Cette biographie a été rédigée par Hervé et adaptée à ce support
PEIGNÉ Guy Marie
Préfailles - Nantes - Baigneur
1892 - 1914
66ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Guy est né le 1er juillet 1892 à Tours. Il est le descendant de deux photographes.
Il s'engage volontairement en 1910.
Il est mobilisé le 3 août 1914 au 66ème Régiment d'Infanterie de Tours.
Il est tué à l'ennemi le 8 septembre 1914 pendant la bataille de la Marne.
Un cénotaphe rappelle sa mémoire à Préfailles.
Natif de Tours, Guy Marie PEIGNÉ est le fils unique des photographes Charles PEIGNE et d'Anne Berthe BERNARD.
Son père, Charles PEIGNÉ, né à Nantes en 1866, est lui-même le fils du photographe Constant PEIGNÉ qui, par son talent, a su initier la réussite professionnelle et financière de la famille. Quand Charles se marie, le 26 août 1891, il reçoit en dot l'atelier tourangeau de son père Constant qui est installé 2, rue Néricault Destouches à Tours. C’est là que Guy voit le jour le 1er juillet 1892.
Après la naissance de Guy, son grand-père Constant retourne en Loire-Atlantique pour s’occuper des autres ateliers qu'il a créés à Nantes et Saint-Nazaire.
En février 1897, Charles Peigné est très fier d'annoncer dans la presse locale, qu'il a fait installer un appareil spécial pour opérer à la lumière électrique. Il devient ainsi le quatrième photographe professionnel français à investir dans cet équipement. Reconnu pour ses talents de portraitiste, Charles reste longtemps le photographe attitré de la bourgeoisie tourangelle, angevine, nantaise et nazairienne. Il signe aussi quelques cartes postales.
Pour mémoire, les origines paternelles trouvent leur origine à la Plaine-sur-Mer où l’arrière-grand-père de Guy était sabotier. Au moment où la mode des bains de mer prend son essor, c’est tout naturellement que la famille a fait l’acquisition à Préfailles d’une propriété dénommée « Ker Photo ». Charles prend aussi des parts dans l’établissement des bains de mer qui devient un casino en 1923.
Porté par la réussite familiale, le jeune Guy choisit tout naturellement d’exercer lui aussi la profession de photographe. Il habite chez ses parents, toujours installés à Tours, au n°2, de la rue Néricault-Destouche, lorsqu’il décide de devancer l’appel sous les drapeaux à l’âge de 18 ans.
Engagé volontaire pour 3 ans au 66ème Régiment d'Infanterie de Tours le 4 octobre 1910, Guy bénéficie d’un engagement spécial dit « de devancement d’appel » avec possibilité d’être libéré des obligations militaires après seulement deux ans de service. Il se retrouve enrôlé à la caserne Baraguey d'Hilliers.
Nommé caporal le 25 septembre 1911, il obtient le certificat d’aptitude à l’emploi de chef de section le 2 septembre 1912. Reconnu apte à commander une troupe de 30 hommes à l’âge de 20 ans, le caporal PEIGNÉ est nommé sergent le 3 septembre 1912 avant d’être envoyé en congés le 25 septembre 1912.
Guy reprend son activité de photographe auprès de son père et élit domicile au n°5 de la rue de Clocheville à Tours, juste à côté du nouveau studio photographique de ses parents. Il passe dans la réserve le 4 octobre 1913.
Le retour à la vie civile est de courte durée. Encore célibataire, le sergent PEIGNÉ est rappelé à l’activité le 3 août 1914. Il rallie les rangs du 66ème RI à cette même date.
Avec son effectif au complet de 55 officiers et 3 356 sous-officiers et hommes de troupes, c’est un régiment sur le pied de guerre qui embarque à la gare de Tours dans la matinée du 5 août 1914. L’itinéraire suivi passe par Montargis, Sens, Troyes, Chaumont, Neufchâteau et Toul. Enfin, Le 6, au soir, les hommes débarquent à Chavigny et à Maron, en Meurthe-et-Moselle, avant de se rendre à pied à Falvigny, à 10 kilomètres au sud de Nancy.
Le 66ème traverse Nancy le 11 août sous une chaleur étouffante. Les nuages de poussière aveuglent les soldats. Il reçoit le baptême du feu le 15 août en se lançant à l’assaut de Nomeny dont il s’empare avant d’être relevé deux jours plus tard. C’est ensuite le retour vers Nancy pour participer à la défense de la ville menacée par les troupes allemandes. Le 66ème combat en Lorraine jusqu’au 5 septembre. A cette date, il reçoit l’ordre de rejoindre le front de Champagne à pied, puis en chemin de fer. Les hommes débarquent à Fère-Champenoise le 6 septembre et prennent aussitôt la direction de l’Est.
Dans l'après-midi du 7 septembre, le régiment reçoit l'ordre de se porter en avant et d'aller occuper les bois qui se trouvent à l'Est de Fère- Champenoise. Le 66ème RI se dirige alors en direction de Connantray où il arrive vers 19 heures. Les hommes prennent hâtivement leurs emplacements de bivouac pour passer la nuit dans les bois entre la grande route qui va de Fère-Champenoise à Connantray et la voie ferrée qui passe au Nord. Ils en profitent pour creuser quelques tranchées. Protégés par des éléments du 11ème corps en avant de la ligne de front, les fantassins du 66ème sommeillent, écrasés de fatigue.
Durant toute la nuit du 7 au 8 septembre, l'artillerie ennemie montre une certaine activité, principalement entre minuit et 1 heure du matin. Des coups de feu isolés éclatent sur les lisières des bois. Soudain à trois heures et demie du matin, aux premières lueurs du jour, les Allemands déclenchent une brusque et violente offensive. Les régiments d'avant-postes sont culbutés par une nuée d'assaillants. L'ennemi tombe à l’improviste sur le 66ème RI.
Les vagues d'assaut ennemies, se sont infiltrées dans les bois. Elles arrivent à 40 mètres des lignes françaises en poussant des «Hurrah !» et en soufflant dans leurs petits clairons. La lutte s’engage. Le corps à corps est sauvage. Dans les taillis, on s'éventre à la baïonnette, on se fusille à bout portant. Les Allemands viennent de partout. Des groupes se forment et luttent jusqu'à la mort, sans céder un pouce de terrain.
Mais le régiment, mitraillé sur les trois faces, est sur le point d'être encerclé. Les survivants tentent de se replier en réalisant une percée. Il leur faut, pour cela, gravir ce qu’ils appellent « le glacis de la mort ». Après avoir traversé un ruisseau sous la fusillade, les restes du régiment se replient sur le village d’Euvy, au sud de Fère Champenoise, en soutien des batteries d'artillerie française qui couvrent leur retraite. Enfin, les soldats épuisés atteignent le village de Gourgançon, au sud d’Euvy, qu’ils mettent aussitôt en état de défense. L'ennemi, lui aussi épuisé par la dureté des combats, décide de na pas poursuivre la bataille.
Au soir du 8 septembre 1914, 1 287 hommes du 66ème RI manquent à l’appel. C’est plus du tiers des effectifs du régiment.
Porté disparu, Guy est déclaré « Mort pour la France » le 8 septembre 1914 à Fère-Champenoise dans la Marne. Il a 22 ans.
Ses parents sont informés de sa disparition par un avis du Ministère de la Guerre en date du 11 octobre 1914. Son décès est officiellement reconnu à la suite du jugement déclaratif de décès du Tribunal de Tours le 18 juin 1919 et transcrit à la mairie de Tours le 15 juillet 1919.
Le studio PEIGNÉ transféré avant-guerre au n° 6 rue Néricault-Destouches à Tours, reste en activité jusqu'au décès de Madame PEIGNÉ qui s’éteint à l’âge de 86 ans en septembre 1957.
Le casino de Préfailles a servi de cercle pour les officiers de la Wehrmacht durant l’occupation. Il a mystérieusement brulé en 1945 lorsque les troupes allemandes qui occupaient la poche de Saint-Nazaire se sont rendues. Aujourd’hui, il ne reste que le terrain au-dessus de la plage qui est devenu une aire de jeux pour enfants.
L’immeuble où se trouvait le studio PEIGNÉ de Nantes devient le siège de la Compagnie Générale Transatlantique entre la fin de la seconde guerre mondiale et 1970.
Guy PEIGNÉ fait partie de ces soldats sans sépulture. Son nom n'apparaît sur aucun monument aux morts officiel. Notre site rappelle donc sa mémoire à tous.
Hommages à Préfailles :
Monument commémoratif bord de mer (Ce monument n'est pas un monument officiel. Il est différent du monument officiel placé dans le cimetière)
Hommages à Tours :
Livre d'or du ministère des pensions.
Plaques commémoratives 1914-1918 de la mairie.
Son père Charles, décrit à l’époque comme brisé par la mort de son fils, meurt le 1er août 1929 à l’âge de 63 ans. Lui-même fils unique, il avait hérité de son père en 1916 de l'établissement de photographie situé 3, place Graslin à Nantes qu'il revend en décembre 1920 avant de céder celui d'Angers, 8 rue d'Alsace, en mars 1921.
Après le décès de son mari en 1929, le fonds de commerce de la rue Néricault-Destouches à Tours est exploité par Berthe PEIGNÉ, la mère de Guy. Certains portraits des années 30 sont signés G. Peigné, sans doute en souvenir de Guy Peigné, fils unique de Charles et de Berthe.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
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