POTIER Etienne Henri
Cheix
1885 - 1915
Adjudant au 7ᵉ régiment d'infanterie coloniale
Mort pour la France
Ses parents, Pierre POTIER, journalier natif de Bouin (85) et Léonide GAUTHIER, native de Vue, lingère, se marient le 24 septembre 1883 à Vue. Ils ont deux garçons : Etienne et Louis.
Etienne est né le 30 mai 1885 à Bouin (85)
Il s'engage dans l'armée en 1906.
Il est nommé caporal, sergent puis adjudant dans l'infanterie coloniale.
Etienne est tué à l’ennemi à Seddul Bahr (Dardanelles) en Turquie le 30 juin 1915.
Il est inhumé à Cheix.
POTIER Etienne Henri est né le 30 mai 1885 à Bouin.
En 1905, il habite dans le XVème arrondissement de Paris et il exerce la profession d’employé de commerce. A cette époque, son père est décédé et sa mère habite à Saint-Pierre-Aigle dans l’Aisne.
Henri a les cheveux châtains, les yeux gris et mesure 1,70m.
Il s’engage dans l’armée le 7 septembre 1906, affecté au 3ème Régiment d’Infanterie Coloniale.
Le 26 février 1909, il passe au bataillon d’Afrique Occidentale française. Puis, le 13 janvier 1912, il est incorporé au 7ème régiment colonial.
Il est nommé caporal le 6 janvier 1912 et sergent le 1er juin 1913.
La carrière militaire d'Etienne est marquée par l'aventure coloniale avant même le déclenchement de la Grande Guerre. Affecté au 3ème régiment colonial le 1er octobre 1913, il rentre en métropole le 5 juin 1914 pour rejoindre le 7ème Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC). Il est présent sous les drapeaux lors de la mobilisation générale d'août 1914.
Après avoir fait ses preuves lors des premiers mois de guerre (il est nommé Sergent-Major le 15 février 1915), Etienne fait partie des troupes désignées pour l'une des expéditions les plus périlleuses du conflit : l'ouverture du détroit des Dardanelles face à l'Empire Ottoman en mars 1915. Il quitte le front occidental pour embarquer vers la Méditerranée orientale. Le dépaysement est total, mais les conditions de vie sont effroyables : chaleur intense, manque d'eau, terrain escarpé où l'ennemi surplombe les positions françaises.
Débarqué sur la presqu'île de Gallipoli, dans le secteur de Seddul-Bahr, Etienne vit le quotidien harassant du Corps Expéditionnaire d'Orient. Les troupes sont terrées dans des tranchées de fortune, sous le feu constant de l'artillerie turque. Dans ce chaos, l'expérience d'Etienne est précieuse. Il est promu Adjudant le 14 juin 1915, remplaçant probablement des officiers tombés au combat lors des offensives meurtrières du printemps.
La fin du mois de juin 1915 est marquée par une violence extrême. Après la grande attaque française du 21 juin (première bataille de Kereves Dere) et celle du 28 juin (Action du Ravin de la Mort), les Turcs lancent de furieuses contre-attaques pour rejeter les Français à la mer.
Le 30 juin 1915, jour de de la mort d'Etienne, le secteur de Seddul-Bahr est une fournaise. Les combats se font souvent à la grenade et à la baïonnette pour la défense de quelques mètres de terrain rocailleux. C'est là, face à l'ennemi, qu'Etienne tombe, fauché à l'âge de 30 ans.
Restitué à la famille, le corps d'Etienne est arrivé en gare de Nantes le 13 décembre 1922. Il est inhumé à Cheix.
La maman fera apposer sur la tombe une plaque en mémoire de Louis, son autre fils mort pour la France.
Bien que Mort pour la France, Etienne n'est inscrit sur aucun monument aux morts.
Hommage à Paris IX
Livre d'or du ministère des pensions
La maman d’Etienne décède en 1955 à l’âge de 95 ans.
Son frère, Louis, est Mort pour la France le 30 juin 1915.
Pierre Marie, le fils de Louis, exerce le métier de maçon. Il se marie en 1929 à Saint-Jean-de-Monts (Vendée) Il décède le 17 février 1982 à Nantes.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
En croisant les listes du Livre d'Or et les noms gravés dans la pierre du monument aux morts communal, le constat est souvent douloureux : des noms manquent. On estime parfois jusqu'à 2 ou 3 % le nombre de soldats «Morts pour la France» qui ne figurent sur aucun monument aux morts.
Pourquoi ces absences ?
Contrairement à une idée reçue, l'inscription sur le monument n'a pas été automatique, même avec la mention «Mort pour la France». Elle relevait de la volonté du conseil municipal (loi du 25 octobre 1919). Plusieurs raisons expliquent ces oublis tragiques :
Le conflit de résidence : Le soldat est né dans la commune, mais vivait ailleurs au moment de la mobilisation ou l'inverse. Chaque maire pouvait considérer que c'était à «l'autre commune» de l'inscrire. Résultat : il n'est nulle part.
Le facteur familial et financier : les familles devaient vérifier ou réclamer l'inscription de leur défunt. Si une famille avait déménagé ou disparu (parents décédés, veuve partie), personne ne portait la demande au moment de la construction du monument (souvent entre 1920 et 1925). La gravure des noms étant facturée à la lettre ou à la ligne, certaines communes trop pauvres ont pu limiter les listes pour des raisons budgétaires. C'est cependant moins documenté administrativement que les conflits de résidence. La commune du Clion n'a fait graver que la première lettre du prénom et le nom du soldat. Certains ne peuvent donc pas être identifiés. Nous avons là un monument aux morts qui comporte de trsè nombreuses anomalies. La mairie en a été informée en 2025.
Le flou administratif : le jugement déclaratif de décès des disparus a été rendu bien après la construction du monument (parfois 4 ou 5 ans après l'armistice). Graver un nom coûtait cher et les budgets étaient clos.
Le devoir de mémoire aujourd'hui.
Ces soldats subissent une «double mort» : la perte de la vie, puis l'effacement de la mémoire collective locale. Le travail de recherche, comme celui que nous réalisons, est souvent le seul moyen de leur redonner, un siècle plus tard, leur place parmi les leurs.
Source : La loi du 25 octobre 1919 : Texte de référence.
Ce que dit la loi : Art. 1er. Les noms des combattants des armées de terre et de mer ayant servi sous les plis du drapeau français et morts pour la France, au cours de la guerre 1914-1918, seront inscrits sur des registres déposés au Panthéon.
Art.3. L’État remettra à chaque commune un livre d’or sur lequel seront inscrits les noms des combattants des armées de terre et de mer morts pour la France, nés ou résidant dans la commune.
Art.5. Des subventions seront accordées par l’Etat aux communes pour glorifier les héros morts pour la Patrie (notamment à travers l’édification de monuments).
Nuance importante : Si la loi encourage la «glorification» des héros par les communes via des subventions, elle ne rendait pas automatique ni obligatoire la gravure de tous les noms sur le monument. Le monument est propriété communale, sous la responsabilité du conseil municipal.
Des lois récentes
Le meilleur moyen de démontrer que la gravure de tous les noms n'était autrefois pas automatique, c'est que le Parlement a voté une loi le 28 février 2012 pour rendre l'inscription obligatoire sur le monument de la commune de naissance ou de dernière résidence, mais uniquement si la demande est faite. Cela confirme bien le vide juridique qui a perduré pendant un siècle.
Ce texte a été complété en 2023.
"Lorsque la mention «Mort pour la France» a été portée sur l'acte de décès dans les conditions prévues au chapitre Ier du présent titre, l'inscription du nom du défunt sur le monument aux morts de sa commune de naissance ou du dernier domicile ou du lieu d'inhumation ou sur une stèle placée dans l'environnement immédiat de ce monument est obligatoire."
A ce jour, sur les 15 communes de Pornic-Agglo-Pays-De-Retz, nous dénombrons 81 morts pour la France absents des monuments aux morts. Certaines communes en ont déjà été informées.