LUCAS Eugène Marie Auguste
Vue
1894 - 1916
66ᵉ régiment d'infanterie
Mort pour la France
En 1887, à Vue, Philbert Louis LUCAS, originaire de la commune et cultivateur au lieu-dit « La Noë Gallée », épouse Marie CHAUVET, elle aussi native de Vue et cultivatrice au lieu-dit « La Tournerie », chez ses parents.
De cette union naissent trois enfants, tous à Vue : François (1888), Eugène (1894) et Joseph (1905).
Eugène est né le 29 octobre 1894 à Vue.
D’abord ajourné pour faiblesse, il est mobilisé le 8 septembre 1915 au 66ᵉ régiment d’infanterie.
Il combat à Arras puis en Artois.
Il participe à l’enfer de Verdun en 1916.
Blessé dans la Somme, il décède à Amiens le 31 octobre 1916.
Eugène est né le 29 octobre 1894 au lieu-dit « La Brosse », à Vue.
D’abord ajourné pour faiblesse, il est finalement mobilisé le 8 septembre 1915 et rejoint le 66ᵉ Régiment d’Infanterie de Tours.
Il a les cheveux châtain clair et les yeux bleus comme son frère.
Ce régiment, part de Tours le 5 août 1914 avec 55 officiers et 3356 sous-officiers et soldats.
Il débarque à Chaligny, au sud-ouest de Nancy. Les combats sont rudes.
Le 66e est envoyé par train vers Arcis-Sur-Aube le 5 septembre et il participe à la bataille de la Marne. Il est ensuite engagé en Belgique d’octobre 1914 à avril 1915, puis en Artois à partir de mai 1915.
C’est dans le secteur d’Arras qu’Eugène rejoint le 66ᵉ, en avant du village d’Agny. Le 25 septembre, les vagues d’assaut s’élancent pour prendre l’ouvrage du « Chat-Maigre ».
Les attaques menées par le 66ᵉ permettent aux troupes opérant plus au nord de s’emparer de Loos, en coordination avec les forces anglaises, et de progresser vers Souchez. « Une fois de plus, écrivait le général de division, le 66ᵉ s’est montré digne de son passé. »
Eugène reste en Artois jusqu’en février 1916, puis est envoyé combattre à Verdun en avril et mai 1916. Depuis deux mois, les Allemands s’acharnent sur la forteresse. Les tranchées sont à peine ébauchées, et il n’existe aucun boyau vers l’arrière.
« C'est dire les difficultés qu'éprouvent les corvées de ravitaillement qui se font sous un bombardement continu qui écrase tout. » (Historique du 66ᵉ RI)
On rapporte les paroles d’un caporal mitrailleur, dont l’abri, fortement secoué par plusieurs obus n’ayant pas éclaté, s’exclame en plaisantant : « Est-ce que les Boches auraient l’intention de faire ici un dépôt de munitions ? »
Le 3 juin, le 66ᵉ quitte le secteur de Verdun pour la Champagne et occupe celui de Souain (Marne). Après quelques semaines passées au camp de Mailly, il est envoyé dans la Somme. Le régiment débarque le 22 septembre et entre en ligne à l’est de Morval le 9 octobre 1916.
Le 18 octobre, lors d’une attaque, le capitaine s’écrie : « 2ᵉ bataillon, à mon commandement… En avant ! » Les hommes s’élancent. Aucun officier ne revient ; la préparation d’artillerie, insuffisante, avait laissé intactes de nombreuses mitrailleuses ennemies.
C’est dans ce secteur et fin octobre, comme nous l'apprend l'Echo de Paimboeuf, qu’Eugène est grièvement blessé. Il a été touché à la main droite et au bras gauche par des éclats d’obus.
Il est transporté à l’hôpital d’Amiens où il succombe à ses blessures le 31 octobre 1916.
Eugène est inhumé à la Nécropole Nationale Saint-Pierre d’Amiens.
Hommage à Vue :
Inscrit sur le monument aux morts.
Inscrit sur le Livre d'or du ministère des pensions.
Hommage à Morval (62) :
Inscrit au Tableau commémoratif des combats d'octobre 1916.
La fille de François, Antoinette, décède en 1942 à Vue à l’âge de 29 ans.
Son frère François est mort pour la France le 13 mai 1917.
Son frère Joseph épouse Anne CHARPENTIER en 1932 à Vue. Il décède en 1972 à Vue à l’âge de 67 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
À l’issue de la Première Guerre mondiale, la France se retrouve face à une tâche immense et inédite : donner une sépulture digne aux millions de soldats tombés sur son sol. Entre 1914 et 1918, près de 1,4 million de combattants français ont trouvé la mort, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers de soldats alliés et ennemis. La question de leur inhumation devient rapidement un enjeu moral, politique et logistique majeur.
Dès les premiers mois du conflit, les morts sont enterrés à la hâte, à proximité des champs de bataille, dans des fosses communes ou des tombes individuelles surmontées de simples croix de bois. Ces sépultures de fortune, souvent improvisées par les unités combattantes ou les services de santé militaires, sont précaires et exposées aux intempéries comme aux combats ultérieurs. La guerre s’éternisant, l’État prend conscience de la nécessité d’organiser un service funéraire militaire afin de garantir le respect dû aux morts.
Un premier pas est franchi en décembre 1915 avec le vote d’une loi fondamentale. Ce texte institue le principe selon lequel chaque soldat mort pour la France a droit à une sépulture perpétuelle, gratuite et entretenue aux frais de la Nation. La loi autorise également les familles à demander, si elles le souhaitent, le rapatriement du corps dans un cimetière communal ou familial, mais cette opération reste à leur charge. L’État, pour sa part, s’engage à aménager des cimetières militaires permanents pour accueillir les dépouilles de ceux qui resteront inhumés près des lieux de combats. Ce cadre législatif jette les bases de ce qui deviendra le vaste réseau des nécropoles nationales.
Après l’armistice du 11 novembre 1918, un gigantesque chantier de regroupement des sépultures s’ouvre. Des équipes spécialisées parcourent les anciens champs de bataille pour exhumer les corps des sépultures provisoires, tenter de les identifier et les transférer vers des cimetières militaires pérennes. Ce travail, supervisé par les services du Génie et le ministère des Pensions, se heurte à des difficultés considérables : les corps non identifiés sont nombreux, et le paysage bouleversé par les combats rend parfois les recherches impossibles.
Entre 1920 et 1935, la France aménage des centaines de nécropoles nationales le long de l’ancien front, dans le Nord, l’Est et les Vosges. Certaines, comme Notre-Dame-de-Lorette dans l’Artois (plus de 40 000 tombes) ou Douaumont près de Verdun (16 000 tombes et un ossuaire contenant les restes de 130 000 soldats non identifiés), deviennent des lieux emblématiques du souvenir. Dans ces vastes espaces, l’alignement rigoureux des croix blanches symbolise l’égalité des morts dans le sacrifice, tandis que des monuments commémoratifs viennent rappeler la dette de la Nation envers ses enfants tombés pour elle.