Cette biographie a été rédigée par l’association Bouaye Histoire à partir des sources suivantes : les Archives départementales de Loire Atlantique, les Archives paroissiales, la Semaine Religieuse de Nantes de décembre 1918, l’Echo de Paimboeuf, le JMO du 265ème régiment d’infanterie. Nous y avons intégré l’historique du 265ème RI ainsi que le témoignage de Joachim du Plessis de Grenédan. Nous avons adapté le texte initial à ce support.
CHAILLOUX Charles Louis Marie
Bouaye
1887 - 1918
Sous-lieutenant au 265ème régiment d'infanterie
Mort pour la France
Charles est né le 25 juillet 1887 à Bouaye.
Enfant, il est avec ses parents à la ferme du domaine de la Mévellière.
Il va suivre l’instruction au petit séminaire des Couëts puis au grand séminaire.
Fait son service militaire au 116ème régiment d’infanterie de Vannes.
Il est ordonné prêtre en 1913.
Il est mobilisé le 3 août 1914 au 265ème régiment d’infanterie de Nantes.
Charles est nommé caporal en septembre 1914 puis sergent en juin 1915.
Il participe à toutes les grande batailles : la Somme, le Chemin des Dames, le Mont des Singes, la Champagne …
Charles est tué à l’ennemi le 9 octobre 1918 à Saint-Pierre à Arnes.
Il est inhumé à Bouaye.
De l'adolescence à la prêtrise
L'été 1887, le 25 juillet naît Charles Louis Marie CHAILLOUX, fils de Jean CHAILLOUX et Jeanne, son épouse née HÉGRON. Ils exploitent, avec Pierre CHAILLOUX, frère de Jean, une ferme dépendant du château de la Mévellière. Plus tard la famille va s'installer au village de La Ville en Bois.
Tout jeune, le petit Charles est robuste et bien campé sur ses jambes, nous dit-on. Il manifeste une grande tendresse pour sa mère, souffrante durant plusieurs années, et passe le plus possible de temps près d'elle, pour la distraire. Comme ses deux frères, Alfred, l'aîné, et Joseph, le cadet, il fréquente l'école de Bouaye où son intelligence et son esprit d'à-propos sont reconnus par ses maîtres.
Au séminaire des Couëts et plus tard au Grand Séminaire, Charles est un bon camarade, très bavard ; d'ailleurs, il en plaisante lui-même. Aux tranchées, il rencontre un prêtre breton : « avec lui je perds le premier prix pour le bavardage ; c'est un excellent confrère, le meilleur des hommes, mais il cause ! Je vous dis qu'il me dépasse ». Sous cette apparence enjouée se cache un caractère bien trempé et l'aspiration à une autre perfection.
Charles commence son service militaire en octobre 1908. Il va déclarer qu’il est étudiant en lettres. Il ne se qualifie pas de séminariste. Nous savons aujourd’hui que certains ecclésiastiques ne mentionnaient pas leur formation pour éviter les difficultés. Les tensions entre l’Etat et l’Eglise sont toujours palpables à ce moment.
Charles intègre donc le 116ème régiment d’infanterie caserné à Vannes à la Bourdonnay et la caserne des Trente, aujourd'hui disparues.
Compte de tenu de ses capacités, il est nommé soldat secrétaire du trésorier le 15 septembre 1909. Il est libéré le 25 septembre 1910.
Charles est ordonné prêtre en 1913, il exerce son sacerdoce dans l'Externat des Enfants Nantais.
Un vaillant officier
Charles CHAILLOUX est mobilisé le 3 août 1914 à Nantes au sein du 265ème régiment d’infanterie, formé de « gars solides de Bretagne et de Vendée » commandé par le colonel ROSE.
Charles ne part pas « la fleur au fusil » selon le célèbre cliché de l'époque, mais bien plutôt le cœur gros ; néanmoins, pour secouer cette tristesse, il devient le boute-en-train de sa compagnie.
À 6 heures, le régiment s'ébranle. Le commandant DE GRENEDAN précise l'ambiance du départ : « Pas un cri, pas un chant, mais sur tous les visages une résolution calme et forte. » (Joachim du PLESSIS de GRENEDAN est le père de Jean du PLESSIS de GRENEDAN, mort accidentellement en 1923)
Dès le 5 août, Charles participe au départ du régiment qui gagne le camp retranché de Paris avant d'être engagé dans les premières batailles.
Le 10 août, le régiment débarque à Pantin. Il est rattaché à la 61ème division du général BERTIN.
Il suit l'unité dans la fournaise de Bapaume fin août 1914.
Charles va vivre le drame du 28 août 1914 à Ginchy. En savoir plus sur la méprise de Ginchy.
Il poursuit l’engagement lors de la bataille de l'Ourcq en septembre 1914. Durant cette période, il connaît l'épreuve de la retraite, puis de la poursuite de l'ennemi jusqu'à l'Aisne, participant aux combats de Nanteuil-le-Haudouin et de Moulin-sous-Touvent.
Charles est rapidement nommé caporal le 22 septembre 1914.
Dans son historique, le commandant DE GRENEDAN insiste sur la transformation des soldats en terrassiers : « Nous apprenons le métier de taupe. Il faut creuser, toujours creuser. ». Il mentionne les attaques de mines de janvier 1915 : « La terre tremble, des entonnoirs géants s'ouvrent, il faut s'y précipiter pour les occuper avant l'ennemi. »
En juin 1915, le 265ème est à Quennevières. Le 6 juin : « Le régiment s'élance à l'assaut des lignes allemandes. En quelques minutes, les deux premières lignes sont conquises. » écrit le commandant. C'est une période de pertes lourdes où les cadres survivants, dont Charles, doivent faire preuve d'un grand ascendant moral.
Après ces combats, Charles prend le grade de sergent le 19 juin 1915.
Il vit ensuite les seize mois de guerre de tranchées dans ce secteur de Quennevières, un « enfer de boue et de sang » marqué par les attaques de mines et les bombardements incessants.
La bataille de la Somme en 1916.
En septembre 1916, Charles s'illustre lors des combats acharnés pour la conquête des tranchées au sud de Berny et de Déniécourt. Le 7 septembre, lors d'un effort décisif mené avec une « ardeur magnifique », il se distingue en « payant constamment de sa personne », dirigeant ses grenadiers et assurant avec énergie le « ravitaillement en munitions et le tir des grenades à fusils » sous le feu adverse.
Le commandant décrit l'état du terrain à Berny : « Le sol n'est plus qu'un chaos de trous d'obus. On ne distingue plus les tranchées. C'est dans ce dédale que les grenadiers de CHAILLOUX doivent progresser pied à pied. »
Le Chemin des Dames et le coup de main de Bruyères (1917-1918)
Charles est nommé sous-lieutenant à titre provisoire le 11 mai 1917.
Après avoir suivi le régiment sur le plateau de Craonne et au monument de Hurtebise en 1917, Charles poursuit les combats du 265ème.
« Nous occupons des cavernes, les "creutes", où l'on vit dans l'obscurité et l'humidité, sous un bombardement qui ne cesse jamais tout à fait » écrit le commandant.
Charles participe, en mars 1918, à une opération audacieuse dans le secteur de Bruyères.
Dans la nuit du 24 au 25 mars, sous le commandement du commandant du PLESSIS de GRENÉDAN, il mène une section pour franchir le canal de l'Oise à l'Aisne. Grâce à une passerelle flottante « jetée en trois minutes », sa section « prend pied de l'autre côté de l'eau » avec une rapidité foudroyante, permettant la capture de dix-sept prisonniers allemands en seulement vingt minutes de combat.
A la suite de cette opération, Charles reçoit une invitation du général de MAUD'HUY qui fait parvenir à son père une carte rédigée dans le plus pur style militaire : « Tous mes compliments pour la belle conduite de votre brave fils, il déjeune avec moi aujourd'hui et va très bien ». Que s'est-il passé ? « Eh bien ! Rien du tout » écrit Charles !
La ruée du 27 mai et la défense du Mont des Singes (1918)
Lors de la grande offensive allemande du 27 mai 1918, Charles est engagé dans la défense désespérée du Mont des Singes. Sous un déluge d'obus et de gaz toxiques, il seconde le capitaine LANOË avec une « clairvoyance, une fermeté et un entrain magnifiques » pour maintenir l'intégrité de la ligne de front malgré l'encerclement partiel de son unité. Son opiniâtreté contribue à bloquer l'aile droite allemande, empêchant l'ennemi de progresser vers Compiègne.
Il participe ensuite aux replis successifs et aux rudes combats de Clamecy et Vauxrot jusqu'au 30 mai.
Charles est perçu comme un brillant officier, très humain, considérant ses hommes comme des héros accomplissant leur devoir.
« Au reste, c'est tous les jours qu'il paye de sa personne. Il ne voit pas pourquoi ses hommes seraient plus malheureux que lui. « Je crois qu'il est de mon devoir d'aller là où ils sont, et de ne pas les envoyer où je ne peux pas aller moi-même » peut-on lire dans la Semaine Religieuse de Nantes de décembre 1918.
Lors de ces terribles combats de mai 1918 au Chemin des Dames, il ajoute une palme à sa croix de guerre, échappant de justesse à la mort.
Fin septembre 1918, Charles se trouve à Bouaye en permission, il dit voir l'horizon s'éclaircir et dit sa confiance dans la victoire proche.
Le sacrifice final en Champagne (octobre 1918)
En octobre 1918, devenu sous-lieutenant à la 23ème compagnie, il participe à la « dernière bataille de Champagne ». Le 8 octobre, près de la Py, il intervient de façon décisive lors d'une puissante contre-attaque allemande pour « relever les courages, organiser la défense, arrêter, puis refouler les Allemands »
Le lendemain, 9 octobre 1918, alors que le combat reprend vers Saint-Pierre-à-Arnes, il se trouve avec ses groupes en réserve. Vers 16h00, au cours de durs combats, un obus tombe sur son groupe, un éclat l'atteint à la tête. Charles est « tué sur le coup » après 51 mois de campagne pendant lesquels il a survécu à tous les dangers et un mois avant la victoire à laquelle il a largement contribué.
Mort pour la France à l'âge de 37 ans, un mois seulement avant l'armistice, il figure parmi la «fleur de notre vaillance» dans l'historique de son régiment.
Charles est cité à l’ordre de la 4ème armée : «Officier de haute valeur, en qui les vertus du prêtre et celles du soldat se prêtaient un mutuel appui. A montré le plus beau sang-froid dans les combats de septembre et d’octobre 1918, particulièrement au moment critique d’une forte contre-attaque ennemie, a maintenu chacun à son poste et est tombé lui-même mortellement frappé, le 9 octobre.».
Son corps est inhumé le lendemain 10 octobre 1918 par ses camarades dans un petit bois au sud de la localité.
Le retour à sa terre natale
Par décret, le Ministère des Pensions fixe les modalités du rapatriement collectif, aux frais de l'Etat, des corps des militaires «Morts pour la France».
Par la circulaire du 7 février 1921 qui émane de la préfecture de Loire-Inférieure, les familles ont jusqu'au 15 février 1921 pour adresser leur demande. Le premier convoi funéraire collectif arrive, en gare de Nantes-Orléans, dans la nuit du 22 au 23 mars 1921.
Le 26 avril 1922, un télégramme informe la préfecture de l'arrivée de 147 cercueils, en gare de Nantes pour le 5 mai à 10H30.
Sur la liste transmise aux autorités, figure le nom de Charles CHAILLOUX.
Sa famille ainsi que le maire M. BACHELIER sont avisés de son retour.
Inhumation au cimetière de Bouaye
L’hebdomadaire local, l’Echo de Paimboeuf daté du 14 mai 1922 raconte le déroulé des obsèques de Charles :
« Obsèques d'un brave - Le 6 mai arrivait en gare de Bouaye le corps de M. l'abbé Louis Chailloux, sous-lieutenant 265ème régiment d'infanterie, mort pour la France le 9 octobre 1918, décoré de la croix de guerre et Chevalier de la Légion d'Honneur. Les parents et une délégation de l'U.N.C de Bouaye reçurent le corps à la gare. Il fut transporté au domicile familial en attendant les obsèques qui devaient avoir lieu le dimanche 7 mai. …/…
Le cercueil, recouvert des ornements du prêtre et de la tunique de l'officier, disparaissait sous les couronnes. Le cortège imposant s'achemina vers l'église où fut célébré l'office des morts. Après l'absoute le corps fut porté au cimetière dans un caveau de famille.
Quand furent dites les dernières prières liturgiques, M. Bachelier, maire de Bouaye, retraça avec une grande délicatesse de sentiments et une profonde élévation de pensée, la vie du prêtre et du soldat que nous accompagnions. Ce discours, en faisant entrevoir que ce héros était mort pour Dieu et la Patrie, fit perler aux yeux bien des larmes.
Succédant à M. le Maire, le Président de l'U.N.C, Jean Marie Buord, apporta au jeune héros la sympathie et la reconnaissance de ses camarades de combat, puis alliant les qualités morales de l'officier cachant sous sa tunique le cœur d'un prêtre, il montra le sous-lieutenant Chailloux électrisant par son courage farouche et son amour du devoir, ses hommes qui voyaient en lui un chef capable, à l'heure du sacrifice, de les entraîner et de les réconforter.
Maintenant il repose en paix auprès de l'église du pays qui l'a vu naître, de l'église de son baptême et de sa première communion, où il chanta sa première messe, auprès du monument élevé par ses compatriotes à la gloire de ses illustres et aimés camarades, morts comme lui, au champ d'honneur, et son souvenir sera toujours vivant dans notre mémoire. »
L'implantation d'une station radio de la Marine sur Bouaye, en 1918, explique la présence d'officiers de cette arme, lors des obsèques de Charles.
Le monument aux morts de Bouaye a été inauguré le 3 juillet 1920.
C'est donc dans sa terre natale qu'est inhumé Charles, le prêtre soldat. Son attitude aux combats a été reconnue par l' autorité militaire qui lui remet la Légion d'honneur.
Le sous-lieutenant Charles CHAILLOUX, est donc inhumé à Bouaye en 1922 dans la tombe familiale.
Hommages à Bouaye :
Monument aux morts.
Livre d'or du ministère des pensions.
Hommages à Paris :
Livre d'or du clergé et des congrégations - La Preuve du Sang - par Elisabeth DE MONTMARIN (†)
Sa mère Jeanne décède le 2 mars 1912 à Bouaye, à l'âge de 53 ans.
Son père Jean-François décède en 1936 à Bouaye à l'âge de 79 ans.
Son frère Alfred, épouse Marie LUSTEAU en 1911 à Bouaye. Le couple a 6 enfants. Il décède en 1975 à Bouaye à l'âge de 89 ans.
Son frère Joseph, épouse Marie GAUTIER en 1919 à Bouaye. Le couple a 6 enfants. Il décède à Couëron en 1961 à l’âge 70 ans.
Sources primaires et documentation
Ces sources fondamentales ont permis de vérifier et d'établir le récit de cette biographie.
Le début du mois d'octobre 1918 ne ressemble à aucun autre automne des quatre années précédentes. Pour le soldat qui s'élance sur la ligne de front entre la Suippe et l'Arnes, l'air n'a plus seulement le goût de la craie et de la poudre, mais celui d'un dénouement imminent.
Le choc de la percée
Après les terribles combats de la fin septembre, l'offensive se poursuit sous une pression constante. Le soldat français, souvent épuisé mais porté par l'espoir fou de voir enfin « la quille », fait face aux dernières positions fortifiées allemandes. En Champagne, la lutte est brutale : il faut réduire les nids de mitrailleuses cachés dans les décombres des villages et franchir les réseaux de barbelés qui lacèrent encore le paysage.
L’objectif : Briser la ligne de repli ennemie et libérer le terrain vers Vouziers.
Le terrain : Une plaine dévastée où chaque mouvement est observé, chaque mètre conquis payé au prix fort.
L'esprit : Un mélange de fatigue extrême et de ferveur patriotique. On sent que l'adversaire vacille, que le front craque de toutes parts.
L’ombre des camarades
À cette date, les combats de Blanc-Mont ou de la butte de Tahure sont encore dans toutes les mémoires. Pour ceux qui avancent en ce début d'octobre, chaque village libéré est un hommage aux « copains » tombés quelques mois ou quelques jours plus tôt. On ne se bat plus seulement pour une crête anonyme, on se bat pour que le sacrifice de ceux dont les noms rempliront demain les monuments aux morts ne soit pas vain.