Cette biographie a été rédigée par Hervé et adaptée au support
BOUCARD Joseph Clément Marie
Chauvé
1892 - 1918
Brigadier au 249ème régiment d'artillerie de campagne
Mort pour la France
Joseph BOUCARD est né le 1er mars 1892 à Chauvé au lieu-dit « Le Marais Héry ».
A la mobilisation, il sert au 19ème Escadron du Train des Equipages Militaires. Il y reste affecté jusqu'en décembre 1916.
Il intègre alors le 12ème Régiment d'Artillerie de Campagne (RAC).
Il passe ensuite au 249ème RAC en mars 1917.
Lors d'une opération de ravitaillement en munitions, Joseph est blessé très grièvement à la tête et il décède le 13 juin 1918 à l’ambulance 13/26 à Catenoy (60).
Joseph voit le jour dans une famille de cultivateurs le 1er mars 1892 à Chauvé. Il est le fils de de Clément et de Julie FOUCHER. Le couple réside au lieu-dit « Le Marais Héry ».
Son père est devenu régisseur à Tharon et la famille vit à Saint- Michel- Chef-Chef lorsque naît une petite sœur prénommée Marie-Louise en 1893. A cette date et grâce aux nouvelles fonctions de son époux, Julie, leur mère, arrête de travailler pour se consacrer à son rôle de mère au foyer.
Le jeune Joseph suit une scolarité qui lui permet d’être classé comme sachant lire, écrire et compter.
Il est blond aux yeux gris et il est laboureur lors de son incorporation le 9 octobre 1913 au 19ème escadron du train caserné à Paris, au quartier Fontenoy.
Le jeune homme est encore sous les drapeaux lorsque éclate la première guerre mondiale.
Lors de la déclaration de la guerre, le train des équipages n’est pas véritablement considéré comme une arme combattante. Les escadrons sont chargés d’assurer l’approvisionnement en ravitaillement, en vivres et en munitions au plus près du théâtre des opérations. Les évacuations des blessés rentrent aussi dans leur périmètre d’action. En août 1914, les unités du train mobilisent 110 000 hommes, 140 000 chevaux et 50 000 voitures.
Le 19ème escadron du train, qui comprend trois compagnies en temps de paix, doit principalement assurer la mobilisation des formations destinées au 21ème corps d’armée, au corps colonial, au camp retranché de Paris.
En même temps que la mobilisation hippomobile, le 19ème escadron du train procède, dès le 1er août, à la mobilisation automobile.
Tous les autobus parisiens, soit plus d’un millier, sont réquisitionnés par l’armée dès le début de la guerre. La Compagnie générale des omnibus aménage spécifiquement des autobus pour mettre sur pied les unités automobiles R. V. F. (Ravitaillement en Viande Fraîche) prévues au plan de mobilisation. Des unités T. M. (Transport de Matériel) et T. P. (Transport de Personnel) sont également mises en route. Les autobus T.P. mènent les troupes sur le front et permettent de prendre en charge plus rapidement les blessés en servant d’infirmerie avant de les ramener vers l’arrière du front.
Une centaine d’autobus sert immédiatement aux transports de troupes et part sur le front. D’autres accompagnent, l’opération dite « des taxis de la Marne ».
Au total, entre le 1er au 15 août 1914, le 19ème escadron met sur le pied de guerre 20 unités hippomobiles, soit environ 7.000 hommes et 120 unités automobiles, soit environ 12.000 hommes.
Joseph sert dans les rangs du 19ème escadron jusqu’au 11 septembre 1916, date à laquelle il est muté au 12ème Régiment d’Artillerie de Campagne (RAC). A l’automne 1916, ce régiment vosgien, doté de canons de 75 mm, a quitté la Champagne pour rejoindre la Somme où la bataille est engagée depuis le 1er juillet précédent.
Quand Joseph est envoyé recompléter les rangs du 12ème RAC, celui-ci se trouve engagé sur le front de la Somme depuis la fin du mois de juillet 1916. Au sein de la 43ème division du Xème corps d’armée, il est déployé devant Vermandovillers et Soyécourt. Sa situation dans ce secteur difficile, aux ondulations légères, peu favorables au défilement de l'artillerie, reste délicate jusqu'à la fin de la bataille.
L'artillerie est chargée en propre du ravitaillement en munitions de ses batteries et des autres armes. A cet effet, elle comporte des unités spéciales qui ont reçu le nom de « Sections de Munitions d’Artillerie » (SMA). Elles sont rattachées au parc d’artillerie de la division. De par sa spécialisation dans le train des équipages, Joseph se retrouve affecté dans une de ces sections du 12ème RAC.
La section de munitions de 75 mm comprend 1 capitaine, 2 officiers, 11 sous-officiers, 7 brigadiers et 122 canonniers. Elle possède 25 chevaux de selle et 149 chevaux de trait. Elle attelle 3 fourgons, 1 fourragère et 22 caissons.
Le 12ème RAC participe à la conquête d'Ablaincourt et de Pressoire le 7 novembre 1916. L'offensive est prévue se poursuivre, mais le temps devient abominable. Le champ de bataille sur lequel les fantassins et les artilleurs subissent les pires bombardements depuis trois mois, se transforme en une mer de boue que les plus pénibles travaux ne parviennent pas à endiguer. C’est dans un état d'épuisement considérable que s'effectue la relève des batteries dans la nuit de Noël 1916.
Transporté avec le 21ème corps dans la région de Villersexel le 28 décembre, puis dans la région de Belfort le 1er février 1917, le 12ème RAC est employé à des travaux dits « de secteur » en Haute-Alsace autant pour l'aménagement défensif de la région que pour parer à une attaque possible par la Suisse.
Le bureau des effectifs de l’état-major français profite de cette période relativement calme sur cette partie du front pour y prélever des personnels destinés à recompléter les rangs des régiments les plus éprouvés ou à en créer de nouveaux. Ainsi, le 1er avril 1917, les groupes de l'artillerie de la 152ème division sont appelés à constituer un nouveau régiment qui prend le numéro 249. Et c’est ainsi que Joseph se retrouve affecté par anticipation au 249ème RAC en cours de création le 15 mars 1917. Il est muté au 27ème groupe.
Aussitôt formé, le régiment est engagé dans les opérations du printemps 1917; au nord-ouest de Reims. Il participe ainsi à la préparation et à l'exécution de l'offensive d'ensemble de l’armée française du mois d'avril (dite aussi offensive du général NIVELLE) qui mobilise plus d'un million d'hommes sur un front de 40 km entre Soissons et Reims. Les poilus chassent l'ennemi de Loivre et le repoussent jusqu'aux lisières de Berméricourt.
A la fin d'avril, le front se stabilise de nouveau dans la région au nord-est de Reims. Au total, l’échec global de l’offensive Nivelle entraîne pour Reims le maintien de sa situation sur le front qui prévaut depuis octobre 1914.
Jusqu'au 12 août, le régiment occupe dans cette région plusieurs secteurs : Coucy, Villers-Franqueux, Cormicy et Berry au Bac. A la fin du mois d'août 1917, la 152ème division, qui avait été transportée par chemin de fer en Lorraine, est désignée pour occuper le secteur de Lunéville. Sa mission est de maintenir l'intégrité du front dans la région de la Forêt de Parroy et de Donjevin.
Le front à défendre est très étendu. La sécurité des positions d'infanterie repose sur la vigilance et la souplesse des batteries ainsi que sur la rapidité du déclenchement des barrages d’artillerie. Dans ce contexte, la bonne exécution des missions de ravitaillement en munitions des batteries est vitale. Joseph Boucard y gagne ses galons de brigadier le 13 novembre 1917.
Le 20 Janvier 1918, le régiment est relevé et placé en réserve d'armée en arrière du front de Lorraine. Au printemps, la défection russe sur le front de l’Est est devenue définitive. Elle a rendu disponibles de nombreuses divisions allemandes qui ont été successivement envoyées sur le front français. Malgré l'entrée en ligne des troupes américaines, les armées alliées, ne peuvent encore prendre à ce moment l'initiative de la bataille. Les Allemands, à l’inverse, ont l'espoir d'obtenir la décision.
Le 21 Mars, une violente offensive allemande, entre la Somme et l’Oise, refoule les armées anglaises. Un recul général se produit d'Arras à Noyon. Quelques jours après, au début d'avril , la 152ème division à laquelle est toujours rattaché le 249ème RAC est transportée par chemin de fer, de Lorraine dans la région de Saint-Just-en-Chaussée (Oise). Partout où elle est engagée, l'ennemi est bloqué et doit céder du terrain. En batterie dans le secteur de Grivesnes du 15 avril au 3 juin, le régiment appuie l’attaque exécutée par le 125ème régiment d'infanterie pour la prise du Parc de Grivesnes le 9 mai 1918. Il coopère ensuite à la préparation de l'attaque de Cantigny par la 1ère division américaine le 28 mai 1918.
Face au ralentissement général de leur offensive, les Allemands sont de jour en jour plus inquiets de la collaboration américaine. Ils cherchent à tout prix à remporter un succès décisif. Le 27 Mai, en voulant s'ouvrir le chemin de Paris, ils attaquent l'armée française entre la région de Soissons et celle de Reims et avancent jusqu'à la Marne. Ils ont à nouveau attaqué le 9 Juin dans la direction de Compiègne puis le 10 Juin vers la Forêt de Villers-Cotterêts
C'est à ce moment qu'une manœuvre offensive est exécutée par cinq divisions mises sous les ordres du Général MANGIN. Il s'agit d'une vigoureuse attaque de flanc dirigé contre l'ennemi qui porte alors tous ses efforts dans la direction de Compiègne. Le 249ème RAC doit prendre part à cette opération.
Les batteries du régiment se déplacent dans la nuit du 10 au 11 Juin. Le 11 juin au matin, elles prennent position dans le voisinage du village de Montgérain et se tiennent prêtes à exécuter la préparation de l'attaque. Celle-ci est précédée d’une demi-heure de tir de destruction suivie à 11h00, d'un barrage roulant. A 11h20, pour suivre l’avancée des troupes françaises, les batteries commencent leur déplacement par échelons. Dans ce bond en avant; elles dépassent même les derniers éléments d'infanterie et des tanks en train de gagner la ligne de feu.
C’est au cours de cette action offensive que Joseph est blessé très grièvement à la tête en ravitaillant en munitions une batterie d’artillerie à l’attaque de Méry (Oise). Il réussit à être évacué vers l’ambulance 13/26 SP 231 de Catenoy (Oise) mais il y décède le 13 juin 1918 des suites de ses blessures de guerre.
L’ambulance est un poste de secours avancé au plus près du front, chargé d’accueillir les soldats blessés et de leur donner les premiers soins avant qu’ils ne soient ensuite évacués vers un hôpital militaire de campagne.
L'ambulance 13/16 ne fonctionne à Catenoy que de début juin à fin août 1918. 150 soldats aujourd’hui inhumés dans la nécropole de Catenoy y sont décédés sur cette période.
Le décès de Joseph est officiellement enregistré à la maire de Chauvé le 4 janvier 1922.
Joseph est inhumé dans la Nécropole nationale de Catenoy (60) tombe individuelle 317.
Aujourd’hui, la Nécropole nationale de Catenoy renferme les corps de 1473 militaires identifiés et de 278 militaires inconnus dont 1 466 militaires français de la guerre 1914 – 1918. Tous les départements français sont représentés à l’exception du Haut-Rhin et de Mayotte.
La famille de Joseph fait poser une plaque mémorielle sur la tombe familiale au cimetière de Chauvé. Deux médailles en bronze y sont présentes : la Médaille militaire et la Croix de guerre.
Hommage à Chauvé :
Inscrit sur le monument aux morts.
Inscrit sur le Livre d'or du ministère des pensions.
Sa sœur Marie Louise épouse Joseph CHARRIER en 1922 à Saint-Père-en-Retz. Le couple a deux enfants. Elle décède le 16 juin 1989 à Saint-Père-en-Retz à l'âge de 95 ans.
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Dans le jargon militaire de l'époque, une «Ambulance» est une formation sanitaire. C’est un ensemble de tentes, de baraquements ou de bâtiments réquisitionnés (églises, écoles, châteaux) situés à quelques kilomètres (généralement 5 à 15 km) derrière la ligne de front.
Son but : Recevoir les blessés du front, effectuer un triage, opérer les urgences absolues et stabiliser les autres avant de les évacuer vers l'arrière.
Sa mobilité : Elle est conçue pour suivre les mouvements de la troupe (d'où le nom, issu du latin ambulare, marcher/se promener). Elle se monte et se démonte selon l'avancée ou le recul du front.
Pour comprendre le rôle de l'Ambulance, il faut la situer dans le parcours du soldat touché :
Au front : Le soldat est blessé. Les brancardiers le ramènent au Poste de Secours (PS) dans la tranchée pour un pansement sommaire.
Le Transport : Il est évacué (à pied, brancard, brouette ou véhicule hippomobile) vers l'arrière.
L'Ambulance (Le Triage) : C'est ici que tout se joue. Les médecins classent les blessés :
Intransportables : Opérés sur place immédiatement (abdomen, hémorragies graves).
Transportables : Pansement refait, puis évacuation vers les hôpitaux de l'arrière (H.O.E - Hôpitaux d'Origine d'Étape).
Laissés pour compte : Ceux jugés trop gravement atteints pour être sauvés avec les moyens disponibles (le terrible "triage de catastrophe").
Selon les fiches des soldats cités plus haut, on peut croiser plusieurs termes :
Ambulance Divisionnaire (AD) : Rattachée directement à une division d'infanterie. C'est la plus proche du combat.
Ambulance de Corps d'Armée (ACA) : Un peu plus en arrière, mieux équipée.
Autochir (ACA) : À partir de 1915-1916, apparaissent les «Auto-Chirurgicales». Ce sont de véritables camions équipés de blocs opératoires mobiles et d'appareils de radiologie (les fameuses voitures «Petites Curies»). C'est une révolution technique.
Bien sûr, il fallait des véhicules pour relier le front à cette structure médicale. On les appelait plutôt des «autos sanitaires» ou «voitures sanitaires».
Hippomobiles : Au début de la guerre, beaucoup de transports se font encore par charrettes tirées par des chevaux, lentes et chaotiques, terribles pour les blessés (chocs, tétanos, gangrène).
Automobiles : Rapidement, les véhicules motorisés s'imposent (les célèbres Ford T des volontaires américains, les Berliet, etc.). Elles permettent d'aller chercher les blessés plus vite, souvent la nuit pour éviter les tirs d'artillerie.
C'est un lieu de souffrance intense et de travail acharné.
Les blessures : Ce ne sont pas des blessures par balles propres, mais des déchiquetages par obus (shrapnels). La boue des tranchées contamine les plaies.
L'ennemi n°1 : La gangrène gazeuse. Faute d'antibiotiques (qui n'existent pas encore), les chirurgiens de l'Ambulance doivent souvent amputer très vite pour sauver la vie du soldat.
L'hygiène : Souvent précaire. On opère à la chaîne, parfois sous la tente, à la lueur des lampes à pétrole ou acétylène si l'électricité manque.