiment d’Infanterie
Mort pour la France
Cette biographie a été rédigée par Marité Briand à partir des JMO et des historiques des régiments.
Auguste est né le 26 octobre 1887 à Geneston, localité qui faisait alors partie de la commune de Montbert, dont elle ne fut détachée qu’en 1955.
En 1910, il se marie. Il a deux fils, Lucien et Narcisse.
En 1909, il est exempté de l’armée pour « faiblesse générale ».
Mais, en février 1915, il intègre le 64ème régiment d’infanterie, combat dans la Somme, puis en Champagne.
Il décède le 25 septembre 1915 devant Tahure dans la Marne.
Son père, Jean Baptiste BARTEAU, né en 1849 est d’abord maçon, puis à partir de 1901, marchand de volailles à Geneston. En 1876, il épouse Léontine Marie RACINEUX née en 1851. De cette union, naît un seul enfant : Auguste Jean Marie. En 1891, la famille réside au 11, rue de Rocheservière à Geneston. A cette date, une domestique y est employée, Marie Bachelier, âgée de 23 ans et cultivatrice.
Auguste grandit entouré de ses parents. Une fois adulte, il devient charron. Il construit et répare les véhicules à traction animale, s’occupe du cintrage et du cerclage des roues.
Le 11 juillet 1910, à l’âge de 23 ans, il épouse Marie Eglantine Baptistine RACINEUX, âgée de 22 ans habitant la même commune.
De cette union, naît Lucien Marie Joseph en 1911 puis Narcisse Jean Baptiste Adrien le 25 mai 1914.
En ce qui concerne l’armée, Auguste est exempté du service militaire en 1909 pour « faiblesse générale ». Cela s’explique peut-être par sa petite taille : il mesure 1,57 m.
Cependant, la guerre éclate en août 1914. Le 8 décembre, malgré cette « faiblesse », il est déclaré «Bon pour service armé». Les pertes ayant été énormes au début de la guerre, l’armée a besoin d’hommes ! Après environ deux mois d’instruction, il est affecté le 19 février 1915 au 64ème Régiment d’Infanterie et arrive au corps le 24 février de la même année. Quel déchirement pour Auguste de quitter sa jeune épouse, ses deux enfants, l’aîné n’ayant que trois ans, le dernier un peu plus de six mois !
Le 64ème Régiment d’Infanterie est basé à Ancenis et comprend principalement des Bretons et des Vendéens. Avant l’arrivée d’Auguste, le régiment avait participé à la bataille de Maissin en août 1914, à la retraite, à la première bataille de la Marne et à La Boisselle.
En février 1915, Auguste est affecté dans le Nord-Pas-de-Calais dans un secteur assez tranquille. Néanmoins, il prend contact avec la vie des tranchées. C’est l’hiver, le froid est immense. Peut-on dormir avec les doigts et les pieds gelés, risquant sa vie, il y a quand même quelques escarmouches. Quand va venir la relève ?
C’est début juin qu’une grande offensive est lancée dans le secteur d’Hébuterne, là où est Auguste. Le général Foch prépare une offensive en Artois. Pour faire diversion, il déclenche une attaque sur la ferme de Toutvent, où les Allemands ont fortifié un petit saillant. Les combats d’une extrême violence commencent le 7 juin à 5 heures du matin. Les Français s’emparent de deux lignes de tranchées allemandes. Auguste n’en peut plus d’entendre le sifflement des obus labourant la terre et les hommes. Il est horrifié de voir les camarades tomber, il a peur pour lui.
La conquête définitive de la ferme de Toutvent par les Français s’achève le 10 juin, ce qui n’empêche pas les combats de se poursuivre dans cette zone.
Les pertes humaines enregistrées du 7 au 13 juin s’établissent à 1 760 tués et 8 590 blessés du côté français, à 927 tués, blessés et prisonniers du côté allemand. Les Français ont progressé seulement de 900 mètres sur une largeur de 2 kilomètres. Auguste a réussi malgré tout à survivre à cet enfer.
Lors du désastre de la bataille d’Artois en juin 1915, la percée promise n’a pas eu lieu. Le général en chef Joffre suspend momentanément les grandes offensives, tout en gardant l’idée d’une action ultérieure de grande envergure. Cependant, il rencontre les réticences des politiques et de certains militaires.
L’offensive est tout de même engagée sous les ordres du général Castelnau à l’est de Reims sur un front de 35 kilomètres. Une troisième bataille est également lancée en Artois sous le commandement de Foch.
A partir du 22 septembre 1915, l’artillerie française commence à labourer les lignes ennemies, ayant pour elle le beau temps qui permet un réglage efficace. Avec quatre millions d’obus de 75 et un million de d'obus de canons lourds, les tranchées allemandes sont purement et simplement retournées. Les soldats, devant ce feu de fer sont galvanisés. Auguste se dit que la guerre va bientôt finir. Beaucoup pensent qu’il ne doit plus rester grand monde dans les tranchées allemandes.
Les commandants des corps d’armées ne sont pas tous aussi confiants car ils savent que la consommation d’obus dépasse les prévisions, et que si la percée n’a pas lieu, il n’y aura plus assez de munitions.
Mais la pluie qui tombe à partir du 24 septembre vient tout compliquer. Le 25, les soldats sortent des tranchées dans une mer boueuse. Auguste s’efforce d’avancer péniblement. Les canons tonnent. On ne distingue plus les tranchées allemandes bouleversées. A leur place, s’étend un nuage de fumée gris noir. C’est l’enfer ! Les obus forment un rideau au-dessus des têtes des soldats. Les erreurs sont nombreuses, les tirs parfois trop courts. Des fantassins meurent sous les obus français. Ils parviennent quand même à bousculer les premières lignes allemandes sur deux à quatre kilomètres. Mais ils sont bientôt bloqués par les barrages d’artillerie de l’ennemi et de ses mitrailleuses de seconde ligne. De partout, les Français demandent des obus pour réduire ces tranchées mais, après plusieurs jours de consommation effrénée, il n’y en a plus guère.
C’est dans ce contexte qu’Auguste trouve la mort. Son corps n’est pas retrouvé, il fait partie des disparus et n’a donc pas de tombe officielle.
Le 25, au soir, le rêve de la percée s’éloigne. Le 29 septembre, Joffre suspend les frais. Les combats reprennent cependant le 6 octobre. Le 9, le général Joffre décide de faire cesser la bataille.
Le bilan est dramatique sur le plan humain : 180 000 soldats blessés, tués, disparus et prisonniers du côté français, et 140 000 du côté allemand. Le front français a avancé de 3 à 4 kilomètres. Mais il faudra d’autres sacrifices pour que la guerre prenne fin.
Auguste reçoit la Médaille militaire à titre posthume, la Croix de guerre avec Etoile d’argent (28/05/1921). Une citation lui est consacrée : « Soldat courageux et dévoué. A toujours accompli vaillamment son devoir. Tombé glorieusement pour la France en se portant à l’assaut des positions ennemies le 25/05/1915 à Tahure."
Son corps ayant disparu, la transcription du décès n’est effectuée que le 24 novembre 1920.
Auguste a malheureusement connu l’année la plus meurtrière de la première guerre mondiale : 1915. Il laisse une veuve éplorée et deux orphelins.
Le décès d' Auguste est confirmé par un Jugement déclaratif de décès prononcé le 3 novembre 1920 par le Tribunal de Nantes et transcrit à Montbert le 24 novembre 1920.
Hommage à Geneston :
Monument aux morts.
Plaque commémorative de l’église.
Hommage à Montbert :
Livre d'or du ministère des pensions.
Sur le monument aux morts de Geneston, le nom de Barteau apparaît bien à la date de son décès en 1915, mais son prénom porte l’initiale J. et non A. Il s’agit de son deuxième prénom Jean. Peut-être l’appelait-on ainsi. (Photo © Marité Briand)
Le père d’Auguste, Jean Baptiste BARTEAU décède en 1923 à l’âge de 73 ans à Geneston.
Sa mère, Léontine Marie décède en 1910 à l’âge de 58 ans dans la même commune.
Son épouse, Marie Eglantine Baptistine décède en 1988 à Geneston à l’âge de 99 ans.
Son fils aîné, Lucien Marie décède en 1970 à Pont-Saint-Martin à l’âge de 59 ans. Il s’était marié en 1937 avec Marie Augustine GUITTENY. Deux enfants leur sont nés : Jean Paul et Joëlle Barteau.
Son deuxième fils, Narcisse, né juste avant le départ de son père sur le front en mai 1914, décède en 1989 à Machecoul à l’âge de 75 ans. Il s’était marié avec Clémentine Drouet, il est apparemment sans descendance.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Les Journaux de Marche des régiments font souvent état de la capture de soldats allemands pendant les combats.
Mais que deviennent ces hommes pendant la guerre ?
On estime qu’à la fin du conflit, 400 000 prisonniers allemands sont aux mains des Français contre 600 000 prisonniers français internés en Allemagne. En France, ces hommes sont répartis sur 500 sites de détention, dont trois en Loire-Inférieure : à Saint-Nazaire, au dépôt de Roche Maurice à Nantes et dans la forêt du Gâvre.
Les communes du Pays de Retz font appel à eux. A Paimboeuf, on les emploie à la fabrication de matériel chimique et d’explosifs pour l’armée. Dans les communes rurales, ils sont demandés ponctuellement pour des travaux agricoles, la main-d’œuvre étant tellement rare, beaucoup d’hommes étant au front. Des exemples : à la Montagne, le 21 juin 1916, 20 prisonniers sont employés à retirer le fil de fer des champs de vigne. A Machecoul, 20 d’entre eux font la fenaison entre le 1er et le 15 août 1916.
Les archives attestent d’un traitement acceptable des prisonniers. Cependant, ils sont cantonnés à l’écart de la population. Mais la donne change après l’armistice du 11 novembre 1918. La France décide de les retenir aussi longtemps que les conditions établies par le traité de Versailles ne seraient pas appliquées. La France en position de force refuse de renvoyer les prisonniers, les prenant ainsi en otages.
Une grande partie des prisonniers allemands sont transférés sur la ligne de front, dans les régions libérées, afin d’aider au déminage et à la reconstruction. De janvier 1919 à janvier 1920, entre 250 000 et 310 000 hommes déblaient les ruines et déminent près de trois millions d’hectares de terres agricoles. Ils sont exposés à la mort et à l’animosité de la population, logés dans de mauvaises conditions, ce qui suscite l’indignation de l’Allemagne et les protestations des USA et du Royaume-Uni. Finalement, le retour des prisonniers en Allemagne s’effectue entre janvier et février 1920, bien après l’armistice. Ils n’oublièrent jamais les agissements des autorités françaises, envahis d’une haine tenace contre la France que la propagande saura exploiter.