RAINGEARD Jean Léon
Le Clion - Chauvé
1888 - 1918
Soldat au 107ème régiment d'artillerie lourde
Mort pour la France
Jean Léon est né le 6 avril 1888 au Clion.
Il se marie en 1913 et a une fille.
Il est mobilisé le 3 août 1914.
D’abord affecté dans un Escadron du Train des Equipages Militaires (ETEM)
En janvier 1917, il est envoyé dans l’artillerie lourde : d’abord au 111ème puis au 107 RAL.
Il est tué à l’ennemi le 9 juin 1918.
Il est décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre.
Son père, Jean Léon RAINGEARD épouse Louise BOUTET en 1887 au Clion. Ils sont tous les deux natifs du Clion. Le couple a deux enfants : Jean (1888) et Eugène (1890).
Jean Léon fils est donc né le 6 avril 1888 au Clion.
Il commence son service militaire le 7 octobre 1909 au 18ème Escadron du Train des Equipages Militaires (ETEM).
Il va servir en Algérie à partir 7 octobre 1909 au 25 avril 1911. Il a pour mission d’opérer sur les confins sud algéro-marocains en guerre du 26 avril au 22 août 1911.
On lit dans la fiche matricule : « Le 18 novembre 1909 à 2h du soir au retour de la manœuvre en dételant ses mulets, la mule 1864 « Aile » frappa d’un coup de pied au menton le cavalier Raingeard au moment où ce dernier passait derrière l’animal pour décrocher les traits »
Puis Jean est affecté en Algérie du 23 août 1911 au 23 septembre 1911.
Il obtient son certificat de bonne conduite et revient à la vie civile le 24 septembre 1911.
Jean épouse Anne LERAY à Chauvé en 1913. Ils ont une fille, Anna née le 7 octobre 1914 à Pornic.
Mobilisation et entrée dans la Grande Guerre
Comme des millions de Français, Jean est mobilisé dès le début du conflit. Il rejoint le 3 août 1914 le 11ème Escadron du Train des Équipages Militaires (ETEM), unité stationnée à Nantes, chargée d’une mission essentielle : assurer les transports, les convois de ravitaillement et le soutien logistique des armées engagées au front.
Lors de la mobilisation générale du 1er août 1914, le 11ème ETEM, commandé par le chef d’escadron ROUSSEAU, forme quatorze compagnies et mobilise au total plus de 5 400 hommes, près de 7 800 chevaux et des milliers de voitures de transport. Le Train devient alors indispensable au fonctionnement quotidien des armées françaises.
Jean appartient à ces « tringlots » (Un tringlot est un soldat des ETEM) dont la tâche, souvent méconnue, est pourtant vitale : acheminer vivres, munitions, matériel du génie, équipements sanitaires, parfois jusque sous le feu.
Le service au sein du Train : une guerre de l’ombre.
Entre 1914 et 1917, Jean sert sans interruption dans les rangs du 11ème ETEM. Les compagnies du Train suivent les grands mouvements des armées : Ardennes, Belgique, retraite de la Marne, stabilisation dans la Somme et la Champagne.
Ainsi, dès août 1914, plusieurs convois du 11ème corps d’armée embarquent vers Challerange et Autry, participant aux opérations dans les Ardennes et en Belgique.
Le Train n’est pas un arrière tranquille : les routes sont bombardées, les convois subissent pertes humaines et animales, et le service devient rapidement « très pénible et souvent dangereux », notamment lors des combats de Verdun, où des hommes sont tués et blessés en cours de mission.
En 1916, certaines compagnies du 11ème ETEM sont engagées directement dans le secteur de Verdun, mettant des détachements à disposition du génie et assurant des transports en première ligne.
Jean vit donc cette guerre comme un soldat du ravitaillement : toujours en mouvement, exposé, souvent loin de sa famille, tandis que sa fille grandit sans lui.
Jean reste mobilisé au 11ème ETEM jusqu’au 8 janvier 1917, soit plus de deux années et demie de campagne au service des convois militaires.
Le 9 janvier 1917, après son service au 11ème ETEM, Jean est affecté au 111ème Régiment d’Artillerie Lourde (111ème RAL). Ce régiment, formé et alimenté notamment par le dépôt de Lorient, participe à l’effort croissant de l’artillerie lourde pendant la guerre.
Jean demeure au 111ème RAL jusqu’au 2 mai 1917. À cette date, il quitte ce régiment.
Affectation au 107ème RAL : le 5ème groupe (1917-1918)
Au printemps 1917, il est affecté au 5ème groupe du 107ème RAL, unité récemment constituée à Dôle en mars 1917. Ce groupe, formé d’artilleurs mais aussi d’anciens cavaliers, tringlots et fantassins, est équipé de puissants canons de 155 court Schneider modèle 1915, destinés à l’appui des grandes offensives.
Après une période d’instruction intensive à Arcis-sur-Aube et au camp de Mailly, le groupe est jugé prêt à partir au front.
Le 28 juillet 1917, deux batteries, les 16ème et 17ème, embarquent pour la zone des armées.
Le baptême du feu : le Chemin des Dames (août 1917)
La prise de contact avec l’ennemi se fait sur un terrain déjà marqué par les terribles combats du printemps : le Chemin des Dames.
Le 8 août 1917, le groupe prend position entre Soupir et Bourg-et-Comin, dans un secteur de tension permanente, où les tirs de contre-batterie sont quotidiens.
C’est là que tombent les premières victimes du groupe : deux canonniers sont tués au bois des Chaupières, preuve que même l’artillerie lourde, réputée en arrière, subit de plein fouet la violence du front.
Jean découvre alors la réalité de cette guerre industrielle : bombardements, vigilance constante, lutte d’artillerie réglée par les renseignements fournis par les avions.
La bataille de la Malmaison (octobre 1917)
À l’automne 1917, le groupe est engagé dans la préparation de la grande offensive de la Malmaison, sur les hauteurs de Laffaux.
Les batteries doivent être installées dans un terrain vierge, nécessitant des travaux immenses : plateformes, abris, voies d’accès, ravitaillement nocturne. Chaque batterie doit être approvisionnée pour tirer jusqu’à 4 000 coups (une batterie est en générale composée de 4 canons. Les 4000 obus représentent environ 2 journées de tir intensif)
Le 18 octobre, la 17ème batterie subit un bombardement violent à l’ypérite. De nombreux servants intoxiqués doivent être remplacés par des conducteurs volontaires.
Le 23 octobre 1917, l’attaque est un succès : elle entraîne la possession complète du Chemin des Dames. Mais le groupe sort éprouvé de cette période d’effort extrême.
Verdun et la Lorraine (hiver 1917-1918)
Le 5ème groupe devient, le 1er décembre 1917, groupe lourd organique de la prestigieuse 14ème Division, surnommée la « Division des As ».
Il est envoyé à Verdun, face au Mort-Homme, dans un secteur désormais plus calme, puis en Lorraine où il participe aux opérations de coups de main et de destructions d’ouvrages ennemis, dans des conditions climatiques éprouvantes, le froid, la neige, les déplacements incessants…
1918 : la bataille des Flandres (printemps)
Au printemps 1918, l’armée allemande lance sa grande offensive. La division est transportée vers la Belgique, devant le mont Kemmel.
Le groupe est engagé dans une des périodes les plus dures de son histoire : positions sans abris, routes bombardées, pertes sensibles, fatigue et maladie.
L’historique rappelle que les effectifs s’épuisent au point qu’aux derniers jours, il ne reste parfois qu’un officier par batterie.
Jean traverse ces semaines terribles, au cœur de la guerre d’usure.
Quelques jours après ces combats éprouvants, alors que le groupe vient tout juste de quitter la Belgique début juin, Jean tombe au champ d’honneur.
Le 9 juin 1918, Jean est tué à l’ennemi au bois de Coutron-Courton à l’âge de trente ans.
Ce bois, situé dans la région de la Marne, deviendra quelques semaines plus tard un théâtre de combats particulièrement sévères, où le groupe viendra de nouveau se mettre en batterie en juillet 1918, au sud-est du bois.
Jean n’assistera pas à ces offensives décisives. Il tombe quelques mois avant la victoire, laissant derrière lui son épouse Anne et leur fille Anna.
Jean est cité à l’ordre du régiment le 11 juin 1918 : « Très bon canonnier très dévoué ; a toujours fait son service avec zèle. A été tué en assurant son service au cours d’un bombardement. ». Jean est décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre.
Le 5ème groupe du 107ème RAL est cité à l’ordre de la Vème Armée pour son endurance et sa valeur offensive.
Le nom de Jean appartient à cette génération sacrifiée, tombée quelques mois seulement avant l’armistice.
Nous transcrivons ici, le très touchant petit mot écrit par Anne, la veuve de Jean, qui nous a été transmis par sa petite-fille Monique : « Voilà comment est arrivé la triste vie de mon mariage. Je me suis marié avec Jean Léon RAINGEARD le 20 Mai 1913. Nous avons été 15 mois ensemble. La guerre fut déclarée le 2 août 1914. J'ai eu ma petite Anna, le 7 Octobre 1914, 2 mois après la guerre déclarée. Mon pauvre Jean fut venu voir sa petite fille elle avait 14 mois. Puis mon pauvre mari fut tué le 9 Juin 1918 au bois du Coutron, tout près de Reims et fût enterré à Marfaux tout près d’Epernay dans sa 30ème année passée du 6 avril. On lui a fait dire un service le 10 juillet 1918 et l’Armistice fut signé le 11 novembre jour de la Saint-Martin 1918. Et la paix fut signée le 23 juin, veille de la Saint-Jean 1919. Et le grand-père de la Bouteillère [NDLR : Eugène, le Grand-père paternel de Jean], il est mort le 15 août 1919 fête de l’Assomption de la Vierge Marie dans sa 91ème année. 8 décembre, Anna est allée en pension le 11 mars 1924, un mardi. Ma grand-mère Anne FRANCHETEAU [NDLR : grand-mère paternelle] elle est morte le 26 mars 1924 un mercredi à 5 heures. Pierre RAINGEARD, il est parti à Nantes le 10 mars 1918 pour se faire traiter pour sa maladie de nerfs puis est mort le 11 février 1919. »
Nous connaissions le médaillon placé dans le Tableau d’Honneur au pied du monument aux morts de Chauvé. Il indique : « Jean Léon RAINGEARD ; 31 ans. Soldat au 107e d’artillerie ; M.M.C.G. (pour Médaille Militaire Croix de guerre. Décédé le 9 juin 1918 à Coutron. »
Nous avons fait la connaissance de la petite-fille de Jean Léon, Monique. Elle possède également un médaillon de son grand-père. La photographie est identique, le régiment aussi mais … sur celui-ci est indiqué : « Jean RAINGEARD ; 28 ans. Canonnier 107e d’artillerie. M. du Maroc – C.G. Tué le 9 juin 1918 au bois de Marfaux. »
Les photographies ne sont pas orientées de la même façon mais ce sont les mêmes, elles se superposent parfaitement.
L’épouse de Jean a écrit : « …/… Puis mon pauvre mari fut tué le 9 Juin 1918 au bois du Coutron, tout près de Reims et fût enterré à Marfaux tout près d’Epernay …/… »
Nous n’avons pas encore d’explication mais nous avons écarté l'hypothèse d'un homonyme.
Jean est inhumé à Châtillon-sur-Marne (51) dans la Nécropole Nationale « Prieuré de Binson», tombe individuelle N° 157.
Hommage à Chauvé :
Dans le Tableau d'Honneur
Hommage au Clion :
Monument au Morts.
Sur le livre d’Or des pensions.
Son père décède en 1945 à l’âge de 85 ans.
Sa mère décède en 1959 à Pornic à l’âge de 97 ans.
Son épouse se remarie en 1926 à Chauvé avec Marcel EGRON. Le couple a un garçon né en 1926. Anne décède à Chauvé en 1959 à l’âge de 67 ans.
Sa fille Anna est adoptée par la Nation en vertu d'un Jugement du Tribunal de Paimboeuf en date du 3 mars 1920. Anna épouse Auguste BOISSERPE en 1935 à Préfailles. Elle décède à Bourgneuf en 2004 à l’âge de 89 ans.
Le demi-frère d'Anna décède en 1987.
Son frère Eugène épouse Claire RICHARD. Il décède en 1982.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
La Première Guerre mondiale a laissé derrière elle des millions de morts et une société profondément marquée par le deuil. Pour donner un visage aux disparus, les familles et les communautés ont largement eu recours aux médaillons en porcelaine photographique. Fixés sur les tombes, intégrés dans des tableaux d’honneur ou conservés dans les foyers, ces petits portraits ovales constituent aujourd’hui un patrimoine mémoriel d’une rare intensité.
Une technique au service de la mémoire
Le médaillon en porcelaine repose sur un procédé mis au point au XIXᵉ siècle : la photographie vitrifiée sur céramique.
Le principe est le suivant : Une photographie est transférée sur une plaque de porcelaine blanche, l'image est retravaillée (contraste, retouches, parfois ajout de couleur), la plaque est cuite à haute température, fixant définitivement le portrait dans l’émail de la céramique.
Cette cuisson rend l’image extrêmement résistante : ni l’humidité, ni le gel, ni les rayons ultraviolets ne l’altèrent facilement. C’est pourquoi de nombreux médaillons de 1915 ou 1920 sont encore parfaitement lisibles aujourd’hui.
Un usage principalement funéraire
La fonction première de ces médaillons est funéraire. Ils sont scellés sur des pierres tombales, encadrés de laiton, de zinc ou de bronze, accompagnés d’inscriptions (nom, dates, mention « Mort pour la France »...)
Dans un contexte où nombre de corps ne furent jamais rapatriés, ces portraits représentaient parfois le seul lieu de présence symbolique du défunt. Ils matérialisaient l’absence.
L’ovale s’impose comme forme dominante, héritée de la tradition des portraits miniatures du XIXᵉ siècle, donnant au visage une dimension intime et presque domestique.
Les médaillons dans les tableaux d’honneur
Après 1918, de nombreuses communes, écoles et paroisses installent des tableaux d’honneur. Les noms des morts y sont inscrits, mais dans certains cas, des médaillons en porcelaine viennent compléter la liste.
Ces ensembles créent une véritable galerie collective, une génération figée dans des ovales blancs, alignés côte à côte. Le médaillon transforme alors la mémoire abstraite du nom gravé en présence incarnée.
Une source précieuse pour l’histoire
Pour l’historien et l’amateur d’uniformologie, ces portraits sont d’un grand intérêt car ils conservent les détails d’uniformes (képi, pattes de col, décorations), ils montrent l’évolution des tenues entre 1914 et 1918, ils révèlent les codes photographiques de l’époque (pose, regard, posture).
Même lorsque la photographie d’origine a disparu, le médaillon en porcelaine en préserve l’image.
Entre industrie et artisanat
La production de ces médaillons s’est développée massivement entre 1915 et les années 1930. Des photographes locaux proposaient aux familles la transformation d’un cliché en plaque céramique.
Certaines régions spécialisées dans la céramique décorative, notamment autour de Limoges, participèrent à cette production, mais de nombreux ateliers régionaux réalisèrent également ces pièces.
Il ne s’agissait pas d’objets de luxe, leur prix restant accessible, afin que chaque famille puisse honorer son disparu.
Fragilité et survie
Malgré leur résistance, ces médaillons ont parfois souffert de fissures dues au gel, de chocs et éclats, de disparitions lors de réaménagements de cimetières.
Lorsqu’ils subsistent, ils constituent un témoignage d’une force saisissante : un regard capté il y a plus d’un siècle, intact, posé sur le visiteur contemporain.
Un visage contre l’oubli
Le monument aux morts inscrit des noms dans la pierre. Le médaillon en porcelaine, lui, restitue un visage.
Dans l’après-guerre, cette différence était essentielle : la société ne voulait pas seulement se souvenir des soldats comme d’un ensemble héroïque, mais comme d’individus , fils, époux, camarades.
Ces petits ovales blancs, discrets mais durables, demeurent ainsi l’une des formes les plus touchantes de la mémoire de 14-18 : une photographie devenue céramique, une présence devenue mémoire.
Le sacrifice des Poilus mis aux enchères
Disparus depuis près de trente ans, les médaillons des soldats de Paulx morts pour la France ont récemment refait surface… sur un site de vente en ligne. Mis aux enchères comme de simples objets décoratifs, ces témoignages du sacrifice des Poilus étaient devenus marchandises, au mépris de leur portée mémorielle.
Alerté à temps, le Souvenir Français s'est mobilisé pour empêcher leur dispersion. Les vingt plaques ont finalement été restituées et ont pu regagner la chapelle de Paulx, retrouvant ainsi leur vocation première : honorer la mémoire des soldats tombés pendant la Grande Guerre.