Alexandre Louis Valentin TEMPLIER ne figure pas sur le monument aux morts de Montbert. Pendant plus d’un siècle, il était également absent de la base Mémoire des hommes. Pourtant, cet ancien soldat du 65ème régiment d’infanterie est mort des suites d’une maladie contractée en service. Une mention portée par un prêtre dans un registre de sépultures a permis de reprendre le fil de son histoire et d’obtenir, en 2026, sa reconnaissance officielle comme Mort pour la France.
La recherche des soldats du Pays de Retz ne peut pas se limiter aux noms gravés sur les monuments aux morts ou déjà répertoriés dans les bases nationales. Pour tendre vers l’exhaustivité, il faut croiser les sources et explorer des fonds d’archives très divers, à la recherche d’hommes dont le parcours militaire n’a parfois laissé qu’une trace discrète.
C’est ainsi que le nom d’Alexandre TEMPLIER est apparu dans le registre des sépultures de Montbert conservé par les archives diocésaines. Il y est indiqué qu’il a été inhumé dans la commune en 1923. Mais le prêtre qui a rédigé l’acte a surtout porté en marge la mention « Mort pour la France » et précisé qu’Alexandre était décédé « Tuberculeux gazé de la guerre ».
Ces indications n’ont aucune valeur officielle. Elles témoignaient toutefois de ce que l’on savait alors localement des circonstances de sa mort et invitaient à poursuivre les recherches. Pourquoi cet homme, présenté par le prêtre comme une victime de la guerre, ne figurait-il ni sur le monument aux morts de Montbert ni dans Mémoire des hommes ? Pourquoi l'absence de mention en marge de l'acte de décès d'Alexandre ?
Alexandre Louis Valentin TEMPLIER est né le 10 novembre 1882 à Montbert. Son parcours militaire l’a notamment conduit au 65ème régiment d’infanterie.
Sa fiche matricule apporte des éléments essentiels. Son état général y est qualifié de « mauvais » et le document indique qu’il a été « intoxiqué » le 20 octobre 1918. Alexandre est ensuite revenu à Montbert, où il est décédé à son domicile le 24 septembre 1923, à l’âge de 40 ans.
Aucune mention relative à la guerre ou à la qualité de Mort pour la France n’apparaissait cependant sur son acte de décès. Aucune fiche n’existait non plus à son nom dans la base Mémoire des hommes.
La concordance entre les observations de la fiche matricule et les annotations du registre des sépultures ne pouvait être ignorée. Le prêtre avait conservé le souvenir d’un homme gazé pendant la guerre et mort de la tuberculose, tandis que le document militaire attestait une intoxication survenue en service. Ces éléments justifiaient que sa situation soit soumise à l’administration compétente.
Un dossier a donc été transmis à l’Office national des combattants et des victimes de guerre afin qu’il examine le cas d’Alexandre TEMPLIER. Il ne s’agissait pas de demander une faveur, mais de faire reconnaître, à partir des archives disponibles, le lien entre son décès et son service militaire.
L’ONaCVG de Caen a retenu les éléments présentés. Le 8 juillet 2026, près de cent trois ans après la mort d’Alexandre TEMPLIER, la mention « Mort pour la France » lui a officiellement été attribuée.
Une fiche a ensuite été créée le 30 juillet 2026 dans la base Mémoire des hommes. Elle mentionne désormais son identité, ses dates et lieux de naissance et de décès, son appartenance au 65ème régiment d’infanterie et la cause reconnue de sa mort : « maladie contractée en service ».
L’intuition née de la lecture du registre des sépultures trouvait ainsi sa confirmation officielle. Ce que le prêtre avait inscrit en marge en 1923 est devenu, en 2026, une reconnaissance de la Nation.
Alexandre TEMPLIER a désormais retrouvé sa place dans Mémoire des hommes, mais son nom reste absent du monument aux morts de Montbert.
Cette absence peut s’expliquer par le fait qu’au moment de l’établissement des listes communales, son décès survenu en 1923 n’avait pas été officiellement reconnu comme une conséquence de son service. La décision de l’ONaCVG apporte aujourd’hui un élément nouveau et permet d’envisager une démarche auprès de la commune afin que son inscription sur le monument puisse être examinée.
Son ajout constituerait l’aboutissement mémoriel de cette recherche. Alexandre TEMPLIER est né à Montbert, y est décédé et y a été inhumé. Plus d’un siècle après sa disparition, son nom pourrait enfin rejoindre dans la pierre ceux des autres soldats de la commune morts pour la France.
Cette histoire montre pourquoi il est indispensable de ne pas considérer les listes existantes comme définitivement closes. Les monuments aux morts, les livres d’or et les bases nationales sont des sources essentielles, mais ils peuvent comporter des absences. Des informations déterminantes restent parfois dispersées entre les registres d’état civil, les dossiers militaires, les archives communales et les fonds diocésains.
Dans le cas d’Alexandre TEMPLIER, tout est parti de quelques mots écrits par un prêtre dans un registre de sépultures. Leur confrontation avec la fiche matricule a permis de retrouver un homme oublié des listes officielles et de faire reconnaître les conséquences de son service militaire.
Une lecture attentive des archives peut ainsi, plus d’un siècle après les faits, rendre à un soldat la place qui lui revient dans l’Histoire et dans la mémoire nationale.
Les recherches consacrées à Alexandre TEMPLIER se poursuivent. Après avoir permis sa reconnaissance comme « Mort pour la France » en juillet 2026, elles éclairent aujourd’hui son histoire familiale et soulèvent une nouvelle question : quelle protection son épouse et ses enfants ont-ils reçue après sa disparition ?
Le 20 novembre 1912, Alexandre épouse Esther DENIAUD à Montbert. Quatre enfants naissent de leur union : Marie, qui vivra de 1917 à 2004 ; Louise, de 1920 à 2012 ; Joseph, de 1922 à 2009 ; et Louis né le 17 novembre 1923 et décédé en 1998.
Lorsque Alexandre meurt, le 24 septembre 1923, à l’âge de quarante ans, Esther devient veuve moins de onze ans après leur mariage. Leurs enfants sont encore très jeunes : Marie, l’aînée, n’a pas sept ans. Louis, le dernier enfant du couple, n'est pas encore né. Ces quelques dates donnent une dimension plus concrète à cette disparition : celle d’un père dont les enfants devront grandir sans lui.
La consultation de leurs actes de naissance apporte un constat : aucun des quatre actes examinés ne porte de mention d’adoption par la Nation. Nous ne disposons donc, dans ces documents, d’aucune trace de leur reconnaissance comme pupilles de la Nation.
Créé par la loi du 27 juillet 1917, ce statut permettait d’apporter une protection et un soutien matériel aux enfants victimes des conséquences de la guerre. Prononcée par un tribunal, l’adoption par la Nation laissait à la famille ses droits et ses responsabilités. Elle pouvait notamment faciliter l’entretien, les soins, les études ou l’apprentissage des enfants.
La situation d’Esther appelle également des recherches complémentaires. A-t-elle demandé une pension de veuve de guerre ? Le lien entre la maladie d’Alexandre et son service militaire a-t-il été examiné à cette occasion ? Les éléments réunis ne permettent pas encore de répondre. L’absence de reconnaissance officielle « Mort pour la France » jusqu’en 2026 conduit à s’interroger sur les droits dont sa famille a pu bénéficier, sans établir à elle seule qu’aucune pension n’a été versée.
Cette question donne une portée supplémentaire à notre enquête. Au-delà du nom absent du monument aux morts, il faut désormais considérer une épouse et quatre enfants, ainsi que les conséquences possibles d’une reconnaissance demeurée inachevée pendant plus d’un siècle.
Marie, Louise, Joseph et Louis sont tous décédés avant que leur père soit officiellement reconnu « Mort pour la France ». Aucun n’aura connu cette reconnaissance de son vivant. Le travail engagé permet aujourd’hui de réunir leurs noms autour de celui d’Alexandre et de rendre à son histoire toute sa dimension familiale.
Sources
Archives départementales du Pas-de-Calais, présentation de la loi du 27 juillet 1917 sur les pupilles de la Nation ; réponse ministérielle à la question n° 95569, publiée le 19 avril 2011, rappelant les dispositions issues de la loi du 31 mars 1919.
Archives diocésaines, registre des sépultures de Montbert.
Registre matricule d’Alexandre Louis Valentin TEMPLIER.
Office national des combattants et des victimes de guerre de Caen, attribution de la mention « Mort pour la France » le 8 juillet 2026.
Ministère des Armées, base Mémoire des hommes, fiche d’Alexandre Louis Valentin TEMPLIER créée le 30 juillet 2026.