Cette biographie a été rédigée grâce aux recherches des auteurs du livre "Partis pour la Patrie".
DUPÉ Jules Célestin
Arthon
1887 - 1919
147ème et 65ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
En bref
Jules est l’aîné de cinq enfants. Il est né le 27 mai 1887.
Souffrant d'une hernie à l'aine, il fait son service militaire dans un service auxiliaire de 1908 à 1910.
Il se marie en 1911 à Arthon et a trois enfants.
Jules est mobilisé le 3 août 1914. Toujours souffrant, il est classé dans un service auxiliaire.
En janvier 1916, il est affecté au 147ème R.I.
Jules décède de maladie le 8 mars 1919 à Saint-Nazaire.
Il est inhumé à Arthon.
Ses trois jeunes frères seront aussi mobilisés mais Jules est le seul à être déclaré Mort pour la France
Jules est né le 24 mai 1887 à Arthon. Il est le fils de Jules, sacristain, et d’Anne LÉPINE. Ils sont cultivateurs.
Trois petits frères naissent ensuite : Prosper, Jean et Joseph.
Jules effectue son service militaire au 22ème régiment de dragons à compter du 1er octobre 1908. Souffrant, il est classé dans un service auxiliaire.
Il a les cheveux bruns, les yeux gris et mesure 1,67m. Il obtient son certificat de bonne conduite.
Il se marie le 15 mai 1911 à Arthon avec Florentine Marie Joséphine BOUANCHAUD née le 14 juillet 1887 au Clion.
Jules et Florentine sont alors cultivateurs. Ils ont ensemble trois enfants.
Mobilisé le 3 août 1914, Jules rejoint le dépôt. Sa santé fragile le maintient classé dans le service auxiliaire, probablement affecté à des tâches de l'arrière dans un premier temps.
Son destin bascule le 23 janvier 1916, date à laquelle il est affecté au 147ème régiment d’infanterie. Il rejoint une unité aguerrie qui vient de quitter le repos pour monter en ligne dans le secteur de la Selouze, au nord de Saint-Mihiel.
Jules va alors suivre le rythme infernal de son régiment à travers les secteurs les plus durs du front :
L'enfer de Verdun (Avril 1916) : Après un secteur relativement calme à Saint-Mihiel, le régiment est jeté dans la fournaise de Verdun. En avril, ils occupent le terrible Bois de la Caillette. Sous un déluge d'acier, dans la boue, sans ravitaillement, le régiment subit des pertes énormes mais contribue à arrêter la ruée allemande.
La Somme (Été/Automne 1916) : Après un repos dans l'Oise, Jules et ses camarades participent à l'offensive de la Somme. En septembre, le régiment s'illustre lors de la prise de Berny-en-Santerre au prix de combats acharnés contre les mitrailleuses ennemies. L'hiver 1916-1917 se passe dans la boue du secteur de Fresnes.
Berry-au-Bac et la guerre des mines (1917) : Au printemps 1917, le 147ème est dans l'Aisne, à la tristement célèbre Côte 108 à Berry-au-Bac. C'est un secteur miné où le sol tremble : le 14 mai, de gigantesques explosions de mines allemandes engloutissent des sections entières.
Le régiment retourne à Verdun (Avocourt) , puis participe aux grandes contre-offensives de 1918 : la retraite sur l'Ourcq, la bataille de la Marne en juillet (Bois Meunière) et enfin la campagne de Champagne en septembre, où ils percent vers Vouziers.
Le 11 novembre 1918, le régiment apprend la nouvelle de l'Armistice alors qu'il se trouve en Lorraine, dans le secteur de Lunéville.
Jules survit à l'ensemble de ces campagnes meurtrières, mais il ne rentrera pas à Arthon. La grippe espagnole, qui ravage l'Europe à la sortie de la guerre, l'emporte quelques mois après l'arrêt des combats.
Il décède le 8 mars 1919 à l’Hôpital auxiliaire N° 6 de Saint-Nazaire (97 rue du Croisic), des suites d'une bronchopneumonie et de la grippe, laissant Florentine veuve avec leurs trois enfants.
Il y a des incohérences dans sa fiche matricule. Il nous a été difficile de retracer le parcours de Jules. En effet, son décès a été déclaré par le 65ème RI mais il n'est pas fait mention de ce régiment au moment de sa mort.
Jules DUPÉ repose au cimetière d'Arthon, auprès de ses frères Joseph et Jean. Leur sépulture est en bon état et toujours entretenue par la famille.
Hommage à Arthon (Chaumes-en-Retz) :
Inscrit sur le monument aux morts. Bien que son nom figure aujourd'hui sur le monument aux morts, Jules avait été oublié lors de l'édification du monument. Il a été rajouté a posteriori en bas de la liste, à la suite des victimes de la Seconde Guerre mondiale.
Son frère Prosper est né le 8 février 1890 à Arthon. Il est engagé volontaire pour 4 ans à Nantes à compter du 2 décembre 1909 au 22ème régiment de dragons, tout comme son frère Jules. Prosper se rengage pour un an le 2 décembre 1913. Il est évacué le 10 septembre 1914 pour blessure par balle au genou gauche à Bonnesi (Oise). Reparti au front le 14 février 1915, il devient adjudant le 5 octobre 1915. Passé au 11ème régiment de cuirassiers à pied le 11 juin 1916, il est évacué dans la zone des armées le 7 juillet 1917 pour « plaie par éclats de grenade région thoracique et pubienne » Il devient instructeur de la classe 1919 à compter du 15 avril 1918. Démobilisé le 10 juillet 1919, il est réformé définitivement par la commission de réforme de Tours le 17 avril 1928 pour « reliquats de blessure de la région thoracique gauche (présence d'un éclat métallique intra-pulmonaire) ». Il est cité deux fois dont une citation à l'ordre de la brigade le 1er janvier 1915 : « Le 10 septembre bien que blessé au genou dès le matin est resté à cheval dans le rang. A 20 heures remplacé à la tête de ses hommes, son officier de peloton tué et a fait preuve de la plus grande énergie en restant 48 heures à cheval malgré sa blessure. » Il reçoit la Médaille militaire et la Croix de guerre avec une étoile en bronze et une étoile en vermeil. Il décède en 1954 à l'âge de 64 ans.
Jean est né le 29 juin 1894 à Arthon. Il est incorporé le 11 septembre 1914 au 146ème régiment d’infanterie. Blessé le 25 septembre 1915 à Maisons-de-Champagne, il est évacué avec une plaie au front par un éclat de grenade. Il est gravement blessé une seconde fois le 1er mars 1916 avec « fracture du crâne par éclats d'obus avec perte d'une large surface osseuse et vaste plaie. Trépanation.» Jean est proposé pour une pension de 5ème classe par la commission de réforme d'Albi du 2 avril 1917 pour « trépanation occipitale droite osseuse de la taille d'une pièce de 5 frs.» Jean a fait campagne contre l'Allemagne du 11 septembre 1914 au 3 octobre 1917. Cité à l'ordre du régiment le 4 mai 1917 « Bon soldat dévoué et discipliné d'une belle tenue au feu. Grièvement blessé le 27 septembre 1915.» Il reçoit la Médaille militaire. Il décède en 1960.
Joseph est né le 21 juillet 1897. Incorporé le 7 août 1916 au 64ème régiment d’infanterie, Joseph passe au 77ème le 2 juin 1917, puis au 234ème le 6 novembre 1917. Le 20 juin 1919, il passe au 106ème et au 65ème de Nantes le 18 juillet 1919. Démobilisé le 21 septembre 1919, il décède à Arthon-en-Retz le 14 juin 1922.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Pendant la Première Guerre mondiale, les hôpitaux se sont vite révélés insuffisants pour accueillir le nombre très élevé de blessés. La création d’hôpitaux temporaires s’est rapidement imposée comme une nécessité. Ils sont placés dans les zones de l’intérieur, loin des combats.
Nantes accueille bien sûr des blessés. Mais les capacités sont vite dépassées, il faut créer des hôpitaux supplémentaires, notamment au Pays de Retz où plus d’une vingtaine d’établissements temporaires sont recensés.
Ainsi à Frossay, un hôpital s’installe dans la salle des œuvres paroissiales, à Saint-Père-en-Retz dans la salle des fêtes. A Mindin, un ancien lazaret est ouvert dès le 2 août 1914 accueillant jusqu’à 2 777 malades jusqu’en mars 1919.
Au Clion-sur-Mer, le directeur de l’école privée de Saint-Joseph offre spontanément une partie de son établissement à l’autorité militaire pour y installer un dépôt de convalescents dès le mois de septembre 1914. On y pratique la physiothérapie. Au programme, gymnastique et bains de mer.
A l’hôpital de Paimboeuf, séjournent environ 3 625 militaires. De plus, la marquise de Valdieu met en son château à disposition 10 chambres. Le maire offre quelques classes de l’école et la salle où s’entraîne la Fanfare Industrielle.
A Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, la communauté de Saint-François d’Assise ouvre un hôpital bénévole de 21 lits. A Machecoul, l’hospice civil Saint-Nicolas offre 20 lits, 34 sont ajoutés au collège des Capucins. A Legé, l’ancien couvent des Visitandines sert d’hôpital. Le Pellerin voit également l'installation d'un hôpital temporaire.
L’arrière participe donc activement à l’effort de guerre en apportant tous ces soins aux blessés et aux malades.
Source : « La Grande guerre en Pays de Retz », Bulletin de la Société des Historiens du Pays de Retz, Hors Série 2019