DUGUÉ Charles Xavier Jean Marie
Les Moutiers
1883 - 1915
93ᵉ régiment d'infanterie
Mort pour la France
Charles est né le 8 septembre 1883 en Vendée.
Il se marie le 4 avril 1910 à Bourgneuf-en-Retz avec Marie GIRODEAU.
Ils viennent habiter aux Moutiers vers 1910.
Charles est mobilisé le 11 août 1914 au 93ème régiment d’infanterie.
Il combat à Maissin, Our.
Puis il participe à la bataille de la Marne.
Il poursuit les combats à la Boisselle, Thiepval, Mesnil et Auchonvillers.
Envoyé en Champagne, il combat ensuite à Mesnil-lès-Hurlus.
C’est là que Charles disparaît. Son corps ne sera jamais retrouvé.
Une plaque mémorielle est apposée sur la sépulture familiale.
Charles est né le 8 septembre 1883 à Bois-de-Céné en Vendée. Il est le fils de Charles, journalier et de Jeanne RENAUD aussi journalière qui demeurent à la Croix-des-Guignards à Bois-de-Céné.
Il a déjà un grand frère, Jean né vers 1882.
Il a deux petites sœurs jumelles qui naissent le 3 octobre 1884 : Charlotte et Marie.
La maman de Charles décède le 10 avril 1889 à Bois-de-Céné.
En 1904, Charles est cultivateur avec son père à Bois-De-Céné. Il est brun, aux yeux bruns et mesure 1m56.
Charles est ajourné en 1904 et 1905 et ne commence son service militaire que le 7 octobre 1906 au 93ème régiment d’infanterie.
Il obtient son certificat de bonne conduite et retourne à la vie civile le 12 juillet 1907.
Il accomplit une 1ère période d’exercice du 21 août au 17 septembre 1908.
Le 24 juillet 1909, Charles habite à Bourgneuf.
Il se marie le 4 avril 1910 à Bourgneuf avec Marie GIRODEAU. Puis, à compter du 26 juin 1910, la famille demeure aux Jaunais aux Moutiers.
Ils ont une fille, Bernadette qui naît le 8 avril 1915 aux Moutiers.
Il accomplit une seconde période d’exercices militaires du 2 au 18 octobre 1912.
Charles est mobilisé le 11 août 1914 au 93ème régiment d’infanterie de La Roche-sur-Yon.
Son régiment part en direction de la Belgique en passant par Sedan. Il est engagé dans le combat de Maissin et, le 22 août 1914, 500 hommes de ce régiment tomberont à Our. En cette seule journée du 22 août 1914, l’armée française perd 27 000 hommes sur l’ensemble du front.
Le 93ème bat en retraite jusque dans la Marne où se produit « Le Miracle », l’armée française stoppant l’offensive de l’armée allemande.
S’ensuit le combat de la Boisselle, le 28 septembre.
De janvier à mars, le régiment occupe les secteurs de Thiepval, Mesnil et Auchonvillers dans la Somme.
Le 11 mars 1915, Charles est envoyé en renfort au 293ème qui est cantonné à Dernancourt, à une dizaine de kilomètres des positions de 93ème.
Les jours qui suivent sont faits d’incessants tirs d’infanterie ennemie auxquels l’artillerie du 293ème répond.
Le régiment apprend le 22 mars que sur le front Est, les Russes ont remporté une victoire sur l'Autriche Hongrie à Przemysl. Depuis septembre 1914, cette ville de l'actuelle Pologne était assiégée. Le 22 mars, la garnison autrichienne se rend, entraînant chez les soldats français un grand mouvement de liesse, l'Autriche Hongrie étant alliée de l'Allemagne. On peut lire dans le Journal et Opérations du 293ème : « Par ordre, des vivats et des cris de "Vive la Russie" sont poussés sur le front à 18 heures. Quelques Allemands montrent la tête ; un d’entre eux monte sur la tranchée en face de la 23ème. Il fait force gestes. Le soldat Berthomé le met en joue et l’abat »
Les semaines qui suivent sont faites de coups de main, de reconnaissances d’une tranchée à l’autre sans mouvement. Chaque camp est enterré.
Plus tard, de violents combats reprennent. On trouve dans le JMO un « Tableau d’Honneur » dessiné en hommage au soldats morts entre le 18 avril et le 5 juin 1915 inhumés dans le cimetière de Carnoy.
En juillet, le 293ème est envoyé en Champagne jusqu’en septembre 1915 puis dans le secteur de Mesnil-lès-Hurlus.
Charles disparaît au combat le 22 septembre 1915 à Mesnil-lès-Hurlus. Son décès sera fixé au 22 septembre 1915 par un Jugement déclaratif de décès du tribunal de Paimboeuf en date du 4 janvier 1921.
Le corps de Charles n’a jamais été retrouvé. Une plaque mémorielle est apposée sur la sépulture familiale QUINETTE au cimetière des Moutiers.
«.../... Agé d'environ trente ans il [son père] est parti bravement rejoindre le 93e régiment d'infanterie où il était incorporé, vêtu du pantalon garance, rouge vif, la tenue de l'époque. Idéal comme cible... l'ennemi ne les voyait presque pas, vous pensez... Blessé au bras gauche lors de la bataille de Charleroi, il fut envoyé en convalescence à Bellac pour trois ou quatre mois. Il resta handicapé de son bras mais, comme l'armée manquait de soldats - les premières batailles ayant été meurtrières - même les manchots repartaient au front. On lui a dit: «Avec ton bras valide tu pourras tirer pareil».
Revenu une seule fois dans le Pays de Retz, pour quinze jours de permission, il allait de temps en temps aider un fermier. J'ai su, longtemps après, qu'il avait déclaré à cet homme, à la fin de son séjour: « C'est la dernière fois que je vous vois...» Ce qui prouve à quel point les Poilus étaient lucides sur la «boucherie» à laquelle on les envoyait. Bien sûr, il ne tint pas ces paroles à sa femme, enceinte, quand il repartit au front.
Pour ne pas rester seule au moment de la naissance de son enfant, maman partit vivre chez sa sœur, Augustine, qui habitait tout près, à la Quartraie, dans une ferme en bordure de la voie ferrée.
Je suis donc née le 8 avril 1915 , à midi à la Quartraie, aux Moutiers-en-Retz, précise l'acte d'état civil .
Au courrier de ma mère pour lui annoncer ma naissance, mon père répondit, par une carte datée du 12 avril : «Je suis très content ma chère Marie-Rose. Tu dis qu'elle me ressemble, je le verrai à mon retour... Par contre, je ne comprends pas que vous l'ayez appelée Bernadette, ce n'était pas mon désir. Je voulais qu'elle porte le nom de ma mère, Jeanne. Quand je reviendrai, je l'appellerai la petite Marie-Jeanne.»
Mes oreilles n'ont jamais entendu prononcer «petite Marie-Jeanne», car mon père est mort le 25 septembre 1915 avant de m'avoir vue. Il a été tué lors de la deuxième bataille de Champagne, à Mesnil-lès-Hurlus, au pont de Minaucourt. Ces jours-là furent si terribles que les Poilus manquaient de commandement, trop d'officiers ayant perdu la vie au cours de cet assaut. Un des compagnons d'infortune de mon père m'a raconté que les trois quarts du bataillon étaient décimés et qu'ils étaient commandés par un très jeune sous-officier lors de l'assaut funeste. Alors que les soldats se repliaient dans la précipitation, le camarade a vu mon père tomber, mais il fallait filer aux abris, sans se retourner. Il l'a cherché, ensuite, dans les infirmeries, il s'est renseigné auprès des autorités pour savoir s'il avait été fait prisonnier par les Allemands. Mon père a peut-être été enseveli, mort vivant, dans un trou d'obus.
Aucune trace de lui, on n'a jamais retrouvé son corps.»
Bernadette Aubin, née Dugué. 2011
Emporté par la tourmente des combats, Charles n'a pas de sépulture connue.
Son nom reste gravé à jamais sur le Monument aux Morts des Moutiers, où sa mémoire perdure chaque 11 novembre.
Hommage aux Moutiers :
Monument aux morts.
Livre d'Or du ministère des pensions.
Sa fille, Bernadette, n’a que 5 mois au décès de son père. Elle est adoptée par la Nation le 31 décembre 1919. Elle se marie aux Moutiers en 1938 avec Pierre AUBIN qui est abattu le 21 novembre 1942 à Préfailles par une patrouille allemande, sans doute confondu avec un Anglais recherché. Pierre est "Mort pour la France". Bernadette décède le 5 mai 2016 à l'âge de 101 ans.
La sœur de Charles, Marie, épouse Jean DUGUÉ le 7 juin 1909 à Bois-de-Céné. Elle décède à Bouguenais le 23 juin 1966.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Un soldat, un mot : Pchémissel, l'espoir de l'Est ou le «Mirage Russe»
Pour un soldat du 93e RI (basé à La Roche-sur-Yon, donc plein de gars de l'Ouest), le 22 mars 1915 est un jour de fête, même sans quitter la tranchée. La chute de Przemysl représente l'espoir que la guerre va finir vite grâce au «Rouleau Compresseur Russe».
Qu'est-ce que Przemysl ? C'est une immense forteresse austro-hongroise (dans l'actuelle Pologne). C'est le verrou qui empêche les Russes d'envahir la Hongrie et Vienne. Les Russes l'assiégent depuis des mois (133 jours, le plus long siège de la guerre à cette date). C'était un enfer de froid et de faim pour les défenseurs.
Pourquoi le 93e RI en parle ?
La capitulation du 22 mars est une victoire colossale.
Les chiffres donnent le vertige : Les Russes capturent 9 généraux, 2 500 officiers et près de 120 000 soldats austro-hongrois d'un coup.
L'impact stratégique. Pour les poilus, si l'Autriche s'effondre, l'Allemagne va devoir envoyer des troupes à l'Est pour la sauver. Donc, il y aura moins d'Allemands en face de nous en France. On va pouvoir percer ! »
Une euphorie de courte durée. La note du JMO est touchante avec le recul. En effet, les troupes reprennent espoir. Malheureusement, quelques semaines plus tard (mai 1915), les Allemands lancent une contre-offensive terrible (Gorlice-Tarnow) qui brisera l'armée russe. L'espoir du 22 mars était une illusion, mais ce jour-là, il a réchauffé les cœurs.
Sources : JMO du 93e Régiment d'Infanterie ; Orlando Figes, La Révolution Russe (Tome 1)